LA COULEUR DU TEMPS
Pour lui, l'Air est joie ou souffrance, Allégement ou bien fardeau, Il ouvre ou ferme le rideau Devant l'œil de son espérance.
La Conscience a son désert Où croît la ronce des alarmes, Où le rentré des vieilles larmes Nourrit son suintement amer.
C'est là, dans cette solitude Du si misérable être humain, Qu'un rayon trouvant son chemin Apporte un peu de quiétude.
Autre le jour, autre la nuit, Ainsi que tout dans la nature.
On est à la température Ce que les échos sont au bruit.
L"id(''C indécise, qui vague, La neige la fixe en regret; L'orage ourdit l'effroi secret D'une chose horrible, très vague.
Tandis que la lune ayant lui Entre les buissons blancs et roses, Le Zéphyr donne aux plus moroses L'engourdissement de l'ennui,
Les rafales de la bruine Arrivent à tant vous navrer Qu'on croit les entendre pleurer Autour de sa propre ruine.
Le vent sec qui traîne en longueur Réveille en vous l'atrabilaire, La bise insuffle la colère Et le sarcasme au fond du cœur.
LA COl'LKUll DU TEMPS. 175
La réflexion renfrognée S'arrête par le brouillard gris :
Tout son travail est comme pris Dans une toile d'araignée,
Le froid suggère le cercueil.
Un temps mort remet en mémoire
La lente procession noire,
Si plaintive des jours de deuil.
Enfin l'abominable pluie Aux fils pesants, tièdes et droits, Emplit le sentiment de poix Et l'intelligence do suie.
Contre cette fatalité On a beau dire, on a beau faire, L'état changeant de l'atmosphère Par le nôtre est répercuté.
Tour à tour, l'âme influencée Se calme ou remâche son fiel, Et toujours la couleur du ciel Fait la couleur de la Pensée.