‹ La nature; poésies: poésiesChapitre 14 sur 85 · LUNE D'ORAGE. .V · texte numérisé non relu

LUNE D'ORAGE. .V

Dans les forêts, l'horreur fait trêve, Car sur maint vieux chêne tortu Le rossignol qui s'était tu Recommence à pleurer son rêve.

Par les prés, entre les sillons, La voix des cailles se réveille ; Les buissons reprêtent Toreille Au cliquettement des grillons.

Et de nouveau ronflent des ailes Les papillons c tête-de-mort » ; Et le marais grossit encor Sa plainte et son bruit de crécelles.

Tout à l'heure, avec ce frisson De la tempête qui s'amasse.

Une averse humectait l'espace Et le sol, de telle façon

Que le vent moite qui circule Mouille encore ce clair-obscur, Amalgame tranquille et pur De l'aurore et du crépuscule.

Et le bon soleil des crapauds Dissipant son inquiétude, Toute l'étrange solitude Goûte l'extase et le repos :

Elle s'endort dans ses arômes, Avec ses hôtes engourdis, Comme un nocturne paradis De mélancoliques fantômes.

Mais, lente, sans trop s'accuser,

La brume a refilé ses toiles, .

* Et voici, sous de mornes voiles,

La Grande Lampe agoniser.

LUNE D^ORAGE. ' r>5

Déjà grondent par intervalles Les cieux sinistrement couverts, Et la pluie arrive au travers Des flamboiements et des rafales.

Hors le n^urmure coassant, Tout bruit d'en bas tombe et s'entèrro ; Puis, la couleur devient mystère, La forme va s'assombrissant,

Et par degrés, toujours plus brune,

Elle chancelle et se réduit

Et l'orage reprend la nuit : Les nuages mangent la lune.

56 LA :SATUBE.

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