‹ La nature; poésiesChapitre 48 sur 98 · LE VIEUX MERLE · texte numérisé non relu

LE VIEUX MERLE

Tel va son petit train réglé comme un grand livre :

Il se promène peu, maraude encore moins,

Et sa sécurité le sauvant des tintouins,

Il use en longs repos ce qui lui reste à vivre.

L'expérience autant que l'âge le délivre

De l'amour qui jadis accaparait ses soins;

La pâture? si peu suffit à ses besoins.

Qu'il attend que la proie elle-même se livre.

Un mois n'est pas de trop pour qu'il mange sa livre

D'insectes à suçoir, pince, trompe, ou grouin...

Il se lai-se voler par un lézard chafouin,

Sans jamais se donner le mal de le poursuivre.

11 revoit les taillis qui furent ses témoins

Kt les fonds buissonneux où tremblaient les sainfoins;

Tout le jour, en flânant, sa mémoire s'enivre,

Et, parfois, lorsque l'ombre ayant serré ses joints,

Les objets ne sont plus que des traits ou des points,

Merle blanc s'il en fût puisqu'il est couleur givre,

II sort tranquillement de ses tristes recoins

Et se met à chanter sous la lune de cuivre.

LORiNIÈRE. 193

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