Catalogue, nos 259 à
volonté arrêtée, d’une intention directe, d’une préoccupation particulière, nettement opposées au symbolisme des modèles qu’ils ont imités. Plus on étudie les productions des branches secondaires de l’art, surtout aux époques de transition, les ressemblances qu’elles conservent avec les types originaux, la manière dont elles s’en écartent insensiblement, plus on se convainc que cette transformation s’opère sous l'influence d’une tout autre cause que l’oubli ou le mépris, chez les imitateurs, du caractère religieux des modèles. Les coroplastes avaient besoin de produire beaucoup et à peu de frais : de ce besoin est née l'habitude de rechercher de préférence tous les modèles à la fois faciles et intéressants, tous les sujets qui permettaient de travailler vite et de plaire en même temps... Cette cause ainsi connue nous indique combien il est imprudent de se prononcer sur le caractère d’une figurine, et surtout d’en nier la signification religieuse. A quel moment l’artiste, que des causes toutes naturelles et dont il n’a pas conscience entraînent peu à peu très loin de son modèle, oublie-t-il le caractère et le sens de ce modèle? Les perd-il même jamais de vue? Il est plus naturel d’admettre qu’il est bien aise de ne point rompre tous les liens qui rattachent son œuvre à un type consacré : d’abord, cela le soutient, le dispense de créer de toutes pièces, puis son œuvre aura ainsi un double intérêt, par ce mélange piquant de nouveauté et de tradition, de symbolisme et de réalisme, de l’élément profane et de l’élément religieux. Pour expliquer notre pensée par une comparaison, l’artiste ne s’est pas proposé de jouer un autre air; mais, voulant jouer un air connu de grand style, il a été amené à le transposer dans un mode plus familier, plus accessible, simplement parce qu’il avait entre les mains un instrument plus humble b » — On ne saurait dire avec une netteté plus pénétrante la juste part qu'il faut faire dans l’interprétation des terres cuites à ces deux adversaires en apparence irréconciliables, le symbolisme et le réalisme. Nous reproduisons aussi la conclusion de A. Veyries, qui est la nôtre de tout point. — « Que d’essais en essais, de transformations en transformations, les coroplastes
1 . A. Veyries, Les figures criophores dans l’art grec, l’art gréco-romain et l’art chrétien, Paris, 188'r, p. 35-36.
LES FIGURINES DE TERRE CUITE
en soient arrivés un jour à effacer complètement de leurs productions le caractère religieux et symbolique, c’est ce que nous ne songeons point à contester : mais cela a dû arriver fort tard, après que l’habitude de ces transpositions les eut éloignés de plus en plus de la grande tradition artistique et rapprochés de plus en plus de la réalité, et, en même temps, mis en état d’exprimer cette réalité; mais comme, jusqu’au dernier jour, nous constatons, dans des cas nombreux et décisifs, l’influence persistante de la tradition, il reste toujours vrai que pour un type donné, à moins qu’il ne s’agisse d’un perruquier ou d’un marchand forain, de quelque produit d’une fabrique éloignée de la Grèce et d’époque récente, le plus sûr est de supposer l’influence très éloignée, très affaiblie peut-être, mais réelle, d’un type religieux primitif1. »
Telles sont les considérations qui nous ont guidés dans le classement des figurines d’après les sujets. Nous admettons fort bien que certains motifs ont une origine religieuse dont le sens s’est peu à peu perdu, ou du moins altéré, sous les modifications incessantes que leur faisaient subir les coroplastes de l’époque hellénistique, avides des effets nouveaux et piquants. Entre les divinités, d’une part, et les caricatures ou les acteurs comiques, de l’autre, il y a place, si l’on peut dire, pour un moyen terme, pour une catégorie de figures que l’on peut ranger parmi les sujets empruntés à la vie domestique, à condition de ne pas oublier qu’elles tiennent encore par quelques liens d’origine aux motifs religieux 2. A côté de celles-là, il est incontestable qu’on trouve à Myrina plus d’un sujet où il serait malaisé de découvrir une signification mystique. Que dire, par exemple, de cette petite fille assise avec un pupitre à écrire sur les genoux 3; de ce petit garçon occupé à prendre une leçon d’écriture ou de lecture sous la surveillance de son vieux précepteur4; de cet éphèbe lisant un volumen 5, et de tant d’autres sujets où l’aspect familier de la vie ordinaire a visiblement et seul inspiré l’artiste ?