Homère, Iliade , XXII I
LES TOMBEAUX
pendant pas toujours de si grandes dimensions. Les peintures de vases, en particulier des lécythes blancs d’ Athènes \ le reproduisent avec l’aspect d’un petit monticule qui ne s’élève pas à plus d’un mètre. La stèle est souvent jointe au yû[j. a; on la plantait sur le sommet du monticule ou à côté. Sur quelques lécythes seulement, le tumulus dépasse sensiblement la hauteur des personnages.
Qu’en pouvons-nous conclure ? C’est que dans la nécropole de Myrina a dû se produire le même fait qu’en Attique. Les tombeaux protégés par leurs lourdes plaques de tuf ont gardé leur aspect primitif. Les autres n’ont plus le petit monticule de terre (x&'j. a) qui les défendait des profanations. Nous comprendrons alors un fait qui, au premier abord, nous paraissait surprenant : c’est qu’à côté de tombes solidement couvertes, mais vides d’objets, s’ouvrent de simples fosses sans plaques, où le premier coup de pioche déterre des vases et des figurines. Nous avons trouvé sur la pente de l’Acropole un petit tombeau, sans doute de jeune fille, contenant 26 terres-cuites, une boîte en plomb, 2 pots à fard, les perles d’un collier, un grand vase à une anse avec ornements jaunes et noirs en forme de guirlandes et de dauphins, une quantité de petites têtes, d’ailes, de pieds et de bras : tous ces objets étaient à fleur de terre et s’échappaient, pour ainsi dire, de la fosse ouverte. Sur la pente du grand coteau au N. E., un autre tombeau contenait une quinzaine de figurines dont quelques-unes étaient d’une grandeur remarquable, et il aurait suffi d’entamer la terre avec un couteau pour en faire sortir les objets ; ils avaient même subi les intempéries de l’air à un tel point qu’ils étaient humides et fendus et n’ont pu être retirés qu’en poussière1 2. Peut-on croire qu’ils
1. Vases à figures noires ou rouges CAnnali dell’ Institulo archeologico, 1864, p. 196; Monumenti dell’ Instituto, VIII, pl. 5; O. Jahn, Vasensammlung m München, n° 407; Gerhard, Auserlesene Vasenbilder, III, pl. 199; Dubois-Maisonneuve, lntroduct. à l’étude des vases, pl. 72; Collignon, Catalogue des Vases Peints du Musée de la Soc. Archéol. d’Athènes, n° 344. Lécythes blancs : 0. Jahn, op.laud., nos 198, 222; Collignon, op.laud., nos642, 653, 638, 669, 674,677; Heydemann, Mittheil. Antikensammlung., p. 57, n° 1400; Dubois-Maisonneuve, pl. 24, 5; Benndorf, Griech. u. Sicil. Vasenb., pl. 20, 2; 24, 1, 2, 3; Poitier, Étude sur les lécythes blancs attiques, p. 53-55. D’après M. Milchboefer, Mittheilungen des deutschen Inst, in Athen, V, p. 175-178, ce mode de sépulture était le plus usité à Athènes pendant le ve siècle; on posait sur le monticule un grand vase peint, ce qui expliquerait la rareté surprenante des reliefs funéraires sculptés de cette époque.
2. De là proviennent les tètes de femmes diadémées de notre Catalogue , nos 355, 356.
aient été ainsi disposés à l’origine et qu’une tombe aussi riche ne fût pas mieux protégée contre les spoliations? N’est-ce pas plutôt le monticule de terre qui, avec les siècles, a disparu de cette pente rocheuse, emporté par le vent et par les pluies, ou nivelé par la charrue des cultivateurs ?
2° Fosses rondes. — Le second type do tombeau ne diffère du premier que par la forme circulaire : c’est également une caisse creusée dans le tuf à une profondeur moyenne de 1 mètre -A ^ et dont le diamètre va- Flg- 9‘ rie entre 0m50 et lm,50
(fig. 9). Les premiers que nous avons rencontrés ne contenaient ni ossements, ni cendres, ni objets, et nous pensions y voir de simples citernes qu’on aurait plus tard creusées dans la nécropole; mais dans d’autres on a recueilli des ossements et quelques poteries communes.
