‹ La nature, la race, la santé [microforme]Chapitre 33 sur 38 · Voir table des matières pour le sommaire de ces notes · texte numérisé non relu

Voir table des matières pour le sommaire de ces notes

ER, ee

M. Reclus a écrit de notre climat ( voir p. 25). On nous interroge à l’étranger ; il importe d’être bien renseigné. Ce que dit M. Reclus a, du reste, un caractère scientifique qui lui mérite plus spéciale ment notre attention, sans compter que l'on ne tombe pas toujours facilement sur ces renselonements :

‘“ Le climat des régions canadiennes parcourues par le St-Laurent n’est pas le même que celui des contrées européennes situées sons les mêmes latitudes. L’île de la pointe Pelée dans le lac Erié, la terre la plus méridionaie qui appartienne à la Puissance du Canada, est à la même distance que Rome du pôle arctique, et&æ 45e degré de latitude, celui que l’on peut considérer comme la ligne médiane du territoire laurentin, passe en Europe à travers la France du Midi, la Lombardie, la vallée du Danube, la péninsule de Crimée.

La partie toute méridionale du bassin, c’est-à-dire la presqu'île de terres limitée par

les lacs Huron, Ste-Claire, Erié, jouit en effet d’un climat tempéré comme celui de la France occidentale, ainsi que le prouvent ses jardins, ses vergers, les arbres de la forêt ; mais les autres régions du Canada sont moins favorisées. On sait que les rivages occidentaux de l’Europe ont, à latitude égale, une température beaucoup plus élevée que les rivages orientaux de l’Amérique grâce au mouvement général des eaux et des airs :

les vents du sud-ouest prédominent sur les côtes européennes, et l’afflux des eaux se porte du golfe mexicain vers les mers de France, des îles Britannic'es et de la Norvège. Au contraire, le vent qui l'emporte au Canada est le vent polaire, souftlant dans la direction du nord-est au sud-ouest, c’est-àdire précisément dans l’entornoir que présente l'estuaire du St-Laurent. Les autres courants aériens venus des régions arctiques, du nord ou du nord-ouest, ne trouvent guère d'obstacles dans la traversée du Labrador, Ge la mer de Hudson, des Laurentides, tandis que les vents du sud-est, ceux qui apportent les tièdes effluves de la région tempérée des Bermudes et des Antilles, sont plus facilement détournés de leur marche par les montagnes bordières du bas Saint-Laurent

RE

et par les chaînes de la Nouvelle-Angleterre.

La Nouvelle-France est donc un pays beaucoup plus froid en moyenne que l’ancienne France située de l’autre côté de l’Atlantique. Sans offrir avec les chaleurs de l’été un écart aussi grand qu’au Manitoba, les extrêmes de l'hiver tombent beaucoup plus bas sur Îles bords du Saint-Laurent que sur ceux de la Seine et l'on a même vu à Montréal, en 1850, le thermomètre descendre à —41° 7.

Mais si les froids sont plus intenses, les chaleurs y sont aussi plus fortes ; moins soumis à l’intluence modératrice de la mer, le climat du Canada présente une amplitude de variations plus larges : l’hiver et l’été y sont plus soutenus, et par suite ies saisons intermédiaires moins marquées. Le printemps, l’autonne passent rapidement ; la vie se révèle par explosion dans les forêts après le long hiver, et presque aussi brusquement, après un court, mais délicieux automne, commence le sommei! des plantes. Le cycle entier de la floie s’est accompli en quatre ou cinq mois, de la fin de mai aux premiers jours d’octobre.

it.

Les habitants de l’Europe tempérée sont tentés de plaindre les Canadiens en pensant aux grandes plaines blanches qui s'étendent, pendant plusieurs mois d'hiver, des bords du Saint-Laurent à ceux de la mer Hudson et du lac Supérieur. Mais les Canadiens vantent au contraire leur saison de froidures, comme la plus belle partie de l’année. Du moins, est-ce la saison qui fait les hommes forts et sains, qui leur donue la vitalité puissante, l'énergie et la gaieté. C’est aussi la saison des plaisirs et des fêtes. La précipitation moyenne d'hiver n'étant pas très considérable dans le Canada, les neiges d’hiver ne tombent pas en surabondance, mais une fois tombées, au commencement de l'hiver, en novembre, elles restent sans fondre et durcissent peu à peu. Le soleil brille pendant le jour ; mais si la neige supcrficielle se liquéfie aux endroits les plus exposés à la lumière, elle gèle à nouveau sous le ciel étoilé. Grâce à la couche protectrice, qui, dans les années normales, se maintient pendant quatre mois ou quatre mois et demi, les plantes sont à l’abri de la gelée et du brusque dégel qui les menaceraient sous un climat moins rude ; la neige abrite même les maisons contre l’action du froid. Les gens des villes,

vêtus de fourrures et de lainages, s'amusent

à construire des palais de ‘* cristal,” à glisser

du haut des “ montagnes russes,” à lancer leurs traîneaux à clochettes sur la glace des fleuves, sur les “ chemins d'hiver,” ou même loin des routes, à travers les forêts ; les campagnards $e visitent de village en village, et les défricheurs, les bûcherons travaillent à l'abatis des arbres.

