LE TROUPEAU DE VACHES
Au contraire, l'oiseau, qu'il voltige ou piétonne, Pour ces vaches toujours sera le bienvenu; Plus d'une en se frottant contre un arbre chenu Aime à voir dansoter la marmot monotone.
Et le vent les caresse au bas des airs tranquilles, Et le reflet des bois vaguement éclaircis Leur rend plus doux l'aspect des cloaques moisis. Moins morne la longueur des buissons immobiles.
Le soleil ra3'onnant dans un nuageux blême. Se dérobant ici pour aller frapper là, .\lternativement, elles ont un éclat Luisant mat ou voilé comme l'azur lui-même.
Si recouvert de brume est le fond du pacage Que celles qu'on y voit sont des spectres bovins : 11 semblerait qu'au bas de ces taillis-ravins Elles aient revêtu l'ombre qui les encôge.
Follette, par instants, une génisse instable Prend le galop, rebroute et repart de nouveau; Une mère répond à l'appel de son veau Meuglant des profondeurs lointaines de Tétable.
L'une ou l'autre ayant soif, pleine de songerie, S'en va boire au marais — le cou dans les roseaux, Elle pompe l'eau morte, et, pleurant des naseaux, Mélancoliquement reprend sa mangerie.
Et, peu à peu, marquant d'une bouse qui tombe
Lourde, le lent chemin qu'elles font par le pré.
Elles broutent d'un air distrait, désaiïairé;
Leurs flancs s'arquent plus ronds et leur ventre se bombe
Et la satiété, par degrés les rassemble. Telle isolée arrive en beuglant vers ses sœurs; Et jeux, luttes, ébats, lèchements caresseurs, Indiquent leur plaisir d'être toutes ensemble.