‹ La nature tropicaleChapitre 63 sur 113 · LISE Y · texte numérisé non relu

LISE Y

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FiG. 160. — Divinité féminine trouvée dans manque, les bras sont : la Marne dans une grotte sépulcrale en « LS rapport avec un monument mégalithique absents, un collier 24 (d'après M. Cartaïlhac). Figure extraite de z “ l'ouvrage de M. Cartailhac, p. 242, fig. 105, orne celte fig ure | la France préhistorique. comme dans les des- À | sins qui ont été déjà < 594 représentés par nous dans notre autre ouvrage. On a retrouvé 4 ; dans le Gard, à Collorgues (Galerie de paléontologie, Muséum de Paris), des figures de chouette analogues que l’on à regarde également comme une antique déesse. > La découverte d'une pareille divinité sur des monuments ME. mégalithiques offre un très grand intérêt si l'on tient comple À 33 È (1) Bibliothèque scient. internat. (Alcan). À = h,

d'une part des résullats généraux qui ont été établis dans ce qui précède et si l’on se rappelle que l’on a trouvé des dolmens partout à la surface du globe : dans l'Inde, dans l'Afrique septentrionale aussi bien qu'en Amérique, au Pérou.

Une telle dispersion n'élonnera pas ceux qui connaissent la diffusion du symbole crucial que l'on a découvert avec étonnement sur le manteau du réformateur divin du Mexique, Quetzalcoatl, dont on a signalé des formes sur plusieurs ruines celtiques des îles britanniques, comme le grand temple de Classerniss, aux Hébrides, comme la galerie du cimetière de New-Grange, en Irlande, et que l’on retrouve partout

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bn ù (l | | eee à ® ® ÿ 6 ee -®-® 6-0 F1G. 161 à 163. — Symbole crucial observé dans un temple de la Chine (d'après Prémare). — 2. Croix gammée ou Svastika des Indiens, symbole du cœur de Bouddha. — 3. Vase danois orné de la croix

gammée, remontant à l'époque préhistorique.

depuis la Chine jusqu'au Pérou, depuis les terramares de

l'Emilie (âge de bronze) jusque parmi les débris des habitations lacustres du lac du Bourget (1).

(1) Le bâton des augures à Rome était surmonté d'une croix; à Pompéia, Vénus est représentée par une croix et un cercle, Saturne par une croix et un croissant. L'on a troavé ce symbole dans le temple de Sérapis, à Alexandrie. Dans l'Inde, le temple d'Elephanta est construit sur ce plan. En tartare, Lama veut dire croix; le svastika est d’ailleurs le symbole du cœur du Bouddha et est gravé sur sa poitrine. On retrouve un signe semblable dans les iles du Pacifique : les naturels des iles Gambier se tatouaient de croix ; lors de la découverte des îles Mulgrave, les naturels portaient des croix. — Au Yucatan. il

COSTANTIN., — La Nat. trop. 20

s dr à

Il peut paraitre très singulier d'êlre conduit à admettre que l'Amérique ait été peuplée à une période très reculée par des barbares qui avaient une foi religieuse analogue à celle des peuples mycéniens. Celle opinion acquiert cependant quelque vraisemblance par la considération des vases sacrés qui ont été rencontrés au Pérou et dans l'Amérique centrale. La similitude qu'ils présentent avec les vases eypriotes esl vraiment singulière ; ce sont les mêmes motifs ornementaux, les mêmes compartiments reclangulaires, les mêmes rosaces. Ce sont, dit M. Perrot, «les mêmes vases accolés par le ventre ou le goulot dont la conformation illogique fait sonser à celle de ces êtres que les natu-

F1G. 164 à 166. — Vases sacrés retrouvés au Pérou ; ralistes appellent leurs formes rappellent les vases mycéniens. — d : 2. Vase orné d’une tête et entouré de serpents es monstres »

rappelant la tète de Méduse. — 3. Vase à figure a. 164). La conde chouette sans bouche : 0, œil, p, nez (Musée (fig , 4 du Trocadéro) (collect. Wiener). sidération des

statuettes représentant les divinités féminines paraît d’ailleurs confirmer ces ressemblances : on a découvert au Pérou des déesses dont les mains croisées sur la poitrine rappellent tout à fait celles qui ont été trouvées en Phénicie et dans le bassin de la Méditerranée, On y retrouve les vases ornés de figures de chouette dépourvues de bouche (/ig. 166). Nous avons

existait au moment de la conquête espagnole de larges croix de .