3° Chambres funéraires. — Le tombeau en forme de chambre ou de caveau funéraire, creusé dans le roc, se trouve très fréquemment en Asie. A Kalabassary même, à peu de distance de la nécropole, vers le Nord-Est, on montre au sommet d’une petite colline une chambre spacieuse, depuis longtemps fouillée, où l’on pénètre par une ouverture étroite et dont les parois latérales sont creusées en forme de niches; il y en a une à droite et à gaucho de l'entrée, deux au fond, trois sur chaque côté. Ces niches, profondes de lm,80 environ, contiennent encore des sarcophages vides. Un grand sarcophage sans couvercle est placé au milieu de la chambre qui mesure en hauteur, 2m,35; en longueur, 4m,86; en largeur, 2m,65. Nous avons fait fouiller, sans aucun résultat, le sol de cette caverne qui sert depuis longtemps d’abri aux pâtres des environs.
Nous n’avons découvert dans les fouilles que deux tombeaux de ce genre, mais ils diffèrent un peu comme construction de la forme ordinaire. Le premier (fig. 10) a été trouvé en dehors de la grande nécropole, presque au sommet du mont Ivato-Tépé. L’entrée en était cachée par une fosse circulaire, remplie de terre et bouchée par deux
plaques rondes. C’est seulement en retirant la terre qu’on aperçut dans la paroi de la fosse une sorte de porte triangulaire (A) qui donnait
accès dans un second tombeau beaucoup plus vaste, en forme de chambre mesurant lm,S0de haut et 2 mètres de long. Les parois, en se rapprochant vers le haut, y forment une voûte à pente double *; les coups du pic sont nettement visibles sur le tuf. Bien que l’entrée en soit ainsi dissimulée, le caveau avait déjà été ouvert et fouillé. Il ne reste aucune trace du tombeau en pierre taillée ou du sarcophage qu’il pouvait contenir et, contrairement à la forme usitée, aucune niche n’est taillée dans les parois. Près de l’entrée s’accumulait une masse considérable de débris, où nous n’avons trouvé que des ossements noirs et carbonisés, deux petites têtes de terre-cuite, quelques morceaux de verrerie, une fusaïole, beaucoup de poteries communes et brisées et quelques fragments d’un ciment épais, orné de bandes de couleur rouge, jaune et bleue. C’est la seule trace que nous ayons rencontrée de ces ornements polychromes qu’on a déjà signalés à Tanagre et en Crimée et qui décoraient parfois les parois des tombeaux 1 2.
Le second caveau funéraire a été découvert sur la grande colline N. de la nécropole (fig. il). Comme dans le précédent, l’entrée (A) y est
1. Cf. Compte-Rendu delà commission de Saint-Pétersbourg pour 1872, p. 254.
2. Rayet, Gaz. des B. -Arts, avril 1875, p. 304; C. -Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1864, p. x; 1869, p. xni.
ménagée sur la paroi d’une première fosse de tuf remplie de terre; mais celle-ci est quadrangulaire et couverte de quatre plaques placées
à une assez grande profondeur h Le caveau est plus spacieux que l’autre et n’avait pas été fouillé. Dans le fond se dressait un grand tombeau quadrangulaire en pierres taillées 1 2, couvert de cinq plaques. Près de l’entrée étaient placés sept crânes et une quantité d’ossements; le tombeau lui-même renfermait trois squelettes, cinq poteries communes, une jarre à deux anses et un petit plat de terre-cuite3. Un hasard singulier nous empêcha de relever exactement la disposition des squelettes et des objets. Le tuf avait été creusé si profondément, à plus de 3 mètres au-dessous du sol, que le pic des fossoyeurs antiques avait rencontré une nappe d’eau qui se faisait jour à l’angle (B) de la chambre. Ils essayèrent sans doute de boucher cette ouverture avec des pierres que nous trouvâmes encore entassées à cet endroit; mais l'eau se frayant un passage finit par remplir la chambre jusqu’à la hauteur de 0m,50. Le tombeau du fond était lui-même plein d’eau et les ossements y baignaient comme dans une cuve.
