CHAPITRE TI
Parmi les plantes qui composent la forêt vierge, les arbres liennent le premier rang; ce sont eux, en effet, qui constituent la masse essentielle de la végétation, car tout le reste peut manquer ou n'être que faiblement développé; on peut à juste droit les comparer à la charpente de l'édifice, au squelette de l'animal, C'est leur présence qui caractérise la flore lropicale et qui donne aux paysages où elle se trouve leur aspeect le plus frappant.
Comment cette magnifique végétation a-t-elle pu se former ? Nous l'avons déjà indiqué brièvementdansunautreouvrage (1). Nous avons montré comment certaines plantes quisont annuelles et herbacées dans les pays septentrionaux deviennent arborescentes dans les régions équatoriales (Ricin, Maraudia, Catophora). Cette expérience si remarquable nous permet d'entrevoir comment le caractère tiré: de la consistance ligneuse a pu naître chez lant de plantes des pays chauds. Si l'hérédité est l'effet accumulé de l’action du milieu, comme nous nous sommes efforcé de le démontrer dans un cas particulier (2), 1l en résulte qu'une plante qui a subi pendant un nombre incalculable de siècles l'action du climatéquatorial a dû devenir héréditairement un arbre, bien qu'à l’origine la lignification et la
(1) Les Végélaux et les Milieux cosmiques,"p. 33. (2) Ibid., p. 83.
o6 ORIGINE DE LA FORÈT
haute taille aient pu êtredes particularités Lout à fait instables.
L'action de lempéralures uniformément élevées et de pluies abondantes se manifeste d'ailleurs encore à l'heure actuelle d'une manière bien évidente par la rapidité avec laquelle s'effectue la croissance dans les régions voisines de l'équateur. On peut citer, à ce propos, des chiffres tout à fait frappants qui démontrent nettement ce fait.
M. Kraus a suivi l’élongalion des pousses de Bambou, il a constalé que l'allongement en 2{ heures élait en moyenne de 19 à 23 centimètres; il a même vu, dans cerlains cas, cel accroissement atteindre 57 centimètres (1). Évidemment nous n'observons jamais dans les pays froids une pareille rapidité de développement, même chez les végétaux qui grandissent le plus rapidement (2). C'est surtout à l'obscurité que celte augmentation se produit, elle est souvent double de l’allongement qui a lieu pendant le jour ; et c'est à la persistance indéfinie de la croissance pendant les nuits qui ne sont jamais froides que la végétation des tropiques doit son magnifique essor. Dans les pays seplentrionaux, quand les nuits sont chaudes, leur durée est très courte; sitôt qu'elles deviennent plus longues, la température s'abaisse notablement et la croissance de Ja végélation devient impossible. Quant à la lignification des lissus internes, elle est en rapport avec la transpiration, et c'est à l’activité du courant de sève qui arrive en grande abondance des racines qu'il faut attribuer, selon M. Koch, le riche développement des vaisseaux.
On cite souvent quelques exemples bien probants de la vitesse de celle évolution. Près du gymnase Guillaume IE, à
Batavia, on planta en 1874 un pied de l'£ucalyplus alba de
Timor; au bout de trois années, il avait 15 mètres de haut, c'est-à-dire la Laille d'un très grand Marronnier. Des échanüllons de l'A/bizzia moluccana (Légumineuse) ont souventau bout d'une année 5 à6 mètres, et ils atteignent 25 mètres en six
(Q) D'après Wallich, un Bambusa arundinacea se serait développé en 15 jours de 7,85.
(2) Il est à remarquer toutefois que la croissance a lieu d'une manière irrégulière; car souvent, après augmentation de 57 centimètres en un jour, on n'observe le lendemain qu'une élongation de 3 centimètres, Ces variations, qui sont indépendantes des conditions extérieures, paraissent dépendre des obstacles que doit vaincre la tige pour rompre les gaines foliaires sous lesquelles elle est emprisonnée. |
ans. En 1887, une allée du jardin botanique de Buitenzorg fut ensemencée avec des graines de Palmiers appartenant à l'Oreodoxa regia; en 1894, on pouvait observer en ce point de magnifiques arbres ayant 15 mètres de hauteur. Une autre Légumineuse également remarquable par la rapidité de sa croissance est le Schizolobium excelsum, qui donne au bout de lrois années un arbre qui atteint souvent 20 mètres; d’ordinaire jusqu à 19 mètres la plante reste simple, et c’est à parür de ce moment qu'elle se ramifie en parasol.
