‹ La Navigation Aerienne (volume 2)Chapitre 4 sur 8 · AVIS AU PEUPLE · texte numérisé non relu

AVIS AU PEUPLE

Sur l'enlèvement des ballons ou globes en Vair.

€ On a fait une découverte dont le gouvernement € a jugé convenable de donner connaissance, alin c de prévenir les terreurs qu'elle pourrait occac sionner parmi le peuple. En calculant la pesanc leur de Pair appelé inflammable avec l'air de € notre atmosphère, on a trouvé qu'un ballon remc pli de cet air inflammable devait s'élever de lui- € même dans le ciel jusqu'au moment où les deux c airs seraient en équilibre , ce qui ne peut être € qu'à une très-grande hauteur. La première cxc périence a été faite à Annonay, en Vivarais , par € MM. de Montgolfier, inventeurs; un globe de c toile et de papier de cent pieds de circonférence,

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c rempli d'air inilammable , s'éleva de lui-même à c une hauteur qu'on n'a pu calculer. La même c expérience vient d'être renouvelée à Paris, le € 27 août, à trois heures du soir, en présence d'un c nombre infini de personnes. Un globe de taffetas c enduit de gomme élastique, de trente-six pieds c de tour, s'est élevé du Champ -de-Mars jusque m dans les nues, où on l'a perdu de vue. On se c propose de répéter cette expérience avec des c globes beaucoup plus gros. Chacun de ceux qui <ic découvriront dans l'air de pareils globes, qui c présentent l'aspect de la lune obscurcie, doit c donc être prévenu que loin d'être un phénomène c effirayant, ce n'est qu'une machine toujours com- <( posée de taffetas ou de toile légère recouverte de c papier qui ne peut causer aucun mal^ et dont il c est à présumer qu'on fera quelque jour des apc plications utiles aiix besoins de la société, c Lu et approuvé ce 3 septembre 1783.

c Sauvigny. »

Parmi les personnes qui assistaient à l'expérience du 27 août se trouvait Etienne de Montgolfier, lequel, sur l'invitation de l'Académie des sciences, s'était rendu à Paris. Le succès obtenu par MM. de Saint-Fond, Charles et Robert ajec un ballon à air inflammable ne le fit point renoncer à l'emploi de la fumée de paille et de laine , soit qu'il le crût réellement préférable, soit qu'il considérât comme un devoir vis-à-vis de l'Académie et vis-à-vis du public.

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de pousser jusqu'au bout Tessai de son système. Il alla s'installer dans les vastes jardins dépendant de la ùbrique Réveillon y pour y construire son aérostat. Au lieu de le faire de forme sphérique, il lui donna celle d'un prisme terminé en haut et en bas par deux pyramides , la seconde renversée et tronquée de manière à oifirir un orifice assez large. Sa machine était en toile d'emballage doublée de papier en dedans en dehors. La hauteur totale était de vingt et un mètres et son diamètre de treize, proportions telles, qu'une fois gonflée elle devait enlever un poids de six cent vingt-cinq kilogrammes. Elle fut gonflée une première fois en neuf minutes, le 11 septembre 1783, et souleva jusqu'à une certaine distance du sol huit hommes qui la retenaient. Le lendemain , on se mit en devoir de faire l'expérience complète eu présence des commissaires de l'Académie et plusieurs autres personnages distingués. Les manœuvres commencèrent , malgré le mauvais temps : on brûla environ vingt-cinq kilogrammes de paille et cinq kilogrammes de laine sous le ballon, qui acquit une force ascensionnelle capable d'enlever un 'poids de deux cent cinquante kilogrammes ; et on allait le lâcher quand arriva un courrier venant, de la part du roi, ordonner à M. de Montgolfîer d'ajourner son expérience pour qu'elle eût lieu à Versailles le 19 du même mois. Les commissaires et la plupart des assistants firent observer qu*au point où l'on en était, il valait mieux aller jusqu'au bout, sauf à

recommencer huit jours plus tard , selon le désir du roi , soit avec le même ballon , soit avec un autre; mais Montgolfler, craignant d'offenser le prince et voulant aussi éviter d'avoir à reconstruire un autre aérostat, résolut d'ajourner : il n'y gagna rien; car son appareil, qu'il eût peut-être sauvé en le lâchant , fut tellement avarié par la pluie et le vent , qu'il fallut néanmoins recommencer sur de nouveaux frais. Le temps pressait; toutefois on travailla avec tant d'activité que le nouveau ballon fut prêt au jour dit. Cette fois il était sphérique et fait de toile de coton peinte en bleu à la détrempe, et ornée de dessins et d'emblèmes en papier doré. On le transporta à Versailles, dans la grande cour du château, où une estrade avait été dressée pour le recevoir. Cette estrade avait été percée à son milieu d'une large ouverture dans laquelle on fit entrer le ballon, de sorte que son hémisphère supérieure figurât un dôme au centre de la plate -forme. Le réchaud , en fil de fer, destiné à recevoir la paille et la laine, reposait sur le sol.

