‹ La navigation, poeme de Bernardino Baldi, traduit de l'italienChapitre 4 sur 41 · XX · texte numérisé non relu

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vez-vous pas (s’il m’est permis de comparer des choses aussi inégales) que les vaisseaux ressemblent à ce petit poisson qui , sç servant à lui-même de mât, de voile, de pilote, de rame et de gouvernail, parcourt les mers dans sa conque native (i)? L’homme sage ne doit laisser aucun objet, quelque vil qu’il soit, sans l’observer. Souvent on a vu le plus petit exemple ouvrir la route à de grands travaux. Que celui qui refuserait de le croire, regarde quel fut sur l’esprit du premier observateur, l’effet de cette creuse demeure que bâtit pour ses petits la voyageuse hirondelle, lorsqu’elle ramène, en gazouillant, la saison des fleurs. Il voulut imiter cet exemple; avec de la fange, des feuilles et des joncs, il se fabriqua d’abord une humble cabane; et ce premier essai apprit, avec le cours des années, aux autres hommes, à élever des tours, des palais, des amphithéâtres et

(1) Hor che non sembra

Ogni legno a veder marina belva ,

Che i liquidi sentier varchi notando ?

Forse non è (se pareggiar mi lice Cose si disuguali ) il picciol pesce A le navi simil , ch’ a se medesmo Arbor, vêla, noccliier, timone e remo, Trascorre il mar ne la natia sua conca ?

NOTICE

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des temples (i). Que la nature soit donc votre guide, lorsque l’art n’est pas né, ou lorsqu’il est enfant et faible encore. »

Le second livre indique au navigateur quelles études il doit faire, quelles connaissances il doit avoir. Pour se diriger sur les mers, à travers les dangers qui le menacent, il faut qu’il connaisse parfaitement les astres et les signes célestes, les rivages , les écueils et les ports , le flux et le reflux de la mer, les vents réguliers et irréguliers; les signes qui annoncent l’orage, et ceux qui présagent le retour du beau temps. Ce livre est une suite continue de descriptions. L’auteur a mis beaucoup d’art à les entremêler de traits poétiques, qui les enrichissent, sans trop distraire l’attention du lecteur. Iæ retour du calme, qui termine cette partie de ses leçons, lui fournit, en forme d’épisode, un tableau mythologique fort

(1) E chi no’l crede, iniri

L'ingegno di colui che’l cavo albergo Mirô, che'ntesse ai pargoletti figli La vaga rondinella, allor che adduce Garrula seco la stagion dé fiori.

Questi di fango pria , di fronde e giunchi ,

Quell’ esempio imitando , il primo humile Tugurio fabbricossi , onde con gli anni Appreser gli altri poi d’alzare al cielo- Torri, pa lazzi, aniphiteatri e tempj.

NOTICE

agréable; c est le triomphe de Vénus, parcourant, après un orage, l’empire des mers où elle est née. Ce poème, et la plupart de ces poèmes didactiques, sont animés par les fictions de la mythologie. C’est aux dieux de l’antique Olympe que les poètes adressent leurs invocations; ce sont eux qu’ils font agir; c’est à leur influence qu’ils soumettent toutes les parties de la nature qui se présentent sous leurs pinceaux. En lisant leurs poèmes, on les croirait tous écrits dans l’ancienne Rome; on les prendrait, du moins dans tous ces morceaux, qui sont assez fréquents, pour des traductions. Sans doute, il y aurait des reproches à leur faire; plus sûrement encore, ils auraient des excuses à donner; mais sans m’engager ici dans les reproches ni dans les excuses, c’est un fait que je me contente d’observer.

« Le temps est enfin venu où le poète doit expliquer comment le navigateur peut défendre son frêle vaisseau des périls qui l’environnent, et par quel art il doit enfin revenir vainqueur, heureux et chargé de richesses. » Tel est le début du troisième livre (i), et telle est en effet la matière qu’il

(1) Il tempo è giunto ornai, ch'io spieghi coine Difenda il marinar da’ gravi rischi,

De l’onde il fragil legno , e con quai arte

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embrasse. La marche continue d’en être ferme et régulière. Le style en est toujours poétique, mais peu chargé d’ornements, et de courtes digressions en sont les seuls épisodes. Par exemple, si, dans un voyage de long cours, le vaisseau doit être toujours armé, toujours en état de repousser l’attaque des brigands des mers, ne le faut-il pas aussi, lors même que l’on ne fait que côtoyer l’Italie, puisque ses bords sont infestés par des scélérats avides d’or et de sang? Cette question amène des plaintes pathétiques sur l’état malheureux où était alors l’Italie , déchue de son ancienne puissance, ravagée, déchirée, asservie. Ses fleuves, ses moindres ruisseaux gonflés du sang de ses enfants, amènent, à leur tour, le souvenir d’une terrible inondation du Tibre, qui avait renversé les temples, les théâtres et les tours. Il fallait qu’en effet cette inondation, qui avait ravagé Rome en 1 53o, après tant d’autres désastres, eût été bien terrible, et qu’elle eût laissé de bien profondes traces dans les imaginations italiennes, puisque Baldi, né vingt-trois ans après, et qui devait avoir au moins dix-sept ou dix-huit ans lorsqu’il écrivait son poème, parle comme d’une

Vittorioso alfin torni e felice,

Di ricche merci onusto, al patrio albergo.

NOTICE

plaie récente d’un événement arrivé depuis quarante ans (1).

