‹ La navigation, poeme de Bernardino Baldi, traduit de l'italienChapitre 7 sur 41 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

J’enseignerai dans mes chants avec quel art le navigateur construit le navire qu’il saura conduire dans des routes inconnues ; comment il apprend à reconnaître les flambeaux du ciel, le mouvement alternatif et l’aveugle courroux des eaux ; je dirai comment il lutte avec la mer, sur laquelle il dirige de précieux trésors.

O chastes sœurs , si les mortels n’implorent pas en vain la faveur des dieux, vous à qui les eaux, les lauriers et les ombrages du Parnasse sont si chers, vous à qui le Père tout-puissant a confié

34 l.A NAUTICA. L1BRO I.

Di temprar 1’ armonia de’ giri eterni;

L’ ardor mio mitigate almen con breve Stilla di quel liquor che ’n tanta copia Porgeste a chi cantô gli armenti e l’arme.

E tu, s’ a’ venti il mio pregar non spargo, Seotitor de la terra , i flutti ondosi Plaça cosï, corne placar gli suoli Ne’ più tepidi verni , allor che '1 nido A gli scogli alcion secura appende.

Uditemi anco voi , benigni lumi Del ciel , che da’ naufragj e da le sirti Involate le navi , a fin che mentre Cantando solco in piccioletta barca Onda, cui di me prima altri non corse, Troppo audace io non pera; e ben dovete Porgermi alto favor, s’ egual fortuna Correste allor che’l primo legno audace Compagni di Giason portovvi a Colco.

E tu , conunovitor de le superbe Tempeste, o re de la ventosa chiostra, Incatenato 1’ Aquilone e l’ Austro ,

Sciogli vepto più dolce, il vago amante De la fugace e vezzosetta Clori.

Tutti, o tutti venite, o Divi, o Dee, Cittadini de 1’ onde ; e se vi prende Pietà del marinar che sovra il lido

le soin de maintenir l’équilibre des sphères éternelles, modérez au moins mon ardeur par quelque goutte de cette liqueur dont vous avez été si prodigues envers celui qui chanta les combats et les troupeaux. Et toi , si les vents n’emportent point ma prière, moteur suprême de la terre, apaise les flots agités, comme tu les apaises toujours pendant le solstice d’hiver, lorsque l’alcyon en sûreté suspend son nid aux flancs des rochers( i Y Vous aussi, lumières bienfaisantes du ciel, vous par qui les vaisseaux échappent aux sirtes et aux naufrages, veillez sur moi - ; et tandis qu’en chantant je sillonne sur ma faible barque une mer que d’autres avant moi n’ont point parcourue, faites que je ne périsse point par trop de témérité. Protégez-moi, comme autrefois vous protégeâtes le premier navire audacieux qui transporta les compagnons de Jason à Colchos. Et toi, superbe agitateur des tempêtes, qui règnes dans l’antre des vents, enchaîne l’autan et l’aquilon, donne l’essor à un souffle plus doux , au volage amant de la fugitive et gracieuse Chloris. Venez, venez, ô vous tous, dieux. ou déesses, habitants des ondes ; et si vous avez quelque compassion du navigateur qui

(i) La fable dit que les dieux voulurent que la nier fût tranquille tout le temps que les alcyons feraient leurs nids.

3G LA NAUTICA. LIBRO I.

V’ erge sovente altari, e voti scioglie, Aspirate al mio corso , e meco a lui Del vero navigar mostrate 1’ arte.

Prima, tli varie sorti e di più guise,

Fatta dal tempo scaltra e da l’ inopia, Forma l’ arte i navigj : a questo immense Tesse le membra, si che ne le selve Materia a le grand’ ossa il fabbro suole Impor sudando a le stridenti ruote Robustissimi pini , e faggi intieri.

Altro fa poi men vasto , altro compone Pieciolo in tutto e breve, e’n ciô natura Sembra imitar, elle ne 1’ ornar di tante Forme la terra e’1 ciel, distinguer voile Di grandezza fra loro, o di figura Stelle, pesci, erbe, lîere, augelli, e piante. Ma perché ciô sia ver, de’legni angusti Nulla ragionerô, contento solo Di dir di quei che sovra gli altri grandi De l’adirato mar, quando più ferve, Temono a pena le minacce e’1 risco.

