LE VIEUX CIMETIÈRE
Indifférente et familière.
Bien qui rappelle ici le dessous funéraire,
Pas même un cyprès déplanté!
L'homme et le Temps, chacun à sa manière.
Pièce à pièce ont tout emporté- Cet enclos est si dévasté, Si désert et si nu, tellement la tanière Du louche, de l'horreur, de la stérilité. Qu'un étranger pourrait le prendre en vérité
Pour quelque lugubre carrière.
Pour un mauvais endroit criminel et hanté... Sans la croix du milieu, dont la mousse et le lierre Solennisent encor la fruste majesté!
Assez haute, malgré son âge séculaire,
Vermoulue, un peu de côté, Elle est là, recueillie en sa mysticité,
A la fois simple et singulière.
On semble l'éviter, je la cherche au contraire : Par son tragique aspect plein de morosité, Chaque fois, en passant, mon œil est arrêté
Sans que rien puisse l'en distraire.
Car pour moi, cette croix, dans l'ombre ou la lumière,
Etendant ses moignons de fantôme amputé, Figure la fatalité Qui pour ainsi dire en prière Bénit au nom de la poussière Du vide et de l'éternité Les vieux morts du vieux cimetière.
LF FIL DU ÏELKGRAPHE. 18'.»