‹ La nature; poésiesChapitre 57 sur 98 · L'ORPHELIN · texte numérisé non relu

L'ORPHELIN

— « Allons voir ton papa qui dort au cimetière, Dit la vieille servante à l'enfant tout en noir, < Yiens! tu réciteras, comme matin et soir, « Pour son àme de mort ta petite prière.

< Pauvre homme ! il t'amusait encor sur ses genoux « Quand il avait déjà le râle dans la gorge... « Il sera si content de voir son petit George, « Ça lui figurera qu'il est toujours chez nous! »

226 LA NATURIi.

Et, vite, le marmot très ému sans comprendre Suit la femme en bonnet qui le tient par la main, Et, tous deux, les voilà dans ce triste chemin Qu'ils ont depuis des mois l'habitude de prendre.

Entre les quatre murs que dépassent les croix Arborant buis, couronne et médaillon de verre. Ils vont, et, tout au fond de cet enclos sévère. Arrivent à la tombe au long des cyprès froids

Alors, simples, devant le rectangle de terre Qu'a su tondre, épierrer, presque fleurir leur soin, Ils se mettent ensemble à genoux dans un coin Dont l'ombre les revêt de vasrue et de mvstère.

L'enfant ôte à deux bras son petit chapeau rond, La bouche d'un béant qui montre ses quenottes; La vieille joint ses mains, comme lui ses menottes, Chacun, d'un geste bref, s'étant signé le front.

LÛRI'IIELIN.

Surveillant le mignon pour aider sa mémoire, La servante, en dedans, dit son humble oraison, Et lui, de bégayeuse et touchante façon. Dit la sienne tout haut, en regardant A'icloire.

11 est là, s'appliquant à moins balbutier, Devant les yeux mouillés de celte bonne femme, Troublant seul de sa voix pure comme son àme Le silence des morts qui Técoutent prier.

Puis, reprenant la main ou bien la devantière De la servante, il rentre au logis de Taieul. De même chaque jour. — Hier, il disait tout seul « Allons voir mon papa qui dort au cimetière! »

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