4° Tombeaux en pierres taillées. — Nous avons dit que les tombeaux non taillés dans le tuf sont assez rares dans la nécropole; pour les dimensions et la forme ils sont semblables au type ordinaire. Les
1 . Cf. pour la disposition de celle entrée une tombe de Kertch, C. -Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1872, p. 243, pl. I.
2. Les ouvriers disent y avoir reconnu la pierre de Phocée, encore recherchée aujourd’hui pour les constructions.
3. Découverte analogue à Kertch, C. -Rendu de Saint-Pétersbourg p. 1857, p. x.
LES TOMBEAUX
parois sont faites de pierres calcaires ou de plaques de tuf posées debout dans le sol et jointes Tune à l’autre sans ciment (fig. 12). On peut supposer que les Myrinéens ont eu recours à ce genre de sépulture quand une raison particulière les obligeait à placer un tombeau dans le même endroit que certains autres , par exemple un fils près de ses parents, un époux près de sa femme, et qu’à cette place le tuf était enfoui trop profondément sous la terne. Presque tous ces tombeaux ont été trouvés au même endroit, sur la pente N. E. de l’Acropole. Deux ou trois d’entre eux ont offert une particularité qui mérite d’être notée : chaque extrémité était flanquée d’un gros bloc de pierre en forme de piédestal carré, et, à peu de distance, on a trouvé des fragments de bases de colonnes, en terre-cuite, ayant environ 0ra,45 de diamètre et ornées d’entrelacs sur le tore. Y a-t-il là les restes d’une décoration architecturale, qui se composait de deux colonnes en terre-cuite s’élevant de chaque côté du tombeau? Gela ne serait pas impossible; d’autant plus qu’on a trouvé dans les tombes mêmes de petites colonnettes ainsi que des édicules do terre-cuite, qui paraissent destinées à rappeler des formes analogues de l’architecture funéraire1.
5° Sarcophages en pierre . — On a découvert un assez grand nombre de sarcophages qui sont faits à part et taillés dans un hloc de pierre calcaire ; les uns sont déposés en terre , d’autres sont placés dans une caisse de tuf semblable aux tombeaux du premier type et dans laquelle ils s’emboîtent exactement. Ces sarcophages sont généralement grands et mesurent au moins 2 m. de long (fig. 13). Quand ils
Fig. 12.
1. Cf. à la fin notre Catalogue des figurines et des objets, nos 389 à 398.
ont une couverture, c’est un couvercle fait d’une seule plaque de pierre calcaire et légèrement bombé. Aucun ne porte d’ornements ni d’inscriptions.
6° Sarcophages en terre cuite. — ■ La même observation s’applique
aux sarcophages de terrecuite, placés en terre ou dans une caisse de tuf. Ils diffèrent des précédents par les dimensions, qui les rangent plutôt dans la catégo-
Fig. 14
rie des tombeaux d’enfants (fig. 14), et par la couverture qui est faite de plusieurs plaques minces de terre-cuite l.
En dehors de ces formes usitées dans la nécropole, il faut en signaler quelques autres qui sont exceptionnelles : 1° des tombes d’enfants
construites en larges plaques de terre-cuite (long.
0tn,87 ; larg. 0m,53) simplement posées dans la terre; une d’elles est à plat et forme le fond ; deux autres sont placées
Fig. 15.
debout et inclinées bord contre bord, de façon à former un toit à double pente 2 (fig. 13); 2° nous avons trouvé une seule fois, dans l’enclos de la ferme ruinée, un tombeau fait tout entier de briques ordinaires, posées par assises régulières et cimentées. Nous ne le comptons pas parmi les formes usitées à Myrina ; il appartient évidemment à une époque plus basse que le reste de la nécropole, comme le prouve d’ailleurs une monnaie qu’on y a trouvée, au type d'Elaea, avec l’effigie d'un empereur et le mot K A K À P seul lisible.
1. On peut, voir dans Stackelberg, Græber dcr Hellenen, taf. vin, un sarcophage d’enfant du môme genre, trouvé en Altique; mais le couvercle est d’une seule pièce.
2. Cf. un tombeau de même genre en Attique dans Stackelberg, op. laud., taf. vu, n° 3. Cf mode de sépulture, rare à Myrina, est au contraire fréquent dans la nécropole de Cymé.
LES TOMBEAUX