Une digression d’une autre espèce, mais qui ressemble un peu trop à un lieu commun, est le parallèle fait dans ce même livre entre la vie laborieuse , mais tranquille et sûre , que mène le cultivateur, et celle à laquelle se condamne le navigateur, que le désir d'amasser des richesses entraîne au delà des mers. La description d’une tempête, et des manœuvres qu’on doit opposer à ses fureurs, n’est ni un épisode ni même une digression; elle est inhérente au sujet, et c'est encore ce sujet même qui exige que le précepte soit ici en images et en tableaux.

La mer apaisée, les périls évités, les vaisseaux

( 1 ) Entre cette inondation de i53o,sous le pontificat de Clément VII, et une autre de 1 598 , sous celui de ClémentV III, qui fut peut-être encore plus forte (voyez Mura to ri, Annali d'italia, ann, i53o et i5g8), il n’y en eut aucune d'assez remarquable pour que l’on y puisse appliquer cet endroit du poème, publié en 1Ü90 :

Dicalo il Tebro, che piangendo indarno Ne gli antri ascosto, i suoi perduti onori,

Vinto da l’aspro duol che chiudea in seno ,

Largo sgorgando e lagrimoso rivo,

Contro le care e venerate mura,

Aizô le coma, e con muggito orrendo,

Tempi , torri e leatri agguagliô al suolo.

NOTICE

entrés au port, sur une plage étrangère, il faut savoir employer le temps, en attendant le retour; les amusements, les jeux ne sont pas interdits, surtout ceux qui exercent encore les marias en les amusant. De ce nombre est la course des vaisseaux, où l’on propose des couronnes aux pilotes et aux matelots les plus prompts et les plus adroits. La description d’une fête pareille termine le troisième livre. Le quatrième est consacré à indiquer au navigateur les régions où il doit diriger sa course, s’il veut revenir chargé de trésors. Chaque pays a ses productions, ses richesses particulières, analogues à son terrain, à son climat. Ici, l’auteur semble avoir pris pour modèle ces beaux vers des Géorgiqucs, si élégamment rendus par Delille ( i ) :

Ici sont des vergers qu’enrichit la culture ;

Là règne un vert gazon qu’entretient la nature ;

Le Tmole est parfumé d'un safran précieux ;

Dans les champs de Saba l'encens croit pour les dieux ;

L’Euxin voit le castor se jouer dans ses ondes ;

Le Pont s'enorgueillit de ses mines fécondes;

L'Inde produit l’ivoire, et dans ses champs guerriers,

L’Epire, pour l'Elide, exerce ses coursiers.

(Delille, Géorg. , 1. i).

(i) Hic segetes, illic veniunt felicius uvae;

Arborei foetus alibi , atque injussa virescunt

\OTICK.

Rien de plus difficile à rendre en vers avec élégance et propriété que ces détails géographiques. Ce ne sont pourtant pas six ou huit vers que l'on trouve dans ce quatrième livre ; c’est le livre presque entier. L’auteur, à l’exemple de Virgile, a pris soin d’en sauver la sécheresse , en joignant au nom, soit des plantes, des animaux, des minéraux et autres objets précieux, soit des lieux où on les trouve, des circonstances mythologiques, historiques ou descriptives, qu’il exprime poétiquement.

Il finit par une fable épisodique sur l'invention de la boussole, qui a plus de a5o vers ; c’est à peu près la même étude que celle de la fable d’Aristée, à la fin des Géorgiques, et l’on aperçoit encore ici l’intention d’imiter un si parfait modèle. Baldi adopte la tradition plus que douteuse qui attribue cette invention à Flavio Gioja d’Amalfi. Flavio, fils d’une nymphe à qui le poète donne le nom d’Amalfi, habile et hardi navigateur, mais égaré sur la mer Tyrrhénienne , pen-

Gramina. Nonne vides croceos ut Tmolus odores, India mittit ebur, molles sua thura Sabæi,

At Chalybes nudi ferrum , virosaque Pontus Castorea , Eliadum pahnas Epirus equorum P

(Virg. , Gèorg. , 1. 1.)

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dant une nuit sans étoiles, invoque les dieux. Junon envoie Iris, sous la forme d’une néréide, lui ordonne d’aborder à l’île d’Elbe, d’y offrir un sacrifice aux nymphes de la terre, qui gardent les minéraux que cette île recèle dans son sein. Il obéit; il invoque les nymphes; il est conduit dans leurs souterrains* comme Aristée dans le palais humide de Cyrène sa mère, il reçoit la pierre d’aimant, et apprend de la première de ces nymphes les prédictions de Protée, qui ont annoncé que, guidé par cette pierre, mariée avec le fer, un illustre Génois découvrira un jour de nouveaux mondes, et ajoutera aux immenses possessions d’un roi puissant, de nouveaux États.

Flavio emporte ce don précieux, remonte sur son navire, et désormais dirigé dans sa course, suit une marche certaine , lors même qu’une nuit orageuse lui cache les feux du ciel.

Le système mythologique suivi dans tout le poème fait que cet épisode n’y forme aucune disparate. L’imitation éloignée de Virgile s’y fait sentir, et l’on y respire, ainsi que dans tout l’ouvrage, un goût formé à l’école des anciens. Malgré les vers de la fin, qui attribuent la composition de la Nautica à la première jeunesse de l’auteur, il est permis de croire que s’il fît dans un âge si

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tendre le premier jet, il le corrigea, le lima, le retoucha ensuite à loisir, jusqu’au temps où il publia enfin l’ouvrage, bien different de ce qu’il était d’abord , et digne de prendre sa place parmi les poèmes didactiques italiens les plus parfaits.

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