Parfois la neige, épaisse d’un mètre en moyenne, est soulevée par les bourrasques et l’on voit alors les masses grisâtres d’aiguilles ou de flocons tournoyer dans l'air et s’entasser dans les endroits qui se trouvent à l'abri du vent, fossés et revers de talus, routes et tranchées : les attelages des rraîneaux pris dans la tourmente, sur les chemins ‘“ boulants,” luttent en vain contre les tourbillons de latmosphère et les monceaux de neige ; souvent les trains de chemin de fer, précédés pourtant de plusieurs charrues à vapeur qui taraudent leur voie, restent en détresse entre les paroïs blanches et polies que les socs puissants ont dressées des deux côtés. Mais nul spectacle n’est plus beau, par les claires matinées d'hiver, que le poudriu ou la “ poudrerie ” s’élevant en fusées vaporeuses comme des danses d’esprits, sur

le champ de neige tout pailleté de cristaux étincelants. ” Voilà qui est charmant, n'est-ce pas ?

Nous avons particulièrement appuyé sur la nécessité d'enseigner l’hygiène, page 49. La Presse du 3 avril dernier donne le compte rendu d’une conférence du Dr Beaudry, dans une séance récente de la “ Société d'économie sociale. ” Cette conférence traitait de l’agriculture et de l'hygiène au point de vue social ; «ous en extrayons quelques lignes qui font voir combien le soin de la santé laisse en effet à désirer, chez plusieurs des nôtres :

‘“ L’agriculteur, ce travailleur heureux qui jouit de tous les avantages de la vie en plein air, devrait avoir la santé la meiïlieure et la vie la plus longue, erreur profonde ! Des sta-

tistiques nombreuses et soignées, recueillies

aepuis 10 ans,dans les campagnes qui nous entourent, par M. le docteur Beaudry, prouvent

que le taux de la mortalité est plus élevé à

LR : ds

la campagne que dans nos villes, voire même

plus élevé que dans des centres d’agglomération humaine excessive comme Londres, Paris.

Quelle est la cause de ce phénomène alarmant ? Le défaut d'observation des lois de:

lPhygiène, et de plus l'ignorance, le préjugé et la routine.

L’agriculteur en hiver se renferme avec sa famille, toujours nombreuse, dans un seul appartement de sa maison, la cuisine, et sa moindre préoccupation. est de renouveler l'air vicié qui s’y accumule du matin au soir et du soir au matin. Le résultat c’est que les femmes, les vieillards, les enfants, qui ne sortent pas tous les jours, vivent des mojs peut-être dans un air empesté. Aussi la saison d’hiver, on l’a observé, est généralement fatale à ces personnes.

M. le conférencier a aussi parlé de Palimentation de lagricuiteur canadien, et il constate qu’en général il se nourrit mal et cela par calcul, pour vendre le meilleur au marché et réaliser le plus d'argent possible. La critique de l’époque des FRICOTS, seul temps d’abondance sur la table de lPagriculteur, en certains’ quartiers, a été faite avec HUMOUR et censurée, comme elle le mérite,

ss 10 =

de par les lois de l’hygiène et de la santé générale.

Sans doute qu’il faut se garder d’exagérer, et qu'il ne faut point attribuer à l'absence de science hygiénique des défaillances qui proviennent de causes étrangères à l'hygiène (1); il n’en est pas moins vrai que le point de vue hygiénique doit attirer l'attention de tout homme un peu sérieux et quelque peu soucieux de l’avenir de la nation.

(1) Il y a deux sortes d'hy giénistes : ceux qui, v’ignorant pas que l’homme est avant tout un être moral, savent que rien de ce qui nuit à l'âme ne peut faire de bien au corps ; et ceux qui, ne voyant dans l’homme qu’un assemblage de matière, bornent leurs efforts à affranchir cette matière des fâcheuses conséquences que peut amener pour elle la satisfation de ses appétits. Que ces deruiers fassent de la médecine vétérinair, je n’y vois pas d’inconvénient, mais je décline leur compétence pour trancher les questions relatives à l'humanité.

Page 1