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LES MOUTONS

Grimpeurs, vifs malgré l'embonpoint ; Buissonniers, — dans le paysage Accrochant leur laine au passage Et semant leur odeur de suint.

Toison d'un blanc sale, ou bien rousse, Ou toute noire, — l'œil bombé, Vitreux, de longs cils embarbé ; Une hurneur que rien pe courrouce.

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Crottes en grains de chapelet Par monts et par vaux propagées ; — Ovales et brunes dragées De la pie et du roitelet ; —

Cri tendre exprimant tout, la peine.

L"amour, la peur, — cri saisissant Qui rappelle par son accent L'enfance de la plainte humaine :

A grands traits, voici présentés Les pauvres moutons domestiques, Emblèmes des douceurs mystiques Et des saintes humilités.

Chacun broute ou plutôt broutoche.

Tant c'est bref, saccadé, menu.

A grelottement continu, Mécanique, leur museau pioche.

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Un bruit ? vite se dépêchant, A suivre sa piste ils s'attardent ; Puis, ils reviennent et regardent A la barrière de leur champ.

Ou bien encore, ils vont se mettre A lutter : si fort est le clioc De leurs fronts durs comme le roc.

Qu'on l'entendrait d'un kilomètre.

L'été, l'hiver, dans le bonheur Ou dans l'ennui de la campagne Leur doux bêlement accompagne Le berger qui chante en mineur.

Routiers des grands espaces rudes Et des creux où l'ombre s'endort, Ils deviennent, par un temps mort, Le mouvement des solitudes.

LES MOITONS. 129

La nalui'c qui, jour et nuit, Fond leurs couleurs avec ses teintes. Harmonise encore leurs plaintes Avec son silence et son bruit.

Ils s'amalgament à leurs hùtes :

Maigres moutons, rocs rabougris Sous la laine ou le lichen gris Ont le même aspect sur les côtes.

Le vieux cimetière les voit Pâturer l'herbe de la tombe ; Ils visitent le mur qui tombe Et la citerne au souffle froid.

Tondus ou foisonnant de laine, Au loin leur brumeux ondoiement Forme un vermineux grouillement Sur la montagne et dans la plaine :

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