‹ La nature; poésiesChapitre 88 sur 98 · LE POULAIN · texte numérisé non relu

LE POULAIN

Tout seul dans ces prés frais et creux comme des caves.

Le poulain a si soif de sa mère jument

Que dans l'effort brutal et fou de son tourment

I a rompu l'anneau de ses lourdes entraves.

La nuit s'approche, — ainsi que d'informes épaves (Jlissant au fil de l'eau silencieusement, Des nuages laineux rampent au firmament Ktles arbres déjà prennent des airs plus graves.

LE rOULAIN. 311

Le poulain scrute un coin du morne horizon clos : Mufle et crinière au vent, immobile, il écoute. Soudain, il a bondi vers un bruit de grelots,

Et, vite, il a rejoint, comme la lune a lui, Sa mère qui non moins inquiète de lui Halte court, et le fait téter là sur la route.

:il2 LA -NATUllE.

L'atelier dort dans l'ombre grise Rampant des solives aux murs Les rayons et les clairs obscurs Y font un jour de vieille église.

J'ai tout le temps d'étudier Chaque outil, sa forme et sa pose Le menuisier étant pour cause Parti chez le cabarelier.

Sur l'établi — branches m i-j ointes La pince! — à côté, goguenard, Le marteau-téte-de-canard Ricanant sur un sac de pointes.

Au long du maillet lisse et net Le vilebrequin sans sa mèche Ajoute un 5 baroque et rèche Au valet qui fait un grand 7.

Là, sur du vieil acajou rouge Le compas chevauche un racloir Dont le coupant semble en vouloir Au canal oblong de la gouge.

ici, sont groupés sans façon Tous les ciseaux jusqu'au bec d'àne ; Une serpe luit, toute crâne, Entre l'alêne et le poinçon.

314 LA NATURR.

Figurant une olive jaune En travers au bout d'un grand clou La vrille apparaît dans le flou Avec un pain de cire en cùne.

Du papier de verre en rouleau Et le pinceau du pot à colle Qui peint, vernit, mouille, bricole, Se trempe dans l'huile et dans Teau!

A moitié droites, les tenailles Braquant leur bâillement sournois Sur des ferrures de vieux bois En pente contre les murailles !

Là, sortant d'un petit sabot, La pierre à repasser, — navette Dans un vieux tesson de cuvette Une brosse près d'un rabot.

L'ATKLIER DU MENUISIER. 315

Celui-l<à se morfond 1 il grille De refaire siffleusement .

Sous son lamineux glissement Maint boaii ruban qui se tortille.

L'n tournevis long comme un doigt !

D'autres énormes, d'aspect drôle, Grattant, raclant, jouant le r(jle D'espèces de ciseaux à froid.

Vraiment dignes d'un antiquaire, Règle plate et long crayon plat, Deux inse'parables — sont là Sur l'angle écorné de l'équerre.

Plus loin, ce martelet nabot, Le diamant coupeur de vitre, l'n fouillis de clous près d'un litre l'n ]30ut de ebandelle au goulot!

Une pauvre lime rognée Se mire d'un air malheureux Dans un bout de carreau vitreux Couvert de toiles d'araisnée.

Enfin, contre un bloc de mastic, Sa lamelle en plein dans la pâte, Le mètre se tord en aspic Sur l'encaustique qui se gâte...

A terre, parmi les copeaux.

Dans la sciure, sous des pailles, De mélancoliques ferrailles Et de respectables vieux pots!

Sur une table où la limace Traîne sa glu, — des bois mouillés.

Moussue, entre ses coins rouilles, La grosse tête de la masse.

La tarière, ce grand T En forme d'ancre de navire, Qui mange le bois, tourne et vire Dans les nœuds de sa dureté !

La besaiguë, aux lames vives.

Dont le manche veut les deux mains Et qui sur le bord des chemins Taille et dégrossit les solives!

D'autres outils des charpentiers, Certains pour charrette et pendule, Car notre menuisier cumule Et fait un peu tous les métiers...

Et, tandis qu'au fond de l'échoppe, Tout debout, la cognée en fer Et la hachette en acier clair Regardent songer la varlope.

Tandis qu'un petit papillon, Perdu là sans se reconnaitre, Tape et retape à la fenêtre

Où le soir met son vermillon, Trouvant la minute choisie, Un chat furtif et papelard Vient manger la couenne de lard Sous les dents même de la scie.

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