II. Les Sujets
En abordant l’étude de la composition et du choix des sujets, nous nous trouvons en présence d’une question qui, depuis la découverte des figurines grecques, est le sujet de vives controverses. La plupart des sujets appartiennent-ils au cycle symbolique et religieux? Le plus grand nombre est-il au contraire emprunté aux représentations do la vie familière? Nous avons dit que nous n’avions pas l’intention de résoudre ici ce problème ni même d’entrer dans l’examen des différentes solutions qu’on a proposées *. Nous nous contenterons de faire remarquer que, pour la première fois peut-être, on peut étudier l’ensemble d’une collection qui comprend un millier de figurines, qui provient d’un emplacement bien déterminé et dont l’authenticité enfin est incontestable. Or, de cet ensemble se dégage une impression fort nette. Les divinités y sont nombreuses, car elles forment dans la collection du Musée du Louvre plus de la moitié des figurines. Mais elles se distinguent sans peine des autres sujets par la précision de leurs attributs. Nous n’avons pas hésité une seule fois à reconnaître, au milieu des autres statuettes, Déméter, Dionysos, Aphrodite et Eros, Hercule, Apollon, etc. Chacun est caractérisé nettement par son costume, son attitude, ou par les accessoires qui l’accompagnent. On notera bien quelques figurines dont la signification n’apparaît pas clairement, comme le Dionysos ailé, jouant
L V. plus haut p. 107, note 4.
LES FIGURINES DE TERRE CUITE
de la lyre, que nous citions plus haut 1 et certaines divinités d’attribution douteuse 2; mais elles sont rares dans la collection.
Pour les autres figurines, on ne niera pas le caractère familier qu’ont parfois recherché les coroplastes d’Asie, étant donné le grand nombre de grotesques, d’acteurs, de caricatures qui ont été trouvés dans la nécropole de Myrina 3. La discussion ne pourrait porter que sur des représentations d’un caractère plus simple, d’où le comique est absent, femmes drapées, groupes d’une mère avec sa fille4. Nous serions disposés à croire que, pour ce dernier motif, l’origine peut en être recherchée dans la représentation plastique de deux divinités, comme on l’a soutenu dans d’intéressantes dissertations 5; mais il est visible qu’à l’époque où se placent les terres cuites de Myrina le sens primitif et religieux du sujet s’était à peu près perdu. On peut étudier la série de figurines qui en montrent les transformations successives et qui, partant de la composition créée au ve ou au ive siècle, aboutissent à un sujet purement familier : le groupe divin de Déméter et de Coré est devenu, sous l’influence d’un art sans doute encore religieux, mais plus réaliste dans ses créations, la représentation d’une mère que sa fille accompague à la promenade6. Il y a là, croyons-nous, le moyen de concilier des systèmes qui paraissent au premier abord se contredire absolument, les uns attentifs à la signification religieuse de ces petits monuments, les autres prompts à saisir le côté réel et pittoresque que l’artiste a essayé de mettre en lumière. En somme, il peut y avoir une part de vérité dans ces deux opinions, et le besoin de rajeunir un motif n’exclut pas nécessairement l’intention religieuse qui l’a créé en premier. Nous ne résistons pas au plaisir de citer sur ce sujet délicat une page de notre regretté camarade, A. Yeyries, qui nous semble être un modèle d’analyse fine et modérée dans ses conclusions.
« Le réalisme des coroplastes, dit-il, ne procède point d’une