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LE LABOUREUR

Agonisant d'un mal qui traîne Et temporise avec la mort, L'homme est venu s'asseoir encor Sous les branchages du grand chêne.

Soudain, spectral, il se relève Et vient trouver dans leur purin Ses deux vieux bœufs Brun et Morin Qui le regardent comme en rêve.

Entre ces frères de charrue Toute sa jeunesse apparue Un Instant le console un peu ;

Puis, des pleurs baignent ses yeux mornes,

Et, tandis qu'il leur dit adieu,

Ses doigts les grattent près des cornes.

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Déjà rudé sans une haleine, L'air fait presque claquer des dénis.

Sa torpeur même a des mordants Jusqu*en les recoins de la plaine.

La peau gerce, le sang travaille Le bout des oreilles, des mains ; Pourtant, on va par les chemins Sans rien perdre encoi* de sa taille»

Mais comme Ton se recoquille, Gomme on rapetisse, aussitôt Que la bise pince en étau, Cingle en fouet, picote en aiguille !

Tortueusement dans l'espace Elle se rue, et, d'un seul coup, De haut en bas, autour, partout, Elle vous prend et vous enlace.

Et, tandis que le pas résonne . Sur le sol dur comme du fer, L'âme elle-même sous la chair Se recroqueville et frissonne.

L'imagination tassée Autant que la face pâtit :

Dans tout l'être qui s'aplatit Va se renforçant la pensée.

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Parmi ces plans aux ligaes roides Le soleil, flambaat saas chaleur, Met sur la forme el la couleur Un glacis qui les rend plus froides.

On voit les vallons, les montagnes Qui hérissent leur nudité.

Votre frisson est augmenté Par Taspect transi des campagnes.

Les granits font le froid des marbres, Le malaise ambiant vous vient Si fort qu'on souffre avec le sien L'obscur grelottement des arbres :

A terre, leur pauvre dépouille, Toute lugueuse de frimas, Sur les dessus de ses amas En se crispant montre sa rouille.

Où Teau filtrait, en telle place Des talus montueux ou plats, Luisent des beurres de verglas Et des bouffissures de glace.

Tous les creux, toutes les empreintes De la roue et du pied des bœufs, Sillons herbus, nets ou bourbeux, Sont pétrifiés dans leurs teintes.

Des chardons morts à blanche mèche, Se contractent tout rabougris ; La pierre, avec ses tons bleus gris.

Semble en acier sur l'herbe rèche.

Le sentier qu'on ne peut plus suivre A partout son petit écueil, Traître au pas, effacé pour Tœil, Sous une limaille de givre.

Le cri plaintif des alouettes Aiguise encore le froid des champs Allongeant leurs guérets tranchants Entre de maigres silhouettes,

Tandis que le vol mortuaire Des corneilles et des corbeaux Promène le noir des tombeaux Sous leeiel blanc comme un suaire.

Dans l'atmosphère qui s'embrume Vous avez la sensation Que votre respiration • Gèle à mesure qu'elle fume.

Sable, terreau, fossé, marnière, Apparaissent gourds, resserrés ; Toujours plus dans le gris des prés Se racornit la taupinière.

i84 LÀ NATURE.

En glaçonnant, les gouttelettes Des sources forment de gros^^tas De cierges qui, la tête en bas, Pendent aux roches violettes.

Les mares des châtaigneraies Sont de grands miroirs blancs- voilés...

Là, des ruisseaux coagulés Retiennent la ronce des haies.

La rivière à l'état solide Représente, affleurant ses bords, Un terrain vitreux qui fait corps Avecie sol âpre et rigide.

Droite, coudée, arquée ou torse.

Son onde est toute en figement, Son raboteux encroûtement Dit son épaisseur et sa force.

Mais soudain le mal qu'on endure Gesse. — Ici, grâce aux feux ardents, La chaleur triomphe au dedans Non moins qu*au dehors la Iroidure !

Aussitôt rentré, Ton retrouve Devant Tenfer des hauts chenets, L*accroupissement des minets Et du vieux chien dont Tœil vous couve.

Oh! comme alors on l'apprécie Le gîte dont l'isolement Et l'antique délabrement Sont le luxe et la poésie :

Palais des longues somnolences Où le vent, dans les coins bien clos, N'introduit que ses grands sanglots, La neige, que ses grands silences,

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