‹ La nature; poésiesChapitre 32 sur 98 · I.A -N AT LUE · texte numérisé non relu

I.A -N AT LUE

En voici paitre aux environs D"une humble rivière qui songe, Où le reflet du soleil plonge Sous des zigzags de moucherons ;

L'herbe cuit, les hauteurs sont bleues ; Les arbres baignent dans l'azur :

L"horizon si souvent obscur S'est découvert à plusieurs lieues.

Les agneaux lottent les brebis Que ragenouillement délasse ; La chèvre à lombre se prélasse Entre les béliers ébaubis.

Mais le brusque vent des orages Rembrunit ce luisant tableau ; Et les cieux sont couleur de l'eau, Les moutons couleur des nuages.

LES MOUTOS. 131

L'éclair brûle, ils vont aveuglés Par ce tortueux luminaire, Mêlant aux rumeurs du tonnerre De grands bêlements désolés.

La pluie éparpille la troupe ; Ils cherchent longtemps autour d'eux, Et tout penauds, seuls, deux à deux, Ou ramassés par petit groupe.

Gagnent les coins pour s'y cacher:

Leur blottissement se recueille, Ici, s'abritant d'une feuille, Et là du rebord d'un rocher.

Et saison grise ou saison verte, t)ès qu'il pleut, les retrouve ainsi :

Le col baSj le dos rétréci.

Les yeux mi-clos, la jambe inerte.

l.i-2 LA NATURE.

Par les jours chauds et qiielqueluis Par les temps secs de la froidure, Quand la terre est sonore et dure.

Sur une route, au long- d'un bois,

Au fond dun chemin de traverse.

Vous entendez derrière vous Gomme un roulement de cailloux Précipités par une averse...

Ce sont des moutons détalant Devant le chien qui les rassemble, Kn bloc, trottinant tous ensemble, Pii'd contre pied, flanc contre tlanc.

Ceux de- grandes plaines mouillées Du sol chauve, aplati, géant, Espèce de terre-océan Dont le>; vncues seraient caillées,

LES MOUTOXS. 13;!

Ceux-là se consument d'cniiui Près du vieux berger rjui les garde.

En plein jour, forme aussi hagarde Que le fantôme en pleine nuit.

A ces moulons Thorrible extase Et le vertigineux repos !

Pour distraction ? des crapauds !

Et pour litière, de la vase.

Ceux des montagnes, constamment Grisés d'air pur et de lumière, Vivent le rêve de la pierre, De la neige et du firmament.

Leur pâtre dans sa maisonnette

Les oublie, ayant pour tout soin

D'écouter seulement de loin

Tintinnabuler leur sonnette.

134 LA NAÏUKE.

S'ils ne trouvent pas d'autres mets Que de la bruyère qui soufl're, Ils peuvent boire au fond du gouffre Et ruminer sur les sommets.

Ceux du val ont pris l'humeur triste A flairer dans le vent des bois L'odeur du loup, spectre sournois Qui vient toujours à l'improviste.

L'été les lait toujours joyeux, Satisfaits, mutins, sans alarmes :

Leurs silhouettes sont des charmes Où qu'elles surgissent aux yeux;

Mais leur rencontre vous étonne Vous saisit dans un lieu perdu, Sous le ciel tout d'ombre tendu Certaines nuits de lin d'automne

LES MOUTONS. i:}5

Alors, l'efîel d'un Ijrlement Ou d'une toison ténébreuse Est subi par l'àme peureuse Presque surnaturellement.

Leur présence en telle contrée Près d'un étang, d'un carrefour, Dégage un fantastique sourd, Comme une vague horreur sacrée.

Et monotone va leur sort :

Reconsidérer la nature,

Y reprendre marche et pâture

Y rebêler jusqu'à la mort.

Ilélas ! savent-ils qu'ils se leurrent En se disant qu'ils mourront bien De vieillesse, comme le chien ?

Mystère ! mais souvent ils pleurent.

13(5 I.A NATUli i:.

Ils ont des larmes dans la voix Comme ils en ont sur les paupières:

Le soir, au bord des fondrières, On les surprend plus d'une fois,

Ecrasés par leur songerie, Confondus, be'ants, semblant voir Le coutelas de Tabattoir Et Tétai de la boucherie.

r,!-: VISITEUR. 137

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