LUNE D'ORAGE
Au ciel calmé, de bon augure, Frémit Tastre de diamant, Et sous son froid scintillement Qui les nimbe et les transfigure,
Tous les fantastiques décors Des hauteurs, des fonds et des berges, Ont le frissonnement des vierges Et la solennité des morts.
La plaine sauvage dénombre Ses aspects lépreu^ et chagrins :
Joncs des étangs, plis des terrains S'illuminent dans la pénombre.
Sur la colline, au creux du val, La campagne rugueuse et verte S'enveloppe mi-découverte, D'une atmosphère de cristal.
Des chatoiements pleuvent, s'épanchent Dans les torrents bleus, les lacs noirs, Redevenus les clairs miroirs Des pauvres arbres qui s'y penchent.
Fougères, genêts sont jonchés Des beaux reflets qui s'entrelacent, Argentant, quand ils se déplacent, L'ombre du sable et des rochers.
A travers landes et bocages Réapparaît visiblement Le troupeau brouteur ou dormant Des bœufs perdus dans les pacages.
Bien qu'il semble aux tristes hiboux Que le gai matin s'élucubre.
Ils poussent un cri moins lugubre Au fond du silence plus doux.