LES VIEILLES SOUCHES
Plus de vol d'oiseau qui décrive De beaux zigzags ! pas un soupçon, Pas une ombre de hérisson!
Adieu l'éclair et le frisson Du grand lézard couleur d'olive !
Elle aussi devient fugitive L'onduleuse bête à poison ; La cigale toujours moins vive Prépare sa terminaison ; La chenille rampe chétive, Et les cornes du limaçon Se renfoncent dans sa maison.
La voix du vent plus convulsive Parcourt son sifflant diapason; Il pleut et repleut à foison.
La rivière coule massive, Roulant comme une eau de lessive Par-dessus ses bords de gazon.
Et puis, neige, glace et glaçon!
Il faut que le canard se prive D'aller à l'affût du poisson Sur les vieilles souches:
Mais le trille aigu du pinson Succède au râle de la grive ; Les cieux, les eaux, l'air, l'horizon, S'éclaircissent à l'unisson.
La végétation s'active ; La terre attend sa floraison Mi-souriante, mi-pensive, Et les grenouilles de buisson Reviennent s'asseoir sans façon Sur les vieilles souches.