L'expénence eut lieu en présence du roi , de sa famille, de sa cour et d'un grand concours de monde venu tout exprès à Versailles , quelques-uns admis dans l'intérieur des grilles, la plupart stationnant sur les places et sur les avenues adjacentes. A une heure, une première décharge de mousqueterie donna le signal de gonfler le ballon, ce qu'on fît en brûlant sous l'orifice quarante kilogrammes de paille et deux kilogrammes et demi de laine ; une

deuxième décharge annonça que tout était prêt , et à la troisième les cordes furent coupées. La machine s'éleva, poussée par un vent violent de sud-est qui lui fit une déchirure de plus de deux mètres, et elle alla s'abattre sur les arbres du bois de Yaucresson, aux regards étonnés de deux gardes -chasse; un canard) un coq et un mouton qu'on avait enfermés dans une cage d'osier suspendue au-dessous du ballon , sortirent de leur prison, sans avoir éprouvé aucun mal, ce qui fit penser que des hommes pourraient, sans trop exposer leur vie, naviguer dans l'atmosphère par le même moyen. Ce fut dans ce but qu'Etienne de MontgolGer se remit à l'œuvre. Il construisit, toujours chez Réveillon, un ballon de dix-neuf mètres de hauteur sur quinze mètres et demi de diamètre, portant autour de son orifice une galerie en osier, recouverte de toile, et destinée à recevoir des voyageurs qui pourraient circuler autour du foyer et l'aUmenter ou l'éteindre à leur gré. Le premier qui s'offrit à courir les risques d'une ascension fut un jeune chimiste que son amour pour la science et sa fin malheureuse ont rendu célèbre. Il se nommait Jean-François Pilastre du Rozier. Il était né à Metz en 1756. Admis à rhôpital de cette ville comme élève en chirurgie, son extrême sensibilité lui rendit bientôt cette profession odieuse, et il entra chez un pharmacien, où il acquit les premières notions de chimie. Il fit dans cette science de rapides progrès , et ne tarda pas à passer du grade infime d'apprenti à celui de mani-

pulateur. Il voulut alors joindre à la connaissance de la chimie celle de la physique et des mathématiques ; et quand il se sentit assez fort , il se rendit à Paris, et ouvrit dans le Marais un cours où il continua de s'instruire en enseignant. Un de ses professeurs, M. Sage, lui fit donner une chaire au collège de Reims ; mais Pilastre y resta peu de temps, et revint à Paris, où des amis influents obtinrent pour lui le poste honorable et avantageux d'intendant des cabinets d'histoire naturelle et de physique de Monsieur (depuis Louis XYilI). Il conçut alors et fit adopter par son illustre patron l'idée de trans* former ces cabinets en un musée ouvert aux étudiants et destiné à leur faciliter l'étude exnérimentaie des sciences. Il trouva aussi, en travaillant sur les gaz , un procédé pour combattre les eflets des exhalaisons méphitiques, procédé qui lui valut les éloges et les encouragements de l'édilité de Paris.

Aussitôt que Pilastre du Rozier connut la découverte de MM. de Montgolûer, il se prit d'une passion ardente pour la navigation aérienne, qui devint presque sa seule occupation , et qui devait lui couler la vie. On pense bien qu'il ne perdit rien des expériences faites tant à Paris qu'à Versailles , et ce fut principalement à sa sollicitation qu*Élienne de Montgolûer se disposa à fabriquer un ballon propre à recevoir des voyageurs. Pilastre s'étant engagé formellement et publiquement à y monter le premier.

On jugea prudent de procéder graduellement et de retenir d'abord le ballon captif au moyen de cordes qu'on filerait ou qu*on retirerait, suivant qu'on voudrait laisser monter la machine, ou Tobliger à redescendre. Le premier essai eut lieu le mercredi 15 octobre 1783. Pilastre seul se plaça dans la galerie, et on laissa monter la machine aussi haut que le permit la longueur des cordes, c'est-à-dire à environ vingt -sept mètres. L*aéronaute resta en Tftir pendant quatre minutes et vingt-cinq secondes , après quoi il redescendit très-lentement et remit pied à terre, assurant à ses amis et à la multitude qu'il n'avait éprouvé aucune incommodité. Les essais se répétèrent pendant plusieurs jours en présence des commissaires de l'Académie et d'une afiluence considérable de curieux. Plusieurs personnes s'enhardirent à monter dans la galerie, entre autres M. Giraud de Villette et le marquis d'Arlandes ; mais le plus assidu , le plus intrépide et aussi le plus adroit à la manœuvre était toujours Pilastre du Rozier. Un jour qu'on abaissait le ballon après une station de neuf minutes à près de quatre-vingt-dix-sept mètres au-dessus du sol, un coup de vent le porta sur les arbres du jardin de Réveillon. La galerie s'embarrassa dans les branches, et l'on craignait un accident grave; mais Pilastre , avec un sang-froid et une présence d'esprit admirables , jeta une botte de paille sur le foyer, qui se ranima , et le ballon , rendu plus léger, se dégageant de ses entraves, alla reprendre

sa position première pour redescendre ensuite sans encombre.

