L'ATELIER DU MENUISIER
Sur l'établi — branches mi-joiates La pince! — à côté, goguenard, Le marteau-téte-de-canard Ricanant sur un sac de pointes.
Au long du maillet lisse et net Le vilebrequin sans sa mèche Ajoute un 8 baroque et rèche Au valet qui fait un grand 7.
Là, sur du vieil acajou rouge Le compas chevauche un racloir Dont le coupant semble en vouloir Au canal oblong de la gouge.
ici, sont groupés sans façon Tous les ciseaux jusqu'au bec d'âne ; Une serpe luit, toute crâne, Entre l'alêne et le poinçon.
Figurant une olive jaune En travers au bout d'un grand clou La vrille apparaît dans le flou Avec un pain de cire en cône.
Du papier de verre en rouleau Et le pinceau du pot à colle Qui peint, vernit, mouille, bricole, Se trempe dans Thuile et dans l'eau!
A moitié droites, les tenailles Braquant leur bâillement sournois Sur des ferrures de vieux bois En pente contre les murailles î
Là, sortant d'un petit sabot, La pierre à repasser, — navette Dans un vieux tesson de cuvette Une brosse près d'un rabot.
L'ATKLIER DU MENUISIER. 315
Celui-là se morfond! il grille De refaire siffleusement Sous son lamineux glissement Maint beau ruban qui se tortille.
Un tournevis long comme un doigt !
D'autres énormes, d'aspect drôle, Grattant, raclant, jouant le rôle D'espèces de ciseaux à froid. .
Vraiment dignes d'un antiquaire, Règle plate et long crayon plat, .
Deux inséparables — sont là Sur l'angle écorné de l'équerre.
Plus loin, ce martelet nabot, Le diamant coupeur de vitre, Un fouillis de clous près d'un litre Un bout de chandelle au goulot!
Une pauvre lime rognée Se mire d'un air malheureux Dans un bout de carreau vitreux Couvert de toiles d'araignée.
Enfin, contre un bloc de mastic, Sa lamelle en plein dans la pâte, Le mètre se tord en aspic Sur Tencaustique qui se gâte...
A terre, parmi les copeaux.
Dans la sciure, sous des pailles, De mélancoliques ferrailles Et de respectables vieux pots !
Sur une table où la limace Traîne sa glu, — des bois mouillés...
Moussue, entre ses coins rouilles, La grosse tète de la masse.
L'ATELIER DU MENUISIER. îlt
La tarière, ce grand T En forme d'ancre de navire, Qui mange le bois, tourné et vire Dans les nœuds de sa dureté !
La besaiguë, aux lames vives, Dont le manche veut les deux mains Et qui sur le bord des chemins Taille et dégrossit les solives!
D'autres outils des charpentiers, Certains pour charrette et pendule.
Car notre menuisier cumule Et fait un peu tous les métiers...
Et, tandis qu'au fond de l'échoppe.
Tout debout, la cognée en fer Et la hachette en acier clair Regardent songer la varlope.
Taodis qu'uB petit papillon, Perjo là Bans se reconnaitre, Tape et retape à la fenêtre
Où le soir met son vermillon, Trouvant la minute choisie, Un chat furlif et papelard Vient manger la couenne de lard Sous les dents même de la scie.