‹ La nécropole de MyrinaChapitre 310 sur 488 · Voy. le procès-verbal du tombeau n° 113, p · texte numérisé non relu

Voy. le procès-verbal du tombeau n° 113, p

nale, prendrait place parmi les produits les plus intéressants de la nécropole, si l’exécution n’en était pas très molle : on sent que le sujet, au sortir du moule, n’a pas reçu les retouches qui donnent à chaque détail et aux physionomies des personnages un accent personnel ; il est resté, pour ainsi dire, à l’état hrut. C’est dans l’exécution des Éros que les coroplastes ont déployé le plus de verve imaginative ; c’est là qu’ils ont le moins copié leurs devanciers. Ils étaient à leur aise au milieu de ce petit monde dont la création n’exige que de la grâce et de l’esprit : un coup de pouce donné à propos, un changement de geste, de coiffure et d’accessoire, suffisaient pour varier à l’infini les motifs. L’artiste a symbolisé ici d’une façon ingénieuse les plaisirs du banquet, quand le vin circulant dans les coupes et l’harmonieux concert des instruments de musique prédisposent doucement l’âme à la gaieté et à l’amour. On sait que les convives étaient groupés, en général deux par deux, devant une petite table qui est presque toujours à trois pieds et de forme rectangulaire ou ronde, mensa tripes *. C’est la table à trois pieds de forme ronde qui se rencontre le plus fréquemment sur les reliefs funéraires devant le lit du mort héroïsé 1 2 ; il n’y a pourtant pas de raison de croire qu’elle ait été spécialement réservée aux usages religieux, car sur quelques peintures dont le caractère familier n’est pas douteux, on voit figurer des tables rondes à trois pieds, près des convives 3. Si l’on admet ici un sujet en un certain sens religieux, on remarquera que l’idée de charmer la monotonie de la vie d’outre-tombe par de mélodieux concerts est conforme à ce que nous savons sur les rites funéraires de l’antiquité. Les peintures de lécythes blancs nous montrent à Athènes l’éphèbe, le fils du défunt, venant jouer de la lyre devant la stèle du tombeau 4 5. Le nombre considérable d’Éros musiciens que nous avons trouvés dans la nécropole s

1. Cf. Blümner, Arch. Zeitung, 1884, p. 179, 285; 1885, p. 287.

2. Revue Archéologique , 1869, ii, pl. 17; 1877, i, pl. 2; 1878, i, pl. 4; Sagiio, Dict, des Antiq., î, fig. 1693.

3. Schreiber, Bilderatlas , pl. 76, n° 2; pl. 77, n° 5; Sagiio, Dict. des Antiq., i, fig. 1703.

4. E. Pottier, Étude sur les lécythes blancs attiques, pl. îv, p. 73-74.

5. Catalogue , n08 58, 85, 87, 88, 90, 106, 107, 117. Les petits bronzes représentent fréquemment le môme sujet; cf. Friederichs, Kleinere Kunst und Industrie, nos 1844, 1945, 1951, etc.

DESCRIPTION DES PLANCHES

nous porterait à croire que le mémo rite a pu exister à Myrina et que cos figurines ont été déposées dans la tombe en souvenir de cette touchante coutume.

Nous sommes pourtant bien loin do penser que l’invention de ce motif appartienne à la religion funéraire. Les Éros musiciens sont un genre de décoration très usité sur les murs do Pompéi 1 et prennent place parmi les gracieuses peintures qui symbolisent les joies de la vio sous toutes sortes do formes mythologiques. Il n’est pas rare non plus de voir des Éros et des Psychés banqueter autour d’une table à trois pieds 2. Une composition analogue à celle do Myrina, avec des agencements de détail différents, se voit sur une belle amphore de verre bleu, ornée de reliefs ciselés 3 : le caractère bachique y est encore plus marqué dans l’ornementation, composée de ceps de vigne, de masques scéniques, etc. Ce sujet était donc de tradition courante dans les ateliers de l’époque gréco-romaine : les coroplastes l’ont sans doute emprunté à la peinture, en lui donnant peut-être une forme plus particulièrement adaptée aux usages funéraires. Les sculpteurs do sarcophages ont fait comme eux et le motif purement décoratif a pris entre leurs mains un sens probablement plus religieux h

2. Trois Nymphes dansant dans une yrotte. — Yoy. Catalogue , n° 206. Ce groupe porte une inscription incomplète qui désigne sans doute l’artiste Nicostratos 5 ; il a été trouvé dans le même tombeau que deux autres groupes 6, les plus importants qu’ait fournis la nécropole, la Femme au cheval (pi. xxx) et la Scène Nuptiale (pi. xl). Le genre de composition qui a été adopté pour le groupe des Nymphes est unique dans la collection de Myrina : les personnages sont placés dans un décor qui encadre la scène et qui prend autant d’importance que les figures elles-mêmes ; la large base quadrangulaire, ornée do guirlandes, de rosaces et de bucrânes, ajoute encore à l’aspect

1 . Zahn, Die schônsten Ornam. u. Gcmàlde von Pompei, i, pl. 74; n, pi. H, 12, 57; ni, pi. 41, 84; Museo Borbonioo, xv, pl. 45 à 47; Ilelbig, Wandgem. Camp., n»s 606, 630, 730-737, 759, etc.

'2. Ilelbig, op. I., nos 757, 758 ; Saglio, op. I., i, fig. 1699 ; Mus. Borb., xv, pl. 45.

3. Zahn, op. I., it, pl. 77 ; Overbeck, Pompeji, 4° édit., p. 626, tig. 320.

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