Ces expériences firent voir que Taérostat peut monter ou descendre au gré des aéronautes, seloa qu'ils augmentent ou diminuent le feu dans le réchaud. On commença donc à considérer comme possible une ascension à ballon non captif, ou, selon l'expression consacrée , à halUm perdu, et Ton songea à organiser une expérience décisive. L'afQuence des curieux autour de la maison de Réveillon et dans tout le faubourg Saint-Antoine fit juger avec raison qu'il serait nécessaire de transporter ailleurs le théâtre de cette expérience , afin d'éviter un encombrement des rues de la ville; le Dauphin leva cette difficulté en ofirant son vaste jardin de la Muette , situé hors das murs de Paris ; mais des dangers d'une autre nature apparurent tout à coup aux yeux des commissaires de l'Académie et d'Etienne de Montgolfier lui-même : on redoutait pour les aéronautes, ainsi que pour la population et pour les maisons, la présence en l'air d'un foyer incandescent dont on pourrait bien ne pas rester assez maître.

Ces craintes causèrent un revirement qui faillit empêcher l'entreprise. Le roi, supplié d'intervenir, défendit d'abord formellement qu'aucun de ses sujets s'exposât aux dangers d'une ascension; puis , sollicité en sens contraire ,' il voulut que si des hommes couraient cette chance, ce fussent des criminels condamnés à mort.

A cette nouvelle , Pilastre se récrie indigné , réclamant pour lui un honneur que ne méritent pas de vils scélérats. Il met en campagne tout ce qu'il peut rallier de personnages influents , entre autres ia duchesse de Polignac; il obtient du marquis d'Arlandes le témoignage qu'il n'y a aucun danger et la promesse de faire partie de l'expédition ^ remue ciel et terre , tant et si bien que le roi finit par céder et accorder l'autorisation.

L'expérience, d'abord fixée au 20 novembre, fut remise au lendemain à cause du mauvais temps.

Le 21 donc, à midi , tout étant prêt , Pilastre du Rozier et le marquis d'Arlandes se placèrent dans la galerie , l'un d'un côté , l'autre au côté opposé , pour maintenir la machine en équilibre; mais on voulut quelque temps la retenir avec les cordes; le vent l'agita alors violemment, la ramena contre terre et l'endommagea beaucoup ; elle faillit même brûler entièrement, et il fallut près de deux heures pour la réparer.

L*aérostat ne quitta donc la terre qu'à une heure cinquante minutes. Son poids total avec les deux voyageurs et le combustible dont ils avaient fait provision , était de huit cent à huit cent cinquante kilogrammes. Il fut néanmoins enlevé à une grande hauteur, et en peu d'instants le public, plein d'admiration, perdit de vue les aéronautes, qui le saluaient du geste. On vit seulement l'aérostat suivre l'impulsion du vent, remonter d'abord le fleuve, puis glisser dans la direction du sud -est.

Comme il restait à une grande élévation , on put , de presque tous les points de Paris, suivre des yeux sa marche depuis son départ de la Muette jusqu'à sa descente sur la Butte-aux-Cailles , non loin des barrières d'Enfer et de Fontainebleau; mais no» lecteurs préféreront sans doute au témoignage des spectateurs le récit détaillé du voyage , écrit par l'un des deux aéronautes, le marquis d'Ârlandes, à M. Faujas de Saint-Fond.

Le voici textuellement :

c Nous sommes partis du jardin de la Muette à une heure cinquante minutes. La situation de la machine était telle , que M. Pilastre du Rozier était à l'ouest, et moi à Test; l'aire du vent était à peu près nord-ouest. La machine , dit le public , s'est élevée avec majesté ; mais il me semble que peu de personnes se sont aperçues qu'au moment où elle a dépassé les charmilles, elle a fait un demi-tour sur elle-même; par ce changement, M. Pilastre s'est trouvé en avant de notre direction, et moi, par conséquent, en arrière.

c Je crois qu'il est à remarquer que dès ce moment jusqu'à celui où nous sommes arrivés, nous avons conservé la même position par rapport à la ligne que nous avons parcourue. J'étais surpris du silence et du peu de mouvement que notre départ avait occasionné parmi les spectateurs ; je crus qu'étonnés et peut-être elTrayés de ce nouveau spectacle, ils avaient besoin d'être rassurés. Je saluai du bras avec peu de succès ; mais ayant tiré

mon mouchoir, je Tagitai, et je m'aperçus alors d'un grand mouvement dans le jardin de la Muette. Il m'a semblé que les spectateurs qui étaient épars dans cette enceinte se réunissaient en une seule masse, et que, par un mouvement involontaire, elle se portait, pour nous suivre, vers le mur, qu'elle semblait regarder comme le seul obstacle qui nous séparait. C'est dans ce moment que M. Pilastre me dit :