Di questi maggior’ pini altro le merci Porta d’ estrania parte a gli altrui lidi , Altro d’armate squadre ornato e carco Sen va per l’onde imperioso, e muove A le nemiche armate orrido assalto.

vous élève souvent des autels sur le rivage pour y accomplir ses vœux, guidez-moi dans ma carrière, et montrez-lui avec moi les vrais principes de la navigation.

Et d’abord , l’art, perfectionné par le temps et par le besoin, a varié de mille façons l’espèce et la forme des batiments. La membrure de celui-ci est immense; les pins les plus robustes, des hêtres entiers, pris dans les forêts et chargés à grande peine sur les chariots dont ils font gémir l’essieu , en forment la coque. Celui-là est moins vaste; cet autre est d’une petite dimension et court; et l’art paraît ainsi imiter la nature, qui a répandu dans le ciel et sur la terre une variété telle , que tout y diffère de grandeur ou de forme, étoiles, poissons, herbes, animaux sauvages, oiseaux et plantes.

Toutefois, je ne m’occuperai point des petits bâtiments; je me contenterai de parler des plus grands, de ceux-là qui craignent à peine les menaces et les dangers de la mer, quand elle est au plus fort de sa fureur. De ces grands bâtiments les uns transportent des marchandises aux deux extrémités de la terre ; les autres, chargés, garnis de soldats, parcourent majestueusement la surface des eaux et livrent un horrible combat à une

l.A NAUTICA. LIBRO I.

Questi, perché fra loro e di semblante Siano diversi e d’ uso, in cio coneordi Esser veggionsi almen, clie non ci è alcuno (Eii’a lo spirar de Taure i pin’ non spieglii. Pari non son perô ; perché ’l maestro Che le navi governa, oprar ricusa Iæ non quadrate vele; ove chi regge Iæ veloci galee, le tele allaccia Ch’anno tre lati a le tremanti corna De la sua antenna, e sol quadrate adopra Le due vele minor’, che chiamar piacque Al volgo de’ nocchier’ trinchetto e treo.

Capacissimi sono e gravi e tardi Quei che portan le merci , e lor fra l’ onde Non spinge al corso mai forza di remo;

Ma d’invisibil vento, onde rassembra Gravido il sen de le gonfiate vele.

Ampio debbono aver, debbon robuste Questi le membra incontro a l’onde irate, Che lor movendo impetuosa guerra, Soglion far opra, urtando, a quella eguale Del bronzo, che tonando a terra sparge Eccelse torri, e ben fondate moli.

Debbon curva e tagliente aver la prora,

A fin che spinti da ventosa forza Mcgl io fendan de! mar l’umido seno.

armée ennemie. Et les uns et les autres, quoique différents par leur destination et par leur aspect, ont au moins cela de commun, que tous, sans exception , déploient leurs voiles à l’impulsion du vent; elles ne sont pas semblables cependant; car le pilote ne met en œuvre, pour gouverner les vaisseaux, que des voiles carrées, tandis que, pour diriger les rapides galères, il lace des voiles triangulaires aux cornes mobiles de l’antenne, et n’emploie seulement que deux petites voiles carrées, que les marins désignent vulgairement sous les noms de trinquet et de tréou. Les bâtiments qui transportent des marchandises sont très-vastes, pesants et lents ; jamais on ne les fait marcher à force de rames ; il faut qu’un vent invisible, enflant le sein des voiles, les pousse sur l’onde. Ils doivent avoir de la capacité, et opposer des membres robustes aux flots irrités, dont le choc impétueux produit un fracas égal à, celui du bronze lorsque, en vomissant le tonnerre, il fait tomber les tours les plus élevées, les édifices les mieux assurés. Leur proue doit être courbe et tranchante, afin que, poussés par la force du vent, ils fendent plus aisément l’humide sein de la mer. Les vaisseaux doivent s’élever au-dessus des ondes, et avoir plus d’un pont qui leur permette de braver la pluie

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