H PRÉFACE
technique, les vérités les plus essentielles établies récemment par la physique, la chimie et la biologie, touchant le mécanisme des énergies naturelles et les dispositions solidaires des ressorts fondamentaux du monde, et surtout du monde vivant. J'ai espéré qu'un tel ouvrage recevrait un accueil bienveillant des esprits, de plus en plus nombreux, pour qui la science n'est ni une curiosité frivole, ni un divertissement passager, mais l'objet d'une sympathie réfléchie et d'un sérieux commerce. Telle est du moins la première destination de ce livre.
Il en a une autre. Le caractère manifeste de ce temps est de mettre dans les sciences naturelles une infinité d'espérances, d'en attendre des bienfaits sans limites. Certes ce n'est pas moi qui verrai là une illusion, et ce volume témoigne assez du prix que j'attache à tout ce qui peut encourager et développer de pareils sentiments. Mais c'est justement parce que je ne suis pas suspect d'hostilité à ces sciences qu'il m'a semblé d'autant plus nécessaire de signaler, à côté de ces bons sentiments, un mal funeste : je veux dire l'erreur de ceux qui, après avoir proclamé la vertu de la science, dénoncent la faiblesse et contestent l'autorité de la métaphysique.
Or le lecteur rencontrera ici plus d'une page visi-
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blemenl inspirée par la conviction que la science proprement dite ne rassasie point Tâme avide de savoir et de comprendre, et que par suite la métaphysi({ue occupe une grande place et une place légitime dans l'activité humaine. Tandis que j'ai retouché, dans cette série d'études, tout ce qui, au point de vue exclusivement scientifique, m'a paru susceptible d'un degré nouveau de précision et d'exactitude, j'y ai, au contraire, maintenu avec un soin jaloux la teneur littérale de tous les passages expressément écrits sous l'iniluence de cette conviction. Et cela, non pas à cause de la valeur propre de ces réflexions dont plusieurs ne représentent plus qu'imparfaitement ma façon actuelle de voir, mais parce que ces réflexions ont été faites pour la première fois avec une spontanéité complète et sans la moindre préméditation systématique. Le lecteur pourra voir ainsi comment les idées générales se dégagent naturellement de la considération attentive et approfondie d'un ensemble de détails variés, avec quelle force elles s'imposent d'elles-mêmes, c'est-à-dire comment la pensée qui suit une évolution régulière et normale aboutit, sans dessein calculé comme sans visée dogmatique, aux certitudes philosophiques les plus hautes.
Le penseur, qui cherche librement la vérité, se