Une pareille vigueur de développement permet d’entrevoir comment quelques-unes de ces plantes peuvent atteindre des dimensions véritablement colossales : c'est à une tour qu'il faut comparer des végélaux comme les A/{ingia, Saxifragaceés-Hamamélidées, qui peuvent avoir fréquemment jusqu'à 60 mètres de hauteur (1).
L'uniformité du chimat contribue puissamment à l'épanouissement de la végétation arborescente, c'est ce qui explique l'importance si grande des plantes ligneuses dans les îles, même quand elles sont un peu éloignées de l'équateur. Aux Sandwich, qui sont entre 19 et 22 degrès de latitude nord, il y a une proportion tout à fait inusitée d'arbres et d'arbustes : sur 974 plantes indigènes, 1l y a près de 300 plantes ligneuses. On observe celte lignification chez des familles qui, en Europe, sont exclusivement composées de plantes herbacées. Il y a trois espèces de Vrola qui sont des buissons de 1 mètre de haut. On y rencontre des Silene qui ont la même taille ; le Geranium arboreum atteint jusqu'à 3 mètres ; les Composées endémiques sont de véritables arbres qui ont de 6 à 9 mètres: les nombreuses Lobéliacées, toutes spéciales à cet archipel, sont des arbres qui ressemblent à des Palmiers. Les mêmes remarques s'appliquent à Juan Fernandez, groupe d'îles qui se trouvent en face le Chili, dans l'océan Pacifique, à 34 degrès de latitude australe, dans lesquelles on trouve des Composées de
(1) Dans la grande sylve africaine, selon Stanley, les arbres atteignent jusqu'à 5, mètres de haut. Certains arbres comme les Eucalyptus d'Australie ou les Sequoia de Californie peuvent atteindre une taille plus grande encore ; on connaît des individus qui ont 110 mètres. Ce sont, semble-t-il, desreprésentants gigantesques des flores tropicales anciennes qui occupaient autrefois une aire beaucoup plus grande sur le globe, et qui se sont maintenus sur place avec leur taille primitive devenue héréditaire.
De) ORIGINE DE LA FORÈT
7zimèlres de hauteur Dendroseris macrophylla, voir laligure 140, p.28). La persistance aussi loin de l'équateur de Composées arborescentes est un fait très remarquable, qui est vraisemblablement en rapport avec l'histoire de ces îles, car elles renferment une flore très anciennement différenciée qui a dû se maintenir par suile de son isolement des continents quand les pôles se sont refroidis.
D'ailleurs l'épanouissement de la végétalion arborescente chez les représentants des familles que nous venons de men- Uuonner n'est pas lié à la vie insulaire, et on peul observer des Composées gigantesques dans FAfrique tropicale (fig. 8 p2817ME Senecio Johnslonii notamment nous donne lidée de ce que peuvent devenir dans les contrées chaudes desherbes comme les Sénecons que
F1G. 8. — Sencecio Johnsthoni, Composée tropicale chacun a pu 'a-
arborescente du même genre que les Senecçons de masser dans nos nos pays (d'après Oliver).
pays.
L'étude complète d'un genre qui possède une grande aire de dispersion, qui s'observe, par exemple, sur presque toute la surface du globe, peut être très instructive au point de vue qui nous occupe. Si nousexaminons les subdivisions du genre Polygala (1), nous remarquons que l’état d'arbuste (/ig. 9 à 14,
1) Phlebolænia, buissons très ramifiés, dressés, Cuba: acanthocladus, buissons avec branches pointues, épineuses, Brésil, Paraguay ;
hebecarpa, baduiera, buissons, Cuba, Saint-Domingue, Jamaïque, —
euhebecarpa hebecarpa, buissons bas, Amérique centrale, Mexico, Arizona; ligustrina, buissons et buissons bas, 15 espèces de l'Amérique tropicale (P. gigantea du Pérou) ; brachytropsis, buissons petits semblables à des Ephèdres, sud et ouest de l'Espagne et du Portugal; vulgares, herbes vivaces, Europe.
