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tinents, la même remarque est à faire en ce qui concerne les voies navigables; on peut même dire que jusqu’à l’apparition des chemins de fer, l’histoire de la navigation est, dans une certaine mesure, l’histoire du commerce.
À partir de cette époque, la suprématie de la voie navigable semble menacée; bien des gens ne voyaient au début dans la voie ferrée que l’auxiliaire de la voie d’eau: on crut d'abord que les chemins de fer n’auraient d’importance que pour le transport des voyageurs, celui des marchandises devant rester aux voies navigables; mais quand les chemins de fer eurent démontré, par leur extension rapide, leur importance économique, on ne vit plus dans la voie navigable qu’un moyen de transport suranné: enfin, on crut à l'utilité respective des deux modes de transport : à la voie d’eau revenant les marchandises pondéreuses et de peu de valeur; à la voie de fer, les marchandises légères et peu encombrantes.
De nos jours, la question en est encore là et, bien que sa solution semble pencher de plus en plus en faveur du chemin de fer, nous essayerons de prendre parti sur ce point au cours de ce travail.
$ 2. — Situation de la France en Europe.
La France occupe géographiquement en Europe une situation privilégiée; elle est le seul pays de ce continent qui ait à la fois accès sur la mer du Nord et la Manche, sur l'Atlantique et sur la Méditerranée.
Vue de l’extérieur, elle a la forme d’un hexagone à peu près régulier, dont trois des côtés constituent ses frontières maritimes sur les mers les plus fréquentées du monde et les trois autres ses frontières terrestres, dont deux la mettent directement en contact avec les pays les plus importants de l’Europe centrale.
Si nous pénétrons à l’intérieur de ce pays si harmonieusement découpé, notre étonnement ne diminue pas quand nous examinons les nombreuses voies de passage dont la nature l’a doté.
Hommes politiques, militaires, géographes et économistes, se plaçant à des points de vue différents, ont toujours été unanimes à constater ce double avantage de la France.
Il y a deux mille ans, Strabon avait déjà admiré la disposition des fleuves de la Gaule; presque encore de nos jours, Elisée Reclus remarquait que la France est le seul pays en Europe où les communications soient commodes. « Les voies naturelles ouvertes de fleuve à fleuve, trouée de Belfort entre le Rhône et le Rhin, col de Bourgogne entre la Saône et la Seine, seuil de Naurouze entre l’Aude et la Garonne, sont larges et de l’accès le plus facile. » @).
Ainsi, par sa situation géographique et par la facilité avec laquelle on la traverse surtout dans le sens nord-sud, la France était destinée à devenir un des plus importants centres de passage du monde aussi bien pour le développement du commerce que pour les invasions, et l’heureuse disposition de ses fleuves, dans les vallées desquels furent construites les premières routes, devait lui donner, avant beaucoup d’autres contrées, un développement économique complet.
Mais si Strabon et Elisée Reclus ont étudié le régime hydrographique français en géographes qui séparent les fleuves en bassins, avec une ligne idéale de partage des eaux qui s’écoulent soit Sur un versant, soit sur un autre, pour l’économiste qui examine les fleuves en fonction des services qu'ils sont susceptibles ‘de rendre à l’homme, äl
convient de ne pas exagérer les avantages du régime fluvial français.
(2) Elisée Reclus, Nouvelle Géographie universelle, 1877, t. I.