‹ La nature; poésiesChapitre 13 sur 98 · I.A .NATLT. E · texte numérisé non relu

I.A .NATLT. E

LUNE D'ORAGE

La lune a mangé les nuages

Elle émerge, s'épanouit

Et soudainement désenfouit La vision Vies paysages.

Le brouillard abat ses cloisons Entre le feuillage et la pierre ; l^ne lumineuse poussière Parsème les quatre horizons.

LUNE D'ORAGE, 51

Au ciel calmé, de bon augure, Frémit l'astre de diamant, Et sous son froid scintillement Qui les nimbe et les transfigure.

Tous les fantastiques décors Des hauteurs, des fonds et des berges, Ont le frissonnement des vierges Et la solennité des morts.

La plaine sauvage dénombre Ses aspects lépreux et chagrins :

Joncs des étangs, plis des terrains S'illuminent dans la pénombre.

Sur la colline, au creux du val, La campagne rugueuse et verte S'enveloppe mi-découverte, D'une atmosphère de cristal.

Des chatoiements pleuvent, s'épanchent Dans les torrents bleus, les lacs noirs, lledevenus les clairs miroirs Des pauvres arbres qui s'y penchent.

Fougères, genêts sont jonches Des beaux reflets qui s'entrelacent, Argentant, quand ils se déplacent, L'ombre du sable et des rochers.

A travers landes et bocages Réapparaît visiblement Le troupeau brouteur ou dormant Des bœufs perdus dans les pacages.

Bien qu'il semble aux trislos hiboux Que le gai matin s'éliicul)re, Ils poussent un cri moins lugubre Au fond du silence plus doux.

LUNE D'ORAGK.

Dans les forêts, l'iiorreur fait trêve, t^ar sur maint vieux chêne torlu Le rossignol qui s'était tu Recommence à pleurer son rêve.

Par les prés, entre les sillons, La voix des cailles se réveille ; Les buissons reprêtent l'oreille Au cliquettement des grillons.

Et de nouveau ronflent des ailes Les papillons « tête-de-mort » ; Et le marais grossit encor Sa plainte et son bruit de crécelles.

Tout à l'heure, avec ce frisson De la tempête qui s'amas.-e, Une averse humectait l'espace Et le sol, de telle façon

5i LA N A TU HE.

Que le vent moite qui circule Mouille encore ce clair-obscur, Amalgame tranquille et pur De l'aurore et du crépuscule.

Et le bon soleil des crapauds Dissipant son inquiétude, Toute l'étrange solitude Goûte l'extase et le repos :

Elle s'endort dans ses arômes, Avec ses hôtes engourdis.

Comme un nocturne paradis De mélancoliques fantômes.

Mais, lente, sans trop s'accuser, La ]}rume a refilé ses toiles.

Et voici, sous de mornes voiles, La Grande Lampe agoniser.

LUNE D'ORAGE

Déjà grondent par intervalles Les cieux sinistrement couverts, Et la pluie arrive au travers Des flamboiements et des rafales.

Hors le murmure coassant, Tout bruit d'en bas tombe et senterro Puis, la couleur devient mystère, La forme va s'assombrissant,

Et par degrés, toujours plus brune,

Elle chancelle et se réduit

Et l'orage reprend la nuit :

Les nuages mangent la lune.

I,A .NATLliL:.

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