LE TROUPEAU DE VAGHES
Contournant large et creux son humide étendue Entre deux bois épais dont l'ombre le noircit, Le grand pacage nu davantage épaissit Le verdoiement fîffé de son herbe touffue.
S'embrumant çà et là des vapeurs qu'il dégage, Il dort en ce plein jour comme en la pleine nuit, Sans frisson de couleur, de mouvement, de bruit, Désert, moitié prairie et moitié marécage.
Endroit mort, d'un sinistre et hideux caractère, Avec ses arbres nains, tout hérissés de nœuds, Ses petits rocs saillant de fouillis épineux, Ses mares, ses buissons saturés de mystère !
Soudain, changeant d'aspect, son horreur se découvre Car un gai beuglement dévalant du coteau Y vient, et, tout d'un bloc, des vaches aussitôt Apparaissent devant la barrière qui s'ouvre.
A peine il est entré que sur un cri du maître Déjà tout le troupeau s'est presque séparé. Considérant l'espace après avoir flairé Cet herbage invitant qu'il va se mettre à paître.
Et les bêtes ayant disséminé leur groupe.
Chacune, le col bas, s'avance indolemment ;
Et voici commencer le vaste broutement
Rythmé net, en plus sourd, d'un bruit de faux qui coupe.
LE TROUPEAU DE VACdES. 297
Ur, ici, quelque peu Marchoise Bretonnante, Chaque vache, est mignonne avec l'énorme pis, Tête maigre, les yeux plus malins qu'assoupis, Fanon court et la queue à la mèche traînante.
Avec le jarret svelte et la grâce des chèvres, Klles ont noir d'ébène, un poil plat de souris Que foncent encor plus leur beau cornage gris Et les baves d'argent qui moussent à leurs lèvres.
Montagnards aussi fins que ceux des vaches suisses Leurs pieds sont vifs ; on sent qu'ils deviendraient mutins Malgré cette mamelle aux quatre gros tétins Qui dandine sa masse en leur battant les cuisses.
Et, bientôt, dans ce pré d'une atmosphère bleue Le soleil se propage et réveille les taons. Faisant se secouer jambes, museaux gloutons, Vibrer des reins sans cesse émouchés de la queue.
A mesure qu'ayant tondu telle herbe rase La bouche avidement mord à celle d'après, Le pas suit, invisible en son rampant progrès D'un machinal tenant du soncre et de l'extase
Lu, quelqu'une éternue, ailleurs, une autre tousse Produisant un fracas d'un caverneux profond ; Là-bas, les dos bien joints de plusieurs qui s'en vont Ont l'ondulation d'une vaeue très douce.
Devant elles, au cours de leurs broutements graves, Des formes parmi l'herbe éveillent des frissons : l'allés rencontrent vers, chenilles, limaçons, Tous les hùtes du frais, tous les rampants des caves.
Une taupe, un mulot surgissant d'une touffe ' Les épeure. Elles ont un recul étonné; <Jrenouille sautillant, serpent pelotonné. Sentent le souflle chaud de leur mulle qui bouffe,