p. 9) ou de buisson s'observe dans les régions tropicales du globe, tandis que la forme herbacée se montre dans les pays froids. Il y a, en petit nombre, des cas anormaux qu'il y aurait lieu d'examiner de près : quand une plante buissonnante peut | se propager sur tout un continent sans obstacle, comme dans
l'Amérique du Sud, on la voit quelquefois s'étendre assez
loin en dehors des régions tropicales qui sont sa patrie d'ori-
| F1G. 9 à 14. — Polygala arborescent (Polygana Bennellii Chod). A, branche de
cette espèce buissonnante à pousses épineuses, qui croil dans le sud du Brésil, qui doit être comparée aux Polygala herbacés de nos pays froids. — B, C, D,
enveloppes de la fleur de celte plante ; Æ, pistil: J, graine (d'après M. Chodat.
ms
| gine tout en gardant son caractère ligneux. Si on laisse de côté ces anomalies peu nombreuses, qui sont certainement explicables, et si l'on se contente d'examiner l'ensemble du
genre, On Voit done qu'en gros les espèces herbacées sont
seplentrionales el les plantes lTignenses tropicales {1}.
[est d'ailleurs d'autres considérations qui justifient la pré-
cédente manière de voir. Les forêts tropicales ne sont pas, en effel, composées d'une espèce unique ou d'un pelit nombre d'essences comme nos forêts d'Europe; les espèces les plus diverses y sont mélangées de la manière la plus capricieuse et la plus inattendue. l'en résulle que la profession de forestier est beaucoup plus difficile dans les régions chaudes que dans nos pays. Bien souvent, quand l'observateur a remarqué un individu d'une espèce dans une forêt, il n'en trouve pas un second; comme la délerminalion de ces plantes est
souvent délicate, qu'elle exige des échantillons de fleurs et de
fruits que l'on ne peut pas se procurer à une époque quelconque de l’année, il faut procéder d'une manière très spéciale pour faire l'inventaire des richesses forestières d'une région. A Java, en particulier, dansles parties de forêt qui dépendent du jardin botanique, l'administration a établi des réserves où l'on n'abat aucun arbre sans l'ordre des chefs de service. « Puis, dit M. Massart, on a numérolé un exemplaire de toutes les espèces d'arbre et fait tracer des sentiers qui y conduisent. Chaque réserve est placée sous la direction d'un mantari, ouvrier javanais chargé de récolter des matériaux (d'herbier) des individus numérotés, au fur et à mesure qu'ils fleurissent et frucüfient; il doit aussi maintenir en bon état les sentiers que les lianes obstruent sans cesse. »
Grace à cette méthode, la direction du jardin botanique a rassemblé à Buitenzorg un herbier forestier unique dans lequel tous les échantillons proviennent d'un même arbre pour éviter les confusions avec les plantes voisines. On estime
à 1.000 le nombre des espèces arborescentes de Java (2) ; or
on sait qu'il n'y en a qu'une quarantaine dans la flore de l'Europe centrale et occidentale.
La même prépondérance de la végétation arborescente a été également constatée par M. Warming au Brésil, dans le petit district de Lagoa Santa: il y a trouvé 380 espèces d’arbres appartenant à 67 familles différentes ; quantaux arbustes
(1) Nous avons expliqué ailleurs l'origine de la persistance des plantes ligneuses peu nombreuses des pays froids (Végétaux el Milieux cosm., p. 36). |
(2) Les lianes sont exclues.
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és) d'ail
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formant le sous-bois, il en a compté jusqu'à 300 types (1).
On voit, d'après cette énumération, quel rôle considérable jouent les plantes arborescentes et ligneuses dans les régions équatoriales. Il y a lieu de penser que c’est aux conditions particulières de vie qui s'y rencontrent qu'il faut attribuer cette puissance de végétation, et l'on peut dire, en synthétisant les faits que nous venons d'énumérer, que c'est le climat tropical qui à joué un rôle prépondérant dans la formation de la forêt vierge.
Ce premier point fixé, nous allons maintenant examiner quels caractères spéciaux présentent les arbres qui composent la végé- : tation tropicale. Ils se rapportent soit à la structure générale de l'arbre, soit à l'organisation de son feuillage.
Architecture des arbres. — En dehors de leur haute taille, les plantes arborescentes des régions chaudes se groupent en plusieurs types se distinguant de ceux que nous observons tous les jours dans notre pays par un certain nombre de particularités (2) qui se rattachent à leur port.
