‹ La nécropole de MyrinaChapitre 319 sur 488 · Pausanias, v · texte numérisé non relu

Pausanias, v

nation des artistes postérieurs à Alexandre : ils l’ont emprunté à leurs devanciers, en lui donnant un plus riche développement.

On peut même faire remonter, à mon avis, l’exécution plastique de ces statuettes de Myrina à la tradition du ve siècle. J’y vois des ressemblances très frappantes avec la célèbre Niké de Paionios, trouvée en 1875 dans les fouilles d’Olympie *. C’est la même forme de tunique ouverte sur un côté et laissant la jambe nue avancée, la même masse de plis gonflés et rejetés derrière les pieds par la rapidité du vol, la même ceinture serrant la taille avec l’indication de plis transparents sur le ventre. Sous une exécution plus gracieuse et plus efféminée, on sent encore, dans les figurines de Myrina, le souvenir vivace de l’impétueuse et robuste déesse d’Olympie, qui ne tient plus à son piédestal que par un pan de draperie et dont le corps suspendu dans le vide inquiète et surprend l’œil par la hardiesse de sa pose. Est-il nécessaire d’ajouter que les coroplastes ne se sont pas astreints à une copie fidèle? Ils ont transposé de la jambe gauche à l’autre le mouvement indiqué par Paionios; ils ont laissé le buste entièrement drapé, au lieu de faire glisser la draperie sous le sein gauche découvert; ils ont donné à la pose des bras une élégance un peu maniérée qui n’est certainement pas dans le caractère de l’original. Cette méthode d’imitation libre, qui sauvegarde les droits de la fantaisie personnelle, nous est trop familière pour que nous y insistions davantage. On avait déjà signalé dans les terres cuites une copie de l’œuvre de Paionios : c’est une plaque du Musée de Munich d’où se détache en ronde bosse la figure, en partie restaurée, d’une Victoire volant, la jambe gauche nue et avancée, le cbiton ouvert sur le sein gauche nu, tenant de la main droite baissée une palme et de la main gauche élevée une couronne 1 2.

1. Ausgrabungen zu Olympia, I, pi. ix à xn; cf. Wollers, Lie Gipsabgüsse ant. Bildiv. u03 496, 497; Overbeck, Geschichle der Plastik, I, p. 414, fig. 88, 89; Baumeister, Dcnkm. d. lilass. Alt., p. 1082, lig. 1287.

2. Lützow, Münchener Antiken, pl. 13; Baumeister, l. c., p. 1020, lig. 1231; Wollers, l. c., n° 1723. Le Musée du Louvre possède une plaque de terre cuite analogue, provenant d’Ardée, en Italie; on y voit en haut-relief Niké volant, la jambe droite nue et avancée; le bras droit brisé était élevé en l’air; le bras gauche est baissé, le buste drapé; la tôle manque; les plis Bottants à la base sont semblables à ceux des statuettes de Myrina; les ailes sont peintes en bleu et le fond est percé de trois trous, destinés à appliquer le relief sur une paroi. Pour

DESCRIPTION DES PLANCHES

Notre figurine a des ailes mobiles que nousr avons rajustées au corps au moyen de petites chevilles de bois; nous avons parlé plus haut de ce détail de fabrication h

2. Nike diadémée. — Cette statuette fait partie du Musée de l’École d’Athènes ; la collection du Louvre possède plusieurs spécimens de ce type 2 qui s’est rencontré très fréquemment dans la nécropole. Il dérive sans doute du précédent, mais le caractère hellénistique y est marqué davantage dans la forme lâche du vêtement qui laisse à découvert tout le flanc droit de la femme et dans la coiffure ornée d’un diadème qui appartient ordinairement à des divinités d’un rang plus élevé que la Victoire. Comme la précédente, cette Nike porte la tunique dorienne, le costume national des jeunes filles Spartiates que les Attiques trouvaient peu convenable et qui avait fait surnommer les Lacédémoniennes cpaivo^vipîSe; 3. « Les deux pans du cliiton, dit M. Cartault, n’étant point cousus ensemble par en bas, se séparaient dans le mouvement de la marche; s’il en résultait une indécence choquante dans la vie réelle, l’indiscrétion de la draperie, chez une danseuse, n’avait rien qui effarouchât les spectateurs; on sait combien do nos jours encore les aimées orientales aiment à mêler aux effets d’étoffe flottante l’apparition subite du nu. » Il était naturel que la plastique grecque marquât une certaine prédilection pour ce costume qui se prêtait aux représentations du nu et aux plis chiffonnés des draperies.

Le costume de Niké a subi une modification analogue à celui d’Aphrodite : à la figure drapée se substitue peu à peu une figure à peu près nue4. Les œuvres archaïques, comme la statue d’Archer-

d’autres œuvres se rapprochant de la statue d’Olympie, cf. Clarac, Mus. de sculpt., pl. 639, n° 1415 B; Furtvvaengler, Collection Sabouroff, pl. 39, n° 3; Mittheilungen des deut. Inst, in Athen, 1881, pl. 10, 11; Stackelberg, Graeber der Hellenen, pl. CO; Monuinenti dell’ lnstituto, vm, pl. 12, n° 11; x, pl. H, n° 7; pl. 12, n° 15; Gazette archéologique , 1880, pl. 26; Archæolog. epigraph. Mitth. aus OEsterreich, 1877, pl. 2; Frœhner, Collection Gréau, n° 943, pl. 28; Bronzes de la Collect. Gréau, pl. 28, n° 947; Arch. Zeitung , 1848, p. 300, n° 116.

1. P. 131. Cf. Panofka, Tcrracott. des kônigl. Mus. zu Berlin, pl. 27; von Rohden, Bullettino dell’ Inst., 1877, p. 34.

2. Voy. notre Catalogue, n09 161 à 169; cf. les procès-verbaux des tombeaux 98 et 112. p. 93, 98.

3. Cf. Cartaull, Collection Lccuyer , notice de la pl. G 3; cf. pl. Q, n° 2; Boeklau, Quæstiones de re vestiaria Græcorum, p. 79 et suiv. Le texte principal est celui de Pollux, vii, 13, p. 55.

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