LA NUIT D'ORAGE
Dans un logis antique au fond de la campagne. En un lit de bois noir à vastes rideaux blancs Qui, bien que large ouverts, vous pèsent accablants. Vous songez, Tinsomnie étant votre compagne.
Or, c'est par une nuit ténébreusement chaude, La chouette a gémi ses longs rires stridents ; De l'espace muet il arrive au dedans UnjB sournoise odeur de tempête qui rôde.
LA NUIT D'ORAGE. tlt
Tentures et tapis, meuble plat ou qui bombe, - *
Imprègnent de leur morne et bizarre stupeur La chambre dont le poids de l'orage en torpeur Approfondit plus mort le silence de tombe, '
A peine ^ncor suivi d'une rumeur très sourde, Traversant les volets, par instants, un éclair,
Comme un soupir de flamme échappé de l'enfer,
Illumine soudain «on atmosphère lourde.
Et des obsessrions morbides, saccadées,
Vous lancinent; l'ennui venimeux vous étreint;
Vous ruminez vos deuils, et le regret chagrin
* < Vers le Lugubre induit le cours de vos idées.
Animé» par l'éclat dansant du luminaire Les portraits, m gardant leur sourire pincé.
Dardent leur clair regard fixe, plus aiguisé, D'un interrogateur plus froid qu'à l'ordinaire..
214 LA NATURP.
Vous fuyez Tun non moins que vous évitez l'autre 1 — Sur celte chaise, ici, le hasard fait qu'alors Gertains.de vos habits montrent les plis d'un corps Qui, vraisemblablement, ne serait pas le vôtre*
Là-bas devant vos yeux hallucinés par l'ombre,
Dans la haute fenêtre où chuchote le vent,
Une forme s'ébauche, inerte et se mouvant^
D'un aspect d'autant plus hideux qu'il est^lus sombre,
Votre esprit raisonnant sa pensée inquiète, Par là même la sent faiblir et se troubler :
Donc, le Surnaturel va vous ensorceler, Derrière l'oreiller sa chimère vous guette.
Ayant sûrement vu quelque monstrueux drame.
Mainte agonie et maint ensevelissement, Les murs — vous semble-t-il — vivent en ce moment Des rampements de spectre et des frôlements d'âme.
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