Voy. plus liant, p
DESCRIPTION DES PLANCHES
d’argile. Long, de la caisse de tuf : 2ra,13 ; larg. 0m,62 ; haut. 0ra,53 ; épaisseur de la terre au-dessus des quatre plaques du tombeau : 0m,40.
Au premier abord, on pourrait croire que ces deux groupes sortent du même moule. On sait que les parties saillantes, bras et têtes, étaient moulées à part, en sorte que la pose différente de la tête et du bras droit de Dionysos dans les deux groupes n’empêcberait pas de croire à un surmoulage. Mais, en y regardant avec soin, on aperçoit dans la masse même du groupe une foule de détails différents. La nébride est plus petite et plus soignée dans le groupe de droite ; le contour du flanc et de la jambe droite n’est pas pareil dans les deux figures de Dionysos; les plis de l’bimation sur le bras gauche et sur la jambe droite sont traités tout différemment; il en est de même pour la draperie qui revient en écharpe sur les genoux de la femme; enfin tout le corps de l’homme a été diminué et ramené à de plus justes proportions dans le groupe de droite. Nous n’avons donc pas affaire ici au procédé connu du surmoulage, grâce auquel on multipliait à l’infini les exemplaires d’un même sujet, en les retouchant plus ou moins1; ce serait plutôt l’exemple rare et intéressant de deux maquettes faites par le même artiste et dont l’une corrigerait les imperfections de l’autre. Cette hypothèse n’a rien d’invraisemblable, si l’on songe que les deux groupes ont été trouvés dans le même tombeau, avec une série de figurines qui par la couleur de la terre, par le soin de l’exécution, ont entre elles un certain air de parenté et proviennent sans doute d’une fabrique identique. On reconnaîtra sans peine que le groupe de droite (où les deux têtes des personnages sont conservées) est de beaucoup supérieur à l’autre qui, dans l’hypothèse précédente, serait la maquette d’essai, à moins qu’on n’aime mieux la considérer comme l’ébauche du même sujet, faite par un ouvrier moins habile. Dans ce dernier groupe, la tête trop renversée du jeune dieu offre un raccourci désagréable à l’oeil et, pour faire reposer cette tête sur l’épaule de la jeune femme, le coroplaste a été obligé d’allonger démesurément le cou. Pour la même raison, le bras droit semble tendu par un effort violent, afin d’atteindre l'extrémité
1. Cf. Martha, Catalogue des figurines d'Athènes, p. xxm. Voy. plus haut, p. 135.
de la tète : en un mot, toute l’attitude, qui devrait exprimer l’abandon et le repos, donne une impression d’effort et de fatigue. Dans l’autre groupe, au contraire, Dionysos penche d’un mouvement à peine sensible sa tête sur l’épaule de la femme en conservant à son bras droit une courbe gracieuse et flexible. On remarquera encore dans le groupe de gauche la sécheresse et la raideur des plis des draperies, qui n’ont sans doute pas été retouchées avec l’ébauchoir dans la pâte encore molle, tandis qu’à droite les mêmes plis de l’himation retombent des genoux en ondulations régulières où l’on sent toute la souplesse de l’étoffe. Ici, les doigts des mains sont raides et informes; là on distingue un modelé assez soigné et, comme pour marquer davantage le caractère nuptial du sujet, l’artiste a figuré deux bagues de même forme passées aux doigts du jeune couple.
On rencontre sur de nombreux monuments Dionysos groupé avec une femme qui, d’après les inscriptions parfois jointes au sujet, s’appelle tantôt Ariane, tantôt une nymphe quelconque, ou encore Sémélé. Ici le caractère érotique du groupe nous paraît trop marqué pour permettre d’y reconnaître la mère de Dionysos h II est vrai que sur certains miroirs étrusques 1 2 à inscriptions, l’attitude du fils et de la mère ne diffère pas de celle d’un couple amoureux, mais on a prétendu que dans ce cas Sémélé avait le caractère symbolique d’épousemère 3, et que d’ailleurs la physionomie très jeune du dieu pouvait, à la rigueur, le faire passer pour un enfant ou un adolescent. Dans les deux groupes de Myrina, c’est peut-être une simple Bacchante qui est représentée, semblable à celles dont la nécropole a fourni quelques exemples (pl. vu, n° 3; pl. xxiv, n° 2; Catalogue , nos 182 à 184). On remarquera pourtant que la femme se distingue ici des Bacchantes ordinaires par le caractère sévère de son habillement. Sans les quelques pointes de feuillages qui décorent sa chevelure et qui indiquent d’une façon discrète ses rapports avec le cortège dionysiaque, on la prendrait pour une jeune femme grecque dont elle a le maintien tran-
1. Comparez des peintures de vases avec le môme caractère de tendre abandon ; Antiquités du Bosph. C/mm., pl. lxii, n°s \ et 2.