€ — Vous ne faites rien , et nous ne montons Ipiëre.

c — Pardon, > lui répondis-je.

c Je remis une botte de paille, je remuai un peu le feu , et je me retournai bien vite ; mais je ne pus retrouver la Muette. Étonné , je jette un regard sur le cours de la rivière : je la suis de l'œil, enHn j'aperçois le confluent de l'Oise. Voilà donc Conflans ; et nommant les autres principaux coudes de la rivière par le nom des lieux les plus voisins , je dis : Poissy, Saint-Germain, Saint-Denis, Sèvres; donc je suis encore à Passy ou à Chaillot; en eflet, je regardai par Tintérieur de la machine, et j'aperçus sous moi la Visitation de Chaillot. M. Pilastre me dit en ce moment :

« — Voilà la rivière, et nous baissons.

< — Eh bien, mon cher ami, du feu. >

a Et nous travaillâmes. Mais, au lieu de traverser la rivière, comme semblait l'indiquer notre direction qui nous portait sur les Invalides , nous longeâmes l'île des Cygnes, nous rentrâmes sur le

principal lit de la rivière, et nous la remontâmes jusques au-dessus de la barrière de la Conférence. Je dis à mon brave compagnon :

c — Voilà une rivière qui est bien difficile à traverser.

« — Je le crois bien , me répondit- il ^ vous ne faites rien.

c — C'est que je ne suis pas si fort que vous , et que nous sommes bien. :»

m Je remuai le réchaud , je saisis avec une fourche ma botte de paille, qui, sans doute trop serrée, prenait difficilement ; je la levai , je la secouai au milieu de la flamme. L'instant d'après, je me sentis enlever comme par-dessous les aisselles, et je dis à mon cher compagnon :

« — Pour cette fois , nous montons.

« — Oui, nous montons, > me répondit-il, sorti de l'intérieur, sans doute pour faire quelques observations.

c Dans cet instant, j'entendis vers le haut de la machine un bruit qui me fit craindre qu'elle n'eût crevé. Je regardai , et je ne vis rien. Comme j'avais les yeux fixés au haut de la machine, j'éprouvai une secousse, et c'était alors la seule que j'eusse ressentie.

^ La direction du mouvement était de haut en bas. Je dis alors :

« — Que faites-vous? Est-ce que vous dansez?

« — Je ne bouge pas.

c — Tant mieux , dis-je : c'est enfin un nouveau

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courant qui, j'espère, nous sortira de la rivière. :»

c En efîet, je me tournai pour voir où nous étions, et je me trouvai entre l'École -Militaire et les Invalides , que nous avions déjà dépassés d'environ quatre cents toises. M. Pilastre me dit en même temps :

c — Nous sommes en plaine.

c — Oui, lui dis-je, nous cheminons.

c — Travaillons, me dit-il, travaillons. »

c J'entendis un nouveau bruit dans la machine, que je crus produit par la rupture d'une corde. Ce nouvel avertissement me fît examiner avec attention rintérieur de notre habitation. Je vis que la partie qui était tournée vers le sud était remplie de trous ronds , dont plusieurs étaient considérables. Je dis alors :

c — Il faut descendre.

c — Pourquoi?

c — Regardez, i> dis-je.

c En même temps je pris mon éponge; j'étei* gnis aisément le peu de feu qui minait quelquesuns des trous que je pus atteindre ; mais m'étant aperçu qu'en appuyant pour essayer si le bas de la toile tenait bien au cercle qui l'entourait, elle se détachait très -facilement, je répétai à mon compagnon :

c — Il faut descendre, i

c II regarda sous lui et me dit :

c — Nous sommes sur Paris.

c — N'importe , lui dis - je. Mais voyons , n'y

a-t-il aucun danger pour vous? Êtes -vous bien tenu?

c — Oui. »

€ J'examinai de mon côté, et j'aperçus qu'il n'y avait rien à craindre. Je fis plus, je frappai de mon éponge les cordes principales qui étaient à ma portée, toutes résistèrent, il n'y eut que deux ficelles qui partirent. Je dis alors :

« — Nous pouvons traverser Paris. »

c Pendant cette opération nous nous étions sensiblement approchés des toits; nous faisons du feu^ et nous nous relevons avec la plus grande facilité. Je regarde sous moi, et je découvre parfaitement les Missions-Étrangères. Il me semblait que nous nous dirigions vers les tours de Saint- Sulpice, que je pouvais apercevoir par l'étendue du diamètre de notre ouverture. En nous relevant, un courant d'air nous fit quitter cette direction pour nous porter vers le sud. Je vis sur ma gauche une espèce de bois que je crus être le Luxembourg. Nous traversâmes le boulevard. Je m'écriai :

