INTRODUCTION
« Le bleu du ciel, la lumière, les vapeurs qui se reposent dans le lointain, la forme des animaux, la vigueur des végétaux, l'éclat du feuillage, le contour des montagnes, tous ces éléments partiels déterminent limpression que produit l'ensemble d'un paysage (1). » Ils s'associent d'une manière variable suivant les pays, et c'est de l’infinie variété de ces combinaisons que les voyages tirent en grande partie leur charme. Qui ne se sentirait en dispositions différentes à l'ombre d’une forêt épaisse ou sur un plateau découvert ; sur les hautes montagnes, en face des glaciers neigeux, ou dans les plaines vertes et riantes ; à l'intérieur d'une oasis de Palmiers ou dans une forêt vierge ?
Darwin — qui, dans son voyage autour du monde, a pu contemplernotre globe sous tant d'aspects différents — peint admirablement à plusieurs reprises celte influence du monde physique sur le moral, cette action mystérieuse du matériel sur l'immatériel qui donne à l'étude de la nature un attrait si profond. Il nous décrit notamment la Terre de Feu comme « une énorme masse de rochers sauvages couverts d'immenses
(1) Alexandre de Humboldt, COSTANTIN, — La Nat. trop. 1 | LIBPRARY NEW YORK
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lorêls qui commencentoi s'arrêtent les marées » el qui offrent partout « de mortelles scènes de désolation ». Le feuillage des arbres est d'un vert brunâtre qui donne à tout le paysage «un aspect sombre el morne » ; les tempêtes se succèdent presque sans Interruplion avec accompagnement de pluie, de urêle el de neige: d'immenses nuages noirs obscurcissent constamment le ciel; « la mer a un aspect terrible, elle ressemble à une immense plaine mouvante couverte cà et là de neige. » C'est, on le voit, «un des pays les plus inhospitaliers qui soit au monde ». « La nature, ajoute le savant anglais, en rendant l'habitude omnipotente, en rendant ses effets hérédilures, a approprié le Fuégien au climat et aux productions de son misérable pays. »
Les contrées que nous voulons décrire sont heureusement très différentes de celle-là ; la nature y est, au contraire, toujours en fêle, ce sont les régions fortunées de l'éternel été où s'épanouit la puissante flore équatoriale. Dans ces pays, l'homme n'a pas besoin d'efforts pour vivre : les produits de deux ou trois arbres peuvent suffire à le nourrir pendant une année entière, et partout il trouve à sa disposition les fruits les plus variés et les plus délicats. L'homme primitif avait done plus de chances que dans les régions froides de ne pas y mourir de faim. Aussi est-ce vraisemblablement de là qu'il arayonné sur toute la surface de la terre. Le souvenir de cette première patrie semble s'être conservé chez beaucoup de peuples, el la légende de l'âge d'or, l'histoire du jardin d'Eden sont probablement les lointains échos de ces temps si reculés.
Après une marche lente du sud au nord vers les pays froids eLincléments, voyage qui l'obligea à créer et à perfectionner la civilisation, l'humanité policée, depuis trois siècles el surtout depuis cinquante ans, revient vers les contrées qui ont été le théâtre de ses premiers progrès ; puissamment armée de toutes les inventions qu'elle a pu faire sursaroute, ellechercheaujourd'hui à les utiliser dans les pays qui lui ont servi de berceau. Elle peut tirer un très beau parti des régions équaloriales si elle veut comprendre que la vraie source des richesses qui y existent est cachée sous la magnifique végétation qui les couvre. La destruction de la forêt vierge, merveille que la na- Lure a mis des siècles à édifier, est une œuvre barbare qui peul ruiner une contrée, et la lamentable histoire des pays où cette
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