Il y a lieu d'abord de noter l'arbre parasol dont les branches divergent de la tige mère à une assez grande distance du sol et qui épanouissent leurs branches à peu près à la même hauteur; grâce à cette disposition, le feuillage s'étale largement à la Jumière ; c'est là une disposition qu'on observe communément à Java pour un cer- Fic.15. — Arbre en tain nombre de Légumineuses (Cæsalpinia, jme de candé- Erythrina, Pithecolobium) ; les Diptéro-
carpées à Singapour présentent la même organisation (3).
(1) Les familles qui ont le plus de représentants arborescents sont les Ligumineuses, 15 pour 100; les Myrtacées, 7,1 pour 100; les Lauracées et les Rubiacées, 6 pour 100 ; etc.
(2) Elles ont été bien caractérisées par M. Haberlandt et M. Warming.
(3) Les arbres à plusieurs étages de feuilles dérivent, en somme, de 5 type; on en observe un exemple chezl Eriodendron anfractum (Bomacée),
D'autres fois, la plante forme un candélabre : la lige prineipale reste indivise jusqu'à une grande distance de la base ; les branches supérieures, après avoir présenté pendant un Lemps très court une orientalion oblique, se redressent rapidement de manière à devenir parallèles à la tige mère (/ig. 15, p.31). Les Garuga (Térébinthacées-Burséracées) nous offrent un bel exemple de cette disposition. Elle peut d'ailleurs être obtenue par un procédé tout différent : il peut arriver que la branche de premier ordre soil horizontale el qu'elle avorte presque de suite, mais après avoir donné une branche secondaire verlicale, Ce derniér cas se rencontre chez les arbres qui donnent la cannelle.
Par les deux dispositions que nous venons de décrire, les arbres paraissent avoir résolu le problème le plus important pour eux, qui est de procurer à leurs feuilles la lumière dont elles ont besoin. La lutte pour la vie dans la forêt vierge, — où l’enchevêtrement des plantes est si grand, où la lumière est tellement tamisée que l’on ne peut arriver à obtenir des photographies du sous-bois, — est donc surtout une lutle pour la lumière. C'est ce que Slanley a très bien noté, bien que n'observant pas les phénomènes en botaniste. Décrivant les éclaircies de la forêt dues à des tornades qui ont jeté à bas les arbres de la haute futaie, il remarque que peu de lemps après le passage du cyclone « les jeunes s'élancent en foule vers le ciel et se disputent l'air et la lumière, jouant des coudes, s'élranglant, s'étouffant jusqu'à ce que le tout devienne un impénétrable broussis ».
Dans le combat pour la radration lumineuse, un avantage est assuré aux plantes quiseramifient le plus tard possible ou dont les branches se dirigent tout de suite vers le haut, mais la victoire est plus certaineencore pour celles qui ne se ramifient pas du tout. Cette tendance à supprimer les ramifications est très accusée pour les Schizolobium, Légumineuses dont nous avons déjà décrit la croissance rapide ; les branches très peu nombreuses sont toutes groupées au sommet et elles ne portent qu'un bouquet de feuilles terminales : il arrive même souvent que ces plantes restent simples : la lige indivise surmontée de sa touffe de feuilles évoque nettement dans l'esprit la tige d'un Palmier, d'une Cycadée ou d’une Fougère arborescente. Le port de ces derniers végélauxest, onlesait, très carac-
-ment en longueur.
iéristique de la vie tropicale ; ne peut-on pas penser qu'il résulte d'adaptations très anciennes à cette lutte pour la lumière ? L'absence de ramification chez les liges de ces trois types de plantes est un des caractères les plus constants et les plus héréditaires de ces groupes qui ont fait leur apparition à la surface du globe à une époque très reculée. Il n'existait alors sur les continents, surtout dans la période du grand épanouissement des Fougères, que des forêts très denses qui ont imposé à ces végétaux de s'accroître principale-
Les divers modes d'organisation que nous venons de décrire permettent à ,.
l'arbre d'atteindre rapidement la couronne de la forêt et par conséquent le soleil dont ses feuilles ont besoin, mais ce résultat n'est atteint qu'en sacrifiant la solidité de la tige.
Cependant la consolidation 4 Rn he D ENS Dee ra de cet organe est souvent pale: rp, racines en palettes: «a, anastoindispensable, car les tem- a des branches (d'après M. Haberpêtes violentes sont fré-
quentes sous Îes tropiques, el les ouragans peuvent produire de graves dégâts dans la forêt. La plante a donc dû faire face à deux nécessités : d'une part chercher la lumière, d'autre part consolider sa tige pour résister aux tourmentes, Suivant les espèces, les procédés qu'elle a employés pour réaliser ces desiderata ont été très variables.