€ — Pour le coup , pied à terre ! »

c Nous cessons le feu. L'intrépide Pilastre, qui ne perd point la tète et qui était en avant de notre direction, jugeant que nous donnions dans les moulins qui sont entre le Pelit-Gentilly et le boulevard , m'avertit : je jette une botte de paille en la secouant pour l'enflammer plus vivement; nous nous relevons, et un nouveau courant nous porte

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un peu sur la gauche. Le brave du Rozier me crie encore :

c — Gare les moulins 1 »

c Mais mon coup d'œil , fixé par le diamètre de notre ouverture^ me faisant juger plus sûrement de notre direction , je vis que nous ne pouvions pas les rencontrer, et je lui dis :

c — Arrivons. »

c Uinstant d'après, je m'aperçus que je passais sur l'eau. Je crus que c'était encore la rivière; mais arrivé à terre, j'ai reconnu que c'était l'étang qui faisait aller les machines de la manufacture de toiles peintes de MM. Brenier et O^,

c Nous nous sommes posés sur la Bulte-aux- Cailles, entre le Moulin*des-Merveilles et le Moulin- Vieux, environ à cinquante toises l'un de l'autre. Au moment où nous étions près de terre, je me soulevai sur la galerie en appuyant mes deux mains. Je sentis le haut de la machine passer faiblement sur ma tête, je la repoussai et sautai hors de la galerie. En me retournant vers la machine, je crus la trouver pleine ; mais quel fut mon étonnement ! elle était parfaitement vide et totalement aplatie. Je ne vois point M. Pilastre, je cours de son côté pour l'aider à se débarrasser de l'amas de toile qui le couvrait; mais avant d'avoir tourné la machine, je l'aperçois sortant de dessous en chemise, attendu qu'avant de descendre il avait quitté sa redingote et l'avait mise dans son panier.

€ Nous étions seuls et pas assez forts pour ren*

verser la galerie et retirer la paille qui était enflammée. Il s'agissait d'empêcher qu'elle ne mit le feu à la machine. Nous crûmes alors que le seul moyen d'éviter cet inconvénient était de déchirer la toile. M. Pilastre prit un côté, moi l'autre , et en tirant violemment, nous découvrîmes le foyer. Du moment qu'elle fut délivrée de la toile qtii empêchait la communication de l'air, la paille s'enflamma avec force. En secouant un des paniers, nous jetons le feu sur celui qui avait transporté mon compagnon; la paille qui y restait prend feu; le peuple accourt, se saisit de la redingote de M. Pilastre et se la partage. La garde survient; avec son aide, en dix minutes notre machine fut en sûreté, et une heure après elle était chez M. Réveil- Ion , où M. de Montgolfier l'avait fait construire. > Les aéronautes n'avaient éprouvé aucun mal; beaucoup de gens de qualité arrivèrent les uns à cheval, les autres en voiture, sur le lieu où ils étaient descendus, entre autres le duc de Chartres et le comte de Laval ; la duchesse de Polignac avait aussi envoyé des courriers pour s'informer du sort des audacieux voyageurs. On voulait ramener à la Muette Pilastre et le marquis d'Arlandes; mais le premier, n'ayant d'autre vêtement qu'une mauvaise redingote d'empnmt, persista à se retirer dans l'habitation la plus proche ; le marquis partit avec le regret de laisser là son brave compagnon, et revint à la Muette, où sa rentrée fut, comme on peut l'imaginer, un véritable triomphe.

Les ballons à feu , et les ballons à air inflammable. — Services rendus par Charles à raérostation. — Biographie de ce physicien. — Voyage aérien exécuté au moyen d'un ballon à hydrogène par Robert et Charles. — Relation de ce dernier, etc.

La courageuse initiative prise par Pilastre du Rozier et par le marquis d'Arlandes eut des conséquences importantes. Elle démontra péremptoirement la possibilité de la navigation aérienne, mit à Tordre du jour l'étude pratique de cet art, signala les principales défectuosités qu'il apportait en naissant, et indiqua dans quel sens on devait diriger les recherches ayant pour but de le perfectionner.

Déjà, dans le monde éclairé. Ton était revenu de Terreur qui avait fait croire à l'existence d'un gaz particulier résultant de la combustion du mélange de paille et de laine, et les frères Montgolfier n'avaient pas été les derniers à reconnaître dans la dilatation de Tair par la chaleur la seule cause

de l'ascension de leurs machines, qui reçurent dès lors le nom de ballons à feu ou montgolfières. Or l'emploi de ces ballons présentait de graves inconvénients.

