PRÉFACE
La Nautica de Baldi est comptée parmi les chefsd’œuvre du génie poétique de l’Italie. Mais ce n’est pas seulement par l’inspiration ou par l'éclat et le charme de la versification; bien moins encore est-ce par le mérite assez banal de la difficulté vaincue, que ce poème nous parait digne d’admiration et d’étude.
La Nautica restera, même sous le rapport historique et simplement technique, comme un monument de plus en plus curieux des progrès merveilleux par lesquels l’homme, triomphant de la fureur des éléments , parvint à étendre sa domination sur l’empire de l’onde.
On se demande comment notre langue a tant différé de s’enrichir d’un monument que la poésie, l’histoire et l’art devaient revendiquer avec un égal empressement. Serait-ce que la Nautica avait été omise dans les volumineux inventaires qu’à plus d’une époque l'Italie dressa de ses richesses intellectuelles? Il n’est que trop vrai. Cependant notre savant Ginguené , il y a déjà plus de quinze années (i), avait réparé une
(i) Hist. litt. d'Italie, U ix, p. 26 à 46.
lo PRÉFACE.
omission que l’Italie pouvait, à bon droit, reprocher à Fontanini, et même à Tiraboscki.
Sans doute plus d’un lecteur de V Histoire littéraire (I Italie eut la pensée, en traduisant la Nautica, de compléter la réparation dont Ginguené avait pris la nohle initiative. Si donc cette traduction s’est fait attendre jusqu’à ce jour, il faut s’en prendre aux difficultés de la tâche. '
En rendant compte de la continuation du grand ouvrage de Ginguené par Salfi ( Moniteur des 19, 28 juillet i 83 /j, et 14 janvier 1 835 ), nous osâmes exprimer le vœu de voir enfin notre langue dotée d’un poème dont le moindre mérite, à nos yeux, n’était pas sa spécialité à l’art nautique. Mais il fallait un heureux concours de circonstances pour que les difficultés, nées de cette spécialité même, et qui, on le conçoit, avaient dû arrêter plus d’une tentative, s’aplanissent sous une plume persévérante et habile.
Cette plume s’est enfin rencontrée. M. Armand de Galiani, dont le nom appartient avec célébrité à plus d’une branche de la littérature du dernier siècle, a bien Voulu se rendre à nos instances et se faire l’heureux et fidèle interprète du poète d’Urbin.
Attaché au département de la marine, M. de Galiani réunissait à la spécialité de connaissances , sans laquelle on peut dire qu’il n’y a pas de traduction réelle, l’avantage de disposer de toutes les ressources