bois et de pierre ; les coupables étaient enfermés dans des croix de métal où on les chauffait. Les chambres souterraines du palais de Mitlan étaient disposées en forme de croix, etc.

même cru observer sur certains vases la représentation symbolique de la tête de Méduse ou de l'Argonaute avec ses bras enroulés en crosse (/ig. 165) (1). On voit enfin, sur certains monuments mexicains représentant le déluge, — trouvés dès le début de la conquête espagnole (Codex vaticanus), avant par conséquent que l'influence du christianisme ne se soit fait sentir, — au milieu de l'Océan destructeur, des sortes de poissons réduits à des têtes d'hommes, qui paraissent rappeler le Poulpe, ébauche d'humanité.

Au terme de cette dissertation, nous voyons à quelles conclusions inattendues nous arrivons, conclusions qui se relient d'ailleurs à ce qui a été dit dans le cours de l’ouvrage. Un grand cataclysme diluvien a été connu de toute humanité primitive, ce qui paraît en justifier la réalité, manière de voir s’accordant avec la théorie des effondrements des géologues modernes, théorie qui nous fait entrevoir la possibilité de deux types de transformations des êtres : l’évolution lente et l'évolution brusque qui n'est pas sans se rapprocher beaucoup de ce que l'on a appelé autrefois création. Naudin inclinait vers cette idée que la métamorphose des êtres avait été très active, puis qu'elle s'était ralentie depuis longtemps. Ces nouvelles hypothèses scientifiques reproduisent, en somme, de très anciennes conceptions religieuses qui paraissent avoir d’ailleurs leur origine dans le souvenir du déluge. C'est, en effet, de l'épouvante éprouvée par l'homme à

1) Nous avons une connaissance très incomplète de la religion des Mexicains; par sa cruauté, par ses fêtes orgiatiques, elle rappelait celles de Carthage et de Chypre. Les renseignements que nous possédons laissent entrevoir le rôle important que jouait « Ce Acatalt », c'est-à-dire une canne. On retrouve les symboles que nous avons déjà rencontrés, la croix, la main (comme sur les temples de Carthage), les pierres sacrées. Le magnifique développement des civilisations de l'Amérique centrale, les immenses pyramides qui rappellent celles de l'Egypte, la pratique de la circoncision, celle de la couvade semblent indiquer qu'il a pu s'établir autrefois des relations entre le bassin de la Méditerranée et le Nouveau Monde. On sait d’ailleurs qu'une expédition égyptienne, sous Néchao II, vers l'an 600, était partie dela mer Rouge et éiait revenue par la Méditerranée.

Issuite de celle grande invasion des eaux qu'est sorti un culte primordial qui a été propagé sur toute la Lerre par les construeteurs de dolmens de l'âge de pierre. La mer, cause de la grande catastrophe, à été adorée avec effroi et toutes les manifestations de la vie pélagique ont été recueillies avec une attention aussi pieuse qu'inquièle, L'observalion passionnée des phéno-. mènes dont l'Océan est le théâtre a fait germer dans l'esprit de quelques penseurs une théorie de la genèse du monde d'après laquelle il ÿ avait au fond de l'abime un arbre produisant des êtres vivants. Le culte des arbres, grâce à cette conception, est devenu universel ; les croyances qui s'y ratlachent n'ont d'ailleurs pas lardé à être intimement liées aux mythes relatifs à la découverte du feu qui primitivement élait obtenu par la friction de deux morceaux de bois.

À partir de ce moment, la flamme sacrée, l'étincelle de vie n'a plus été engendrée qu'à l’aide de deux plantes nées l’une sur l’autre comme l'Anatife était né sur le Chêne marin : les espèces parasites, épiphyles ou grimpantes de Ja flore tropicale furent l’objet d'études attentives ; ainsi naquit le culte du Figuier (épiphyte), du Soma (Sarcolemma), de la Vigne et du Lierre (plantes grimpantes), puis celui du Gui (parasite). (Voir p. 34. 38, 95, 142, 161, 162, 237).

