LE VENT
Combien il est lugubre et noir»
Les nuits d'orage, D'entendre, tout seul, du dedans^ Ces gigantesques bruits grondants, Confus d*abordy bientôt stridents
Et pleins de rage.
Insensiblement, par filets Plaintifs, saccadés, maigrelets, Le venl glisse entre les volels
• Et sous les portes, Et, s'engouffrant aux corridors, Il gémit ainsi que des morts Qui viendraient pleurer leurs remords Avec des mortes.
La rumeur monte, en plus chagrin, Comme un bourdonnement marin; Et puis, tumulte souterrain, Clameur mourante*
De tout un peuple massacreur, Rires de folles en fureur.. ♦ C'est la musique de Thorreur Dans l'épouvante!
Le vent ne commence parfois Qu'à fendre l'air en tapinois, Qu'à gercer l'eau, tâter les toits,
Frofsser le chêne, Coucher l'herbe et raser le roc : Il se tasse pour un grand choc, Et subitement, tout d'un bloc,
II se déchaîne
Contre les bois, les prés, les monts.
Routes, sentiers, sables, limons ; Il faut au jeu de ses poumons
Les vastitudes Et s'exaspérait des prisons Que lui font les quatre horizons
LK VKNT.
Il cogne à toutes les cloisons Des solitudes !
Il fouille les coins et les creux ; Au sommet des glaciers affreux La neige, par monceaux vitreux,
Par masses blanches, S'écroule sous son cinglement Qui poursuit caverneusement La chute et Tengloutissement
Des avalanches.
Lès océans sont rendus fous
Par les plongements de ses coups,
Il redescend au fond des trous,
Remonte aux cimes...
Et rebouleversant les flols, Prc'cipite encor son chaos Des escarpements les plus hauls
Dans les abîmes.
II met lê feuillage en haillons, Sabre les blés sur les sillons, Prend l'herbe dans ses tourbillons,
La tord, la hache ; ir livre même des coinbats Anx vieux arbres de haut en bas, £t quand il ne les pourfend pas,
Il les arrache!...
Et, toujours, par tout Tunivers, Par les continents et les mers, Les champs, les cités, les déserts,
Passe et repasse.
Tour â tour tendre et furieux Ce grand souffle mystérieux :
La respiration des cieux
Ou de Tespace !
LA ClIARllUE. 11