‹ La nécropole de MyrinaChapitre 141 sur 488 · Socle carré sur lequel on ne distingue plus que le · texte numérisé non relu

Socle carré sur lequel on ne distingue plus que le

bas d’un groupe . A PT€ MCO N I

241. Éphèbe drapé, debout, la tête ceinte d'une couronne en bourrelet, les cheveux longs. II. 0,16. AIOKAHC

242. Athlète nu, debout à côté d’un grand vase, la main droite élevée et faisant le geste de se verser de l’huile sur le corps. II. 0,205 ( Catalogue ,

n° 276) . X PTC //////

L’étude de ces inscriptions fait naître plusieurs questions que nous

LES FIGURINES DE TERRE CUITE

examinerons successivement ; mais nous ne dissimulons pas que, dans un sujet aussi nouveau et en l’absence de points de comparaison avec les autres fabriques, il n’est pas possible do présenter des solutions absolument certaines. Nous les donnons comme de simples hypothèses que les découvertes ultérieures viendront confirmer ou rectifier.

Signatures complètes. — Toutes ces inscriptions sont tracées au dos de la figurine ou sur le revers du socle, lorsque la terre est encore fraîche, avant la cuisson et la coloration h On en a la preuve dans les nos 1, 45 et 141, où les lettres sont en partie coupées par le trou d’évent que l’ouvrier a façonné au moment de la cuisson. Il est donc probable que la signature est apposée par l’ouvrier qui a fait le moulage et les retouches dans la terre fraîche : c’est à lui, en effet, qu’est confiée la partie véritablement artistique du travail. Il devait se servir parfois d’une sorte de sceau tout préparé qui portait le nom inscrit en creux ou en relief. La signature la plus fréquente, celle de Diphilos, provient souvent, d’une impression de moule (voy. la fig. IG). Dans un grand nombre d’exemplaires, les lettres ont la même hauteur, le même écartement, les mêmes ornements. Les nos 1 et 87 ont la même régularité. L’emploi du moule est encore plus sûrement révélé par les inscriptions en relief qui sont assez nombreuses (nos25, 30, 45, 46, 54, 56, 101,105, 111, 126, 134). On comprend très bien que, dans ce cas, si le moule a été gravé en creux de gauche à droite, les lettres imprimées dans l’argile fraîche se marquent en relief et à rebours, de droite à gauche (nos 45, 46) ; mais, en général, on a pris la précaution de faire le moule de droite à gauche, pour que la signature se présente dans le sens normal. Nous voyons pourtant des inscriptions tracées à l’envers (cf. la fig. 18, p. 195) dans le cas même où l’on ne paraît pas avoir fait usage du moule (nos 14, 225, 228, 229, 237) ;

L Nous ne pouvons signaler que le n° 46 qui fasse exceplion à la règle : cette anomalie peut être due à la négligence de l’ouvrier.

Fig. 16.

il y a là un motif qui nous échappe. Le plus grand nombre des inscriptions ont été gravées à la pointe dans la terre fraîche, à main levée : c’est souvent une sorte de cursive rapide et peu lisible (voy . la fig. 17, p. 194).

Les signatures sont évidemment une marque de fabrique, désignant parle nom même de l’artiste l’atelier d’où est sortie la figurine. On sait que, sur les vases peints, on a recueilli un certain nombre d’inscriptions qui désignent clairement les artistes eux-mêmes. Ici, le nom est toujours mis au génitif, sauf de rares exceptions (nos45, 56), ce qui permet de sous-entendre è'pyov ou Tuobiu.a1. Les formes sont toujours celles de la langue commune; nous n’y retrouvons pas, sauf une seule fois (n° 39), les particularités du dialecte éolien que nous avons rencontrées si fréquemment sur les stèles funéraires. En attribuant chacun de ces noms à des ateliers différents, on arrive déjà à un total de vingt-trois fabriques, sans tenir compte des signatures abrégées ou incomplètes, dont nous parlerons plus loin, ce qui paraît un chiffre bien considérable pour une cité de médiocre importance : encore faut-il supposer que les fouilles ne feront plus connaître de marque nouvelle2. Ce chiffre n’a pourtant rien qui doive surprendre, si l’on songe au développement que l’industrie céramique avait pris dans beaucoup de villes grecques. En second lieu, ces fabriques n’ont pas toutes subsisté au même moment ; elles représentent plusieurs générations de fabricants. Ainsi Pythodoros est fils de Ménophilos, comme l’attestent plusieurs fragments qui portent la signature : HuOoSûcou too Mnvopi'Xou (nos 83 à 85) 3. Il n’est d’ailleurs pas probable que ces ateliers aient été tous d’importants centres de fabrication. On peut se figurer qu’il s’agit le plus souvent de modestes boutiques, semblables à celles que Démosthène nous montre installées sur l’agora d’Athènes pour le débit des terres cuites 4. La plus achalandée parait avoir été celle du fabricant

1. Le dernier mot est exprimé dans une inscription gravée sur un vase de Myrina qu’on trouvera au chapitre suivant (p. 230, fig. 34).

2. Déjà, en dehors de nos fouilles, on a recueilli à Myrina cinq noms nouveaux : Antistios, Nicostratos, Philippos, Pheidippos et Sophron. V. plus haut p. 173-174, nos 17, 18,20, 21, 30.

3. Il est curieux de retrouver le nom de MîjvôyiXo; dans l’épitaphe funéraire d’un potier ou d’un modeleur d’argile (/.soat/suç) à Magnésie du Sipyle; Mouo-eîov rijç Eùayysliz ijç Zyoh jç, 1881-85, p. 75.