En premier lieu , on ne pouvait contester la valeur des objections soulevées au moment de l'expérience du 21 novembre, et relatives au peu de sécurité qu'offraient la construction de ces machines et leur mode d'ascension. 11 y avait, en effet, danger, d'une part pour les aéronautes emprisonnés dans une galerie d'osier chargée de paille et voisine d'un foyer incandescent dont la flamme s'engouffrait dans un vaisseau de toile et de papier; d'autre part pour les maisons, les personnes, etc., situées au-dessous du parcours de la machine ignifère, et sur lesquelles un accident pouvait en faire tomber les débris enflammés.

£n second lieu, ce système était condamné par sa nature même à une impuissance à peu près absolue sous le rapport des progrès qu'on voulait réaliser ; car la faible différence de gravité spécifique entre l'air ordinaire et l'air dilaté ne permettait de s'élever qu^à une médiocre hauteur, et la provision de combustible qu'on pouvait emporter, assez considérable pour appesantir encore l'aérostat, l'était trop peu pour fournir aux besoins d'une longue course.

En troisième lieu, quelque soin que l'on prit de la garantir, l'enveloppe était promptement cre^ vassée et mise hors de service par le feu, et enfin

les voyageurs, obligés de s'occuper constamment à activer ou à ralentir la combustion, à pourvoir à la conservation de la machine et à en surveiller la marche, n'avaient le loisir de se livrer à aucune observation physique ou météorologique tant soit peu suivie, et leur voyage n'était, après tout, qu'un tour de force stérile et dangereux.

Ces diverses considérations frappèrent vivement Fesprit de l'habile physicien que nous avons vu déjà créer en quelque sorte de toutes pièces, avec une merveilleuse promptitude et en dépit d'énormes difficultés, le ballon à air inflammable enlevé au Champ-de-Hars le 27 août 1783. Charles avait du premier coup d'oeil reconnu dans l'hydrogène le seul gaz propre à gonfler les ballons, et du premier bond il avait franclii les obstacles où s'étaient arrêtés les frères Hontgolfier. Il lui était en outre réservé non-seulement de faire prévaloir son système sur celui des deux savants industriels d'Annonay, mais encore de résoudre seul en quelques jours, par des moyens dont la simplicité porte le sceau du génie, les parties essentielles du problème de Faérostation. C'est ainsi qu*il substitua à l'air dilaté l'air inflammable, à l'enveloppe en toile et en papier celle en taffetas enduit d'un vernis au caoutchouc ; qu'il imagina la nacelle où se placent commodément les voyageurs, le filet qui la supporte et qui en même temps maintient et renforce les parois du globe, le lest qu'on jette à volonté pour alléger et faire monter la machine, et

la soupape, qui, donnant issue au gaz, empêche qu'il ne crève le vaisseau dans les couches trop peu denses de Tair, et permet qu'on règle la descente de l'aérostat; c'est ainsi qu'il eut l'idée de recourir au baromètre pour déduire à chaque instant, des oscillations du mercure, la position qu'on occupe dans l'atmosphère.

On n'a, depuis soixante -dix ans, rien changé et presque rien ajouté aux dispositions imaginées par Charles, et les ballons que de nos jours on donne si fréquemment en spectacle au public ne sont que la copie, indéfiniment reproduite avec d'insensibles modifications, de celui que ce physicien fit conr struire au mois de décembre 1783. Charles fut donc au moins autant que MM. de Montgolfier le père de l'aérostation; car, si ces deux frères furent, malgré leurs erreurs, assez bien servis du hasard pour arriver les premiers à un résultat pratique, tous les perfectionnements rationnels et vraiment scientifiques introduits ensuite dans la construction et la manœuvre des ballons furent exclusivement l'œuvre de Charles. Et comme on aime d'ordinaire à ne pas ignorer tout à fait la vie de ceux dont le nom est attaché à quelque œuvre importante, nous pensons que nos lecteurs ne nous sauront pas mauvais ^ré de consacrer ici à l'émule des frères Montgolfier une courte notice biographique.

Charles (Jacques -Alexandre -César) naquit à Beaugency le 12 novembre 1746. Il montra de

