‹ La nature; poésies: poésiesChapitre 40 sur 85 · AU CREPUSCULE · texte numérisé non relu

AU CREPUSCULE

Le soir, couleur cendre et corbeau,

Verse au ravin qui s*extasie

Sa solennelle poésie

Et son fantastique si beau.

Soudain, sur Teau morte et moisie S'allume, comme un grand flambeau Qui se lève sur un tombeau, La lune énorme et cramoisid

Et, tandis que dans Tair sanglant, Tout sort de Tombre : moulin blanc, Pont jauni, verte ehènevière,

On voit entre les nénuphars

Moitié rouges, moitié blafards, Flotter Pâme de la rivière.

L'immensité sort de la brume Où la plongeait Torage obscur, Et Tastre jaune, dans l'azur Pesaiit et morne, se rallume.

La torride épaisseur de l'air Etouffe et calcine l'espace :

Graduellement se ramasse La tranquillité de la mer.

C'est d*abord une paix qui flotte, Qui vacille, monte et descend, Et puis le repos croupissant Que pas un souffle ne ballotte.

Ces grands bruits, qui semblaient roulés Par mille et mille cataractes, Sont rentrés dans les eaux compactes Avec tous les flots écroulés.

La masse liquide s'écrase ; Son dos, éblouîssamment bleu, Pompant et renvoyant du feu, De plus en plus luit et s'embrase.

Et la mer, par son flamboiement, Par sa couleur et son silence.

Devient Texacte ressemblance Et le double du firmament*

On dirait que Ténorme voûte Se renverse avec son soleil, Tant, alors, Tabîmeen sommeil, Nettement la réfle'chit toute î

Mais, c'est un calme décevant Fait par un mensonge du vent ; Et si des pêcheurs se hasardent,

Ils mourront, pour avoir compté

Sur la plate sérénité

De ces deux ciels qui se regardent!

Ainsi qu'il vemit les feuillages, L'azur illumine Tesprit Qui reste clair ou s'assombrit A la volonté des nuages.

L'arbre au froid paraît en souci Comme à la chaleur il se pâme :

L'homme, végétation d'âme, A besoin de soleil aussi.

Pour lui, TAir est joie ou souffrance, Allégement ou bien fardeau, Il ouvre où ferme le rideau Devant Tœil de son espérance.

La Conscience a son désert Où croit la ronce des alarmes, Où le rentré des vieilles larmes Nourrit son suintement amer.

C'est là, dans cette solitude Du si misérable être humain, Qu'un rayon trouvant son chemin Apporté un peu de quiétude.

Autre le jour, autre la nuit.

Ainsi que tout dans la nature^ On est à la température Ce que lés échos sont au bruit.

L'idée indécise qui vague, La neige la flxe en regret; L'orage ourdit l'effroi secret D'une chose horrible, très vague.

Tandis que la lune ayant lui Entre les buissons blancs et roses, Le Zéphyr donne aux plus moroses L'engourdissement de l'ennui,

Les rafales de la bruine Arrivent à tant vous navrer Qu'on croit les entendre pleurer Autour de sa propre ruine.

Le vent sec qui traîne en longueur Réveille en vous l'atrabilaire, La bise insuffle la colère Et le sarcasme au fond du cœur.

La réflexion renfrognée S'arrête par le brouillard gris :

Tout son travail est comme pris Dans une toile d'araignée,

Le froid suggère le cercueil.

Un temps mort remet en mémoire La lente procession noire, Si plaintive des jours de deuil.

Enfin Tabominable pluie Aux fils pesants, tièdes et droits, Emplit le sentiment de poix Et rintelligence de suie.

Contre cette fatalité On a beau dire, on a beau faire, L*état changeant de Fatmosphère Par le nôtre est répercuté.

Tour à tour, Tâme influencée Se calme ou remâche son flel, Et toujours la couleur du ciel Fait la couleur de la Pensée.

Page 1