Si l'arbre a une tendance à multiplierses branches et à s’étaler horizontalement, il compromettra par cela même s'il n’obvie à ce grave défaut, sa stabilité dans la partie supérieure de sa üge et probablement aussi son existence. Dans certains cas comme dans le Ficus Rumphii, les ramifications peuvent large! ment s'étaler grâce aux anastomoses qui se produisent entre toutes les branches ; cette particularité donne à l'arbre dépouillé
de ses feuilles un squelette très singulier, donton peut se faire
COSTANTIN, La Nat. Trop. 3
une idée en consultant la figure 16 (p.33). Dans d'autres es pèces, comme le Figuier des pagodes, on voit pendre de : = toutes les branches des racines qui descendent pour ainsi sa
dire du haut de l'arbre, s'enterrent, s'épaississent et for = mentbientôtdes colonnes très solides qui contribuent tellement
à consolider la plante que la tige mère primiuve peut het plus tard disparaître sans qu'il en résulle aucun inconvénient pour le végétal (1). Dans ce cas, l'arbre a son corps o entièrement en l'air, élalé vers la source lumineuse et parallès lement au sol: ilrappelle ainsi une sorte d'animal monstrueux qui s’appuierait sur la terre par des milliers de pattes. On voit LL?
par quel procédé singulier la plante est arrivée à réaliser le. maximum d'adaptation à la lumière sans compromettre sa M" solidité. Ce mode de vie entraîne un changement complet: 2 dans le port du végétal : l'accroissement horizontal est presque a indéfini, de sorte que, lorsqu'on s'approche d'un individu de Lx.
cette espèce, on se trouve en présence d’une véritable armée I
de troncs que l’on est tenté de prendre, au premier abord, L. pour des arbres distincts ; on s'aperçoit vite que l'on a : MR affaire à la plante unique qui a envahi une surface si considé- : able qu’elle ressemble à une forêt (fig. 17, p. 37). , ;
Si nous laissons de eôté le dernier cas que nous venons de pe décrire — où la consolidation de la plante est tellement assurée # qu'elle peut se passer de la tige mère, — dans la plupart ca des exemples que nous avons cités plus haut, la colonne pri- jé mitive de la plante non seulement persiste, mais a une impor- £ lance primordiale ; aussi des dispositions particulières existent-elles pour la fixer fortement au sol : des espèces de - " câbles notamment l'y attachent et servent à la tendre comme de
un mât. Cette consolidation est réalisée par l'apparition de racines adventives qui, cette fois, ne se produisent pas sur les hautes branches, mais sur l’axe principal et seulement à sa
(1) Cette plante germe quelquefois, mais rarement, sur les branches d'un autre arbre ; ce dernier ne tarde pas à disparaître au milieu de la forêt que produit bientôt le végétal auquel il a servi au début de support. Le Ficus religiosa peut croître aussi sur les murs et. les édifices. Sa germination sur un arbre était considérée par les anciens Indiens comme un phénomène particulièrement mystérieux et sacré, surtout quand cetarbre étaitun Acacia. Aussiétait-ce de ces deux plantes qu'ilstiraientles deux aranis sacrés, morceaux de bois générateurs du feu dans le sacrifice divin.
3 # RES: dr Le Sn APE TN
; sique d’une pareille disposition : de la partie inférieure de la BE tige partent, formant souvent plusieurs étages, des racines - dont les plus basses seules s'enfoncent dans le sol, carles supérieures se dessèchent souvent pendant leur trajet dans l'air. En: Les Vaquois sont des Monocotylédones, c'est-à-dire des vé- ” gélaux dont les divers membres nes’épaississent pas par le jeu 4 de formations secondaires, aussi les racines adventives que
. nous venons de décrire restent-elles cylindriques indéfini- = ment. Il n'en est plus de même si ces organes appartiennent - à des Dicotylédones; une fois fixées dans le sol, les racines ” continuent à croître, mais leur épaississement ne s s opère pas D d'une manière uniforme comme dans lesrégions souterraines ou même aériennessices parties ne sont pas fixées au sol. Lorsque survient une tempête et que l'arbre est fortement secoué, les A cà bles-racines qui l'attachent à la terre subissent detrès fortes ‘4 tractions qui contribuent à les déformer el à modifier pro- …. fondément leur développement : au ieu de rester cylindriques, : à ces organes s’aplatissent et ne {ardent pas à se transformer en
Si tablettes triangulaires qui adhèrent à lhumus par toute leur
. l'écorce des Chênes de Java sont d’abord parfaitement cylin- driques : dès qu'elles sont fixées, on constate que l'accroisee . sement reste faible ou nul sur les faces inférieureset latérales, tandis que la région supérieure prend un accroissement intense ; ‘aussi la partie ne est-elle située excentriquement sur 7 5e coupe, au voisinage du sol (1).