bonne heure une singulière aptitude à tou3 les exercices de l'esprit, et dans la culture des arts libéraux aussi bien que dans celle des sciences physiques et mathématiques il fît preuve d'intelligence et de talent. Il ne parait pas toutefois que ses parents aient songé à encourager chez lui d^aussi heureuses dispositions ; car, après des études assez incomplètes, on le fît entrer dans un bureau. Il y resta peu de temps, non qu'il ne s'acquittât avec zèle de ses fonctions; mais le mauvais état des Cnances du royaume ayant rendu des économies nécessaires, on crut devoir supprimer un certain nombre d'emplois, et, comme il arrive d'ordinaire, les employés subalternes furent moins épargnés que les grands. Charles se trouvait dans la première catégorie; il fut congédié. Il avait précédemment consacré une partie de son traitement à satisfaire son goût pour l'étude et l'enseignement des sciences, en se montant un petit cabinet de physique où il exécutait des expériences en présence de quelques amis. Lorsque son emploi lui fut ôté, il songea à se faire un moyen d'existence de ce qui , la veille , n'était pour lui qu'une simple récréation, et transforma ses séances gratuites en un cours où l'on n'assistait que moyennant une certaine rétribution. Il se fit, en un mot, professeur de physique expérimentale; et comme à un extérieur à la fois agréable et imposant, à une physionomie expressive , à un organe sonore , à une élocution dont la vivacité pittoresque faisait oublier

rincorrection, il joignait un art et une adresse incomparables dans le choix de ses expériences et dans la reproduction des phénomènes naturels ^ il eut bientôt à se louer du parti qu'il avait pris. Les circonstances lui vinrent d'ailleurs en aide : les découvertes du célèbre Franklin sur Télectricilé étaient alors l'objet d'un enthousiasme non moins grand que celui dont on salua ensuite l'apparition des aérostats y et le public se portait avec empressement aux leçons d'un professeur qui, plus que tout autre, savait frapper les yeux et l'esprit par l'à-propos, et, si nous pouvons ainsi dire, parla magnificence de son enseignement. S'agissait-il du microscope , Charles produisait des grossissemenfs énormes; de la chaleur réAéchie, il incendiait des objets à des distances prodigieuses; et lorsqu'il eut à exposer les phénomènes électriques , il y procéda en foudroyant des animaux et en allant , au moyen du cerf- volant, soutirer aux nuages orageux leur redoutable fluide.

En peu de temps sa renommée fut européenne; son cours devint le rendez-vous de la société la plus élégante en même temps que des personnes les plus distinguées par leur savoir; et Charles eut l'honneur de compter parmi ses auditeurs Franklin lui-même, qui, cliarmé de la manière dont ses travaux étaient expliqués et reproduits, combla d'éloges l'éminent professeur, c auquel, disait -il, la nature semblait obéir. :» Un des effets de celte réputation fut d'attirer sur notre héros l'attention

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du gouvernement , qui offrit de lui rendre sa charge. Charles ne l'accepta qu'à condition de pouvoir la céder, comme cela se pratiquait alors ; il en consacra le prix à l'acquisition de nouveaux instruments et à l'agrandissement de son cabinet. Nous avons parlé et nous parlerons encore des services qu'il rendit à l'art aérostatique.

Il mérita par ses services que Louis XVI lui accordât une pension et invitât l'Académie des sciences à joindre son nom à celui des frères Montgolfier sur la médaille frappée pour perpétuer le souvenir de leur découverte. En 1785, il fut nommé membre de l'Académie et autorisé à transporter au Louvre son cabinet de physique et son domicile. Ce fut là qu'il reçut un jour la visite de Marat. Celui-ci était alors médecin y et préludait à son rôle futur d'énergumène révolutionnaire en essayant de bouleverser la science. Ne pouvant faire partager à Charles ses opinions, il s'échauffa au point de se laisser aller à une colère aveugle, et se précipita l'épée à la main sur le physicien, qui, ayant sur lui l'avantage de la vigueur et du sang- froid , n'eut pas de peine à le désarmer. On emporta Marat privé de l'usage de ses sens, tant le sang avait afflué à son cerveau malade. Malgré cette aventure , Charles ne fut point inquiété pendant la Terreur, et reprit paisiblement ses leçons aussitôt que le calme commença de se rétablir. En 17Q5 il fut désigné l'un des premiers pour faire partie de l'Institut, et cette compagnie fit de lui son bibliothécaire. Un peu plus tard U se vit con-

fier la chaire de physique au Conservatoire des arts et métiers ; et le gouvernement fît l'acquisition de son cabinet, dont la jouissance lui fut néanmoins laissée tant qu'il vécut. Charles mourut de la pierre, le 7 avril 1823. On lui doit l'invention du méga^ scope; ses œuvres écrites se bornent à quelques mémoires compris dans le recueil de l'Académie des sciences, et à un certain nombre d'articles publiés dans Y Encyclopédie méthodique.