4. Démosthène, Philippique , I, 26 : "flaKEp y bp oi TzkxrnvTSç roùç nvlivovi; eîç rôv «y ooàv yjiporo'JÛre roùç

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Dipbilos qui a fourni 25 signatures complètes ; puis viennent celles de Pythodoros représenté par 10 inscriptions, de Ménophilos, d’Attalicos, d’vVrtémon, etc. Parmi eux on remarquera la présence de quelques fabricants romains dont le nom latin se déguise mal sous une forme grecque : ràïo; (Gaius), Mawuo; 1 (Maecius), Oûàpio; (Yarius)1 2.

Il est intéressant do noter que certaines statuettes identiques sont signées do noms différents. Le groupe représentant Dionysos accompagné d’une panthère et d’un petit Eros porte les signatures de Diphilos (nos 25, 26), do Papias (n° 72), et une marque MH (n° 137) qui peut être le commencement du nom de Ménophilos; or, entre ces quatre exemplaires, il n’y a aucune différence de pose ni de style. C’est un moule assez grossier qui a été peu retouché. Phanitès et Pythodoros ont signé deux statuettes d’Apollon tout à fait semblables (nos 76, 88). Deux reproductions de la Vénus do Cnide portent les noms de Diphilos et de Papias (nos 24, 73). La Vénus Genitrix porto le nom d’Ouarios (n° 71), un monogramme où l’on peut avec vraisemblance reconnaître la marque de Diphilos (n° 117) et une marque qui appartient peut-être à une troisième fabrique (n° 127). Un autre type d’Aphrodite , le torse nu , accoudée sur un cippe et tenant la pomme, présente quatre signatures différentes, celles de Diphilos (nos 20 à 24), do Papias (nos 74, 149), une marque AN (n° 108), et une autre (GO (n° 157) qui peuvent être le commencement de noms do fabricants 3. Il serait facile de multiplier les exemples de ce genre, par exemple pour l’éphèbe drapé portant un carquois dans le dos (nos 31, 145, 152, 133, 160), pour la femme accompagnée de sa petite fille (nos 36, 148), pour l’Éros coiffé d’une couronne en bourrelet (nos 110, 113, 114, 121, 122, 128, 140, 144, 154, 159, 162, etc.) Ces faits confirment absolument ce que nous

1. La transcription grecque de ce nom latin, avec une orthographe défectueuse (v pour i), a déjà été signalée dans le Catalogue de la Collection de M. Rayet, p. 33.

2. Quelques-uns de ces noms, rdïoç et Ouapioç, se retrouvent dans une région voisine de Myrina, à Assos (Papers of the American School , I, p. S! ). Pour la signature n emiov, elle peut venir du nom grec connu Hz; ou peut-être du nom latin Papius qu’on aurait hellénisé. De même, il n’est pas certain que le nom Tdïoç ne soit pas grec (Miller, Revue archéologique , 1870,11, p. 118; cf. Rull. de Corr. Hellén., t. VII, p. 362, note 4.)

3. Les signatures ANTICCTIOT et CüJOPONOC ont été signalées plus haut, p. 173-74, no* 18, 20, comme provenant de Myrina.

avons dit plus haut1 sur la diffusion des mêmes moules dans les différents ateliers : le principe de propriété artistique n’existait pas chez les anciens et, la contrefaçon étant le procédé légal et usité de fabrication, rien n’empêchait les coroplastes de se prendre les uns aux autres leurs modèles en y apposant chacun leur nom.

Il faut observer que les signatures se trouvent en grand nombre sur des figurines médiocres, assez rarement sur des œuvres soignées. Les meilleures que nous puissions citer sont le grand buste de femme fait par Agestratos (n° 1), l’IIercule signé par Eutychos (n° 50), l’enfant drapé et le personnage comique d’Hiéron (nos 52, 53), la Vénus Genitrix de Diphilos (n° 117) et celle do Ouarios (n° 71). Elles sont encore inférieures comme finesse aux statuettes les plus remarquables de Myrina et l’on pourrait même dire qu’en général les statuettes signées sont d’un art médiocre 2. Des deux groupes de Dionysos et Ariane, trouvés dans le même tombeau, c’est le moins fini qui porte une inscription 3. Doit-on en conclure que les œuvres signées appartiennent à une époque de décadence, voisine ou même contemporaine de l’art romain, dont les produits analogues, trouvés en Italie et en Gaule, offrent précisément des signatures du même genre ? Que les coroplastes de Myrina cherchaient à ranimer, par une sorte de réclame faite au nom des artistes, la vogue décroissante de leurs statuettes ? Ou bien encore faut-il croire que l’imitation des œuvres de la sculpture, particulière à cette époque, avait engagé les modeleurs de terre cuite à inscrire leurs noms sur le socle des figurines, comme le sculpteur plaçait le sien sur la base qui portait les statues? Il faut remarquer que dans les statuettes signées prennent place, en effet, beaucoup d’imitations de la statuaire. Quoi qu’il en soit, nous nous trouvons en présence d’un usage qui paraît propre à l’époque de l’art gréco-romain et dont les fabriques plus anciennes n’ont pas jusqu’à présent offert d’exemple.

2. L’étude des terres cuites gallo-romaines de l’Ailier a inspiré à M. Tudot (Figurines en argile, Paris, 1800, p. 04) une observation analogue à celle que nous venons de présenter : « Nous ferons encore remarquer que les figurines signées ne sont pas supérieures à celles qui n’ont aucune marque. «

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