- Cet exemple est le premier que nous ayons à citer de l'in- fluence des agents mécaniques sur la structure ; nous aurons … l'occasion, en étudiant plus loin l'organisation interne des … lianes, de fournir de nouvelles preuves nombreuses et déci- Fe. sives plaidant en faveur d’une semblable action. 74 | Les palettes ainsi formées se rencontrent souvent entre elles, et à leur point de contact des anastomoses se produisent qui, comme pourles branches du Ficus Rumphii, contribuent
(1) Dans la description d'une tempête à laquelle il a assisté sur le bord de l'Arouhouimi, Stanley a bien remarqué le rôle des racines palettes, car il dit que le tronc solide des arbres estmaintenu en place par les ares-boulants des racines pendant la tourmente.
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base. Les Pandanus ou V aquois nous offrent un exemple elas
. base, On peut d’ailleurs assister à tous les stades de cette mé- . Dar & . tamorphose: les jeunes racines adventives qui s'échappent de:
PA Née % Er OS DS x LS ANEEE RU T ES E DÉLITS 2
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puissamment à consolider ce système de soulien (fig. 16, rp).
Chez les arbres, de nos pays, nous n'observons jamais de phénomène analogue à celui que nous venons de décrire, c'est que l'humidité qui y règne est insuffisante pour provoquer l'apparition des racines adventives sur la tige mère. Les pluies constantes qui tombent pendant de longues périodes contribuent, au contraire, sous l'équateur, à rapprocher l'état hygrométrique de l'air du point de saturation: ces conditions de vie provoquent, dans ces contrées chaudes, l'apparition de racines adventives, puis de palettes qui se retrouvent partout chez les familles les plus diverses (1:.
L'humidité, on le sait, favorise l'apparilion des racines et il suffit de mettre une bouture de Saule dans une atmosphère close et saturée pour les voir se former en grand nombre.
Les diverses espèces végétales de nos pays ne se comportent pas toutes à la manière des Saules quand on les place dans les conditions précédentes : 11 y a des varialions très grandes dans le phénomène d'irritabilité qui se traduit par l'apparition des racines adventives. Il doil en être de même pour les végétaux des tropiques. Beaucoup d'entre eux ne produisent de racines qu'à la base. Quelques-uns en forment sur tout le tronc et il n'est pas rare de voir des Fougères arborescentes couvertes d'une multitude de petites racines grêles el noires qui abondent surtout en bas de ces végétaux, et leur donnent un peu un aspect de balai. Les diverses
espèces de Figuier présentent sous ce rapport les plus grandes
variations, et le Ficus Benjamina, dont les individus isolés forment à Buitenzorg de véritables bois, nous offre, à ce point de vue, le maximum d'irritabilité : des milliers de racines pendent de toutes les branches de cette plante ; elles se font d'ailleurs entre elles une grande concurrence, beaucoup meurent pendant la descente vers le sol et une sur mille parvient jusqu à terre
Ce mode de végétation, qui se retrouve dans le Figuier des
pagodes, a depuis longtemps frappé l'imagination des Indiens:
aussi quand une de ces racines plus heureuse que les autres
(1) Turpinia (Staphyléacée), Eleocarpus (Tiliacée), Ficus (Urticacée),
Vernoniu (Composée), Castanea, Quercus (Cupulifères), Canarium edule
(Burseracée), Engelhardtia (Juglandée), Astronia (Mélastomacée), Nephelium (Sapindacée), etc.
LES ARBRES: El: LEUR ARCHITECTURE 37
arrive au voisinage de la terre, c'est avec des cérémonies sacrées que la place est préparée pour la recevoir. On conçoit
que l'allure singulière de cet arbre ait profondément impressionné les peuples primitifs, et que ces plantes merveilleuses soient devenues l'objet d'un culte qui depuis les tempsles plus
r ses nombreuses