Quelques jours s'étaient à peine écoulés depuis l'ascension de Pilastre et du marquis d'Arlandes, lorsque les journaux annoncèrent a qu'une sousc cription était ouverte pour la construction et c l'appareillement d'un globe de soie devant porter c deux voyageurs, lesquels s'enlèveraient à ballon c perdu, et tenteraient en l'air des observations c et des expériences de physique. :» Le public se rendit à cet appel avec empressement, et dès le 2 novembre on put voir le ballon gonflé d'air suspendu à l'entrée de la grande allée des Tuileries. Son diamètre était de neuf mètres; il était à bandes alternativement rouges et jaunes, enveloppé de son filet, auquel était suspendu un char bleu et or. On disposa dans le bassin situé en face du pavillon central un appareil à hydrogène composé de vingt -cinq tonneaux munis de tubes qui conduisaient le gaz dans une vaste cuve pleine d'eau,

destinée à le refroidir et à le débarrasser des gaz étrangers qu'il entraînait avec lui; de cette cuve, l'hydrogène passait, par un tuyau plus large , dans l'intérieur du ballon. 11 fallut quatre jours pour remplir l'aérostat, et encore eut -on à craindre un moment de voir tout l'appareil détruit. Un des tonneaux sauta pendant la nuit , et si l'on n'eût fermé aussitôt le robinet de communication , l'explosion se fût sans doute propagée ; mais cette précaution empêcha que le dommage ne fût sérieux. On continua donc l'opération , qui se trouva terminée au jour dit, 4«' décembre 1783.

A midi^ tout était prêt. Les corps savants et les hauts souscripteurs . (1) occupaient les places réservées autour du bassin. Le reste du jardin était rempli par la plèbe de ceux dont la mise n'avait été que de trois livres. Quant aux curieux non payants, ils se pressaient aux alentours sur les quais, sur le Pont-Royal, sur la place Louis XV, aux fenêtres, et jusque sur les .toits des maisons. On attendait impatiemment; tout à coup le bruit se répand que le roi s'oppose à ce que l'ascension ait lieu, au moins avec des voyageurs. Déjà à ce moment les partisans des ballons à feu et ceux des ballons à air inflammable formaient deux camps opposés et jaloux de se nuire. A cette nouvelle , les premiers triomphent, et quelques-uns ne craignent pas de dire que MM. Charles et Robert ont eux-mêmes

(1) Â quatre louis par tête.

sollicité cette prohibition, pour 8e dispenser de tenir envers le public une parole donnée témérairement. Charles, indigné, se rend aussitôt chez le baron de Breteuil, alors ministre, et proteste énergiquement contre une défense qui, sous prétexte de protéger sa vie et celle de son compagnon , les déshonore tous deux ; il menace même de se brûler la cervelle, si la décision du roi n'était rapportée. Les instants étaient précieux; le retard se prolongeant, le public allait se retirer, et les aéronautes demeuraient convaincus de lâcheté, de mensonge; il fallait prendre un parti sur l'heure. Le baron de Breteuil s'arrêta à celui que conseillait la justice : n'ayant pas le temps d'instruire et de consulter le roi , il prit sur lui de lever la défense.

A une heure et demie le canon se fît entendre. Les deux voyageurs étaient à leur poste, et leur navire aérien chargé du lest et des ustensiles nécessaires. Charles , tenant, pour ainsi dire, en laisse, un petit globe de soie verte de deux mètres seulement de diamètre , destiné à indiquer l'aire du vent, s'approcha de M"*® Etienne de Montgolfier, placée auprès de son mari dans l'enceinte réservée; il le remit gracieusement entre ses mains; puis, offrant un couteau à Etienne , il le pria de couper la corde, en ajoutant : < C'est à vous. Monsieur, qu'il appartient de nous ouvrir la route des cieux. i C'était répondre par un acte de haute courtoisie aux imputations calomnieuses de ses adversaires. Le public, comprenant le bon goût de cette allu-

sion 9 éclata en applaudissements. Le globe précurseur parfit dans la direction du nord- est. Alors les deux voyageurs montèrent dans leur nacelle, et l'aérostat, délivré de ses liens , s'éleva majestueusement y au milieu des démonstrations de l'enthousiasme le plus vif ^ et des acclamations de (rois cent mille spectateurs. Ce voyage ayant une grande importance historique, puisque ce fut le premier qu'on ait tenté par le moyen d'un ballon à gaz hydrogène, et présentant d'ailleurs , à cause du succès avec lequel il fut exécuté, un intérêt particulier, nous croyons devoir, pour en donner à nos lecteurs une idée complète, reproduire ici les principaux passages du récit que Charles lui-même nous a laissé de cette mémorable expérience.

c Le globe échappé des mains de M . de Mont-

golGer, dit -il, s'élança dans les airs et sembla y porter le témoignage de notre réunion ; les accla« mations l'y suivaient. Pendant ce temps , nous préparions à la hâte notre fuite : les circonstances orageuses qui nous pressaient nous empêchèrent de mettre à nos dispositions toute la précision que nous nous étions proposée la veille. Il nous tardait de n'être plus à terre. Le globe et le char en équilibre touchaient encore au sol qui nous portait; il était une heure trois quarts. Nous jetons dix -neuf livres de lest, et nous nous élevons au milieu du silence concentré par l'émotion et la surprise de l'un et de l'autre parti.

€ Jamais rien n'égalera ce moment d'hilarité qui

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