LUNE D'ORAGE. .V
Dans les forêts, l'horreur fait trêve, Car sur maint vieux chêne tortu Le rossignol qui s'était tu Recommence à pleurer son rêve.
Par les prés, entre les sillons, La voix des cailles se réveille ; Les buissons reprêtent Toreille Au cliquettement des grillons.
Et de nouveau ronflent des ailes Les papillons c tête-de-mort » ; Et le marais grossit encor Sa plainte et son bruit de crécelles.
Tout à l'heure, avec ce frisson De la tempête qui s'amasse.
Une averse humectait l'espace Et le sol, de telle façon
Que le vent moite qui circule Mouille encore ce clair-obscur, Amalgame tranquille et pur De l'aurore et du crépuscule.
Et le bon soleil des crapauds Dissipant son inquiétude, Toute l'étrange solitude Goûte l'extase et le repos :
Elle s'endort dans ses arômes, Avec ses hôtes engourdis, Comme un nocturne paradis De mélancoliques fantômes.
Mais, lente, sans trop s'accuser,
La brume a refilé ses toiles, .
* Et voici, sous de mornes voiles,
La Grande Lampe agoniser.
LUNE D^ORAGE. ' r>5
Déjà grondent par intervalles Les cieux sinistrement couverts, Et la pluie arrive au travers Des flamboiements et des rafales.
Hors le n^urmure coassant, Tout bruit d'en bas tombe et s'entèrro ; Puis, la couleur devient mystère, La forme va s'assombrissant,
Et par degrés, toujours plus brune,
Elle chancelle et se réduit
Et l'orage reprend la nuit : Les nuages mangent la lune.
56 LA :SATUBE.