L'apparition de ce dernier végétal sur un Chêne parut aussi merveilleuse que celle de l'oiseau sur les rameaux de l'arbre aquatique, on savait d’ailleurs que c'était un animal ailé mystérieux qui déposait le parasite sur son hôte. Mais la plante restait toujours la grande énigme et, parmi les théories imaginées pour éclaircir cette question, celle d'Empédocle est une des plus remarquables. Cette conception n’est pas sans quelque parenté avec les idées modernes de l'évolution, car elle conduisait à admettre que les premiers hommes ou les premiers rois étaient aquatiques, qu'ils avaient une tête humaine et des corps de serpents, que notre espèce s'était modifiée dans le cours des siècles. Nous dirions aujourd'hui qu'ils croyaient que le Poulpe élail l'ancêtre de l'homme (Grèce, Chine, Inde).

« La succession des créations et des âges du monde, dit Renan, cette idée que le monde à un devenir, une histoire, où chaque état sort de l’état antérieur », a été de «la science à son Jour ». «Le vieil esprit babylonien y vit encore. » « La simplicité

du récit biblique, ajoute-t-il, l'horreur exagérée qu'on y remarque pour les grands chiffres ont masqué le puissant esprit évolutionniste qui en fait le fond; mais le génie des Darwins inconnus que Babylone a possédés il y a 4.000 ans s'y reconnaît toujours (1). »

Les frayeurs du barbare primitif à la suite du grand désastre se calmèrent peu à peu, mais 1l resta dans ses croyances ce que M. Max Müller appelle « l'élément sot, dénué de sens et sauvage » ; en réalité, les fils des premiers grands penseurs devinrent incapables de comprendre les idées de leurs pères, car ils n’observaient plus la nature et chaque jour ils s'éloignaient davantage d'elle. Ils inventérent, pour expliquer les conceplions qu'ils ne saisissaient plus, des mythes qui reflètent l’atrocité et limmoralité de leurs mœurs. Leurs descendants ont cependant longtemps conservé avec un zèle pieux les fables étranges de leurs ancêtres, mais l'incompatibilité de la civilisation avec les cultes anciens quiopprimaient la pensée humaine devint un jour évidente; cette antinomie s'était d'ailleurs révélée dès les premiers jours à un peuple élu que ses malheurs avaient particulièrement doué pour la vie morale. La férocité et l'ignominie de certains rites, l'invraisemblance et la folie de certains dogmes finirent par révolter quelques âmes pures ou quelques hautes intelligences : philosophes ou réformateurs religieux, ces nobles esprits payèrent de leur vie l'audace de leurs paroles. Leurs noms seront à jamais conservés dans la mémoire des hommes, car ce sont les vrais bienfaiteurs de humanité. Les vérités religieuses et

}« Tous les mythes, dit M. Lang, flottent entre la théorie de la cons- \Enetion et celle de l'évolution, très grossièrement conçue. » Beaucoup de mythes enseignent que l'homme descend del'un ou de l’autre des animaux. Les Indiens Diggers (Californie), si sauvages qu'ils se nourrissent d'insectes, croient que les hommes se formèrent par une lente transformation : ils marchèrent d’abord à quatre pattes ; les caractères de l'homme apparurent, il prit l'habitude de se tenir debout et perdit Ja queue qu'il possédait et qu'il y a lieu de regretter, selon ces Indiens (Schooiïscraft). Dans la mythologie indienne, la successiondes avatars de Vichnou est particulièrement suggestive : il s'incarne d'abord dans un poisson, lors de la création, animal aquatique ; puis dans une tortue, ètre amphibie ; plus tard dans un sanglier, animal terrestre ; ensuite dans Rama ou plutôt dans Hanumant, qui est un singe; enfin dans Crichna, qui est un homme, le divin enfant de la Vierge, Chez les anciens Égyptiens, quatre urnes sacrées accompagnant la momie étaient placées toujours dans le même ordre; les couvercles qui les ferment

| F'ANCER morales qu'ils ont su lui conquérir au prix de leur sang

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sont toujours les mêmes : une tête d'oiseau, une tête de chacal €

de chien, une tête de singe et une tête d'homme. On trouve su zodiaque d'Edfou des transitions de l'homme au serpent. On y obs également des membres isolés d'animaux.

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