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et idéalisé les figures de Silènes à demi sauvages et velus que les peintres de vases du vie et du ve siècle se sont plu à représenter sous une forme hideuse et burlesque h II y a loin de ces créatures bestiales au type du père nourricier que nous avons sous les yeux, et, comme on l’a remarqué bien souvent 1 2, on ne saurait trop admirer avec quelle ingénieuse adresse les artistes grecs ont su conserver au divin Silène quelque chose de la laideur de ses monstrueux ancêtres, en tempérant l’expression grotesque de ses traits par une sorte de tendresse grave et mélancolique répandue sur son visage.
On a pensé que la laideur expressive de Socrate, comparée dans le Banquet de Platon aux figures populaires de Silène, avait dû con^ tribuer à fixer ce type dans l’art grec. Nous ne pouvons mieux faire que de citer à ce sujet une page des Figures Criophores de A. Veyries, dans laquelle il étudie le double aspect du Silène grotesque, chauve et ventru, avec une queue de cheval, et du sage précepteur du jeune Dionysos.
« Entre ces deux conceptions extrêmes, il y a place pour une con- » ception moyenne, raffinée, inventée pour plaire aux amateurs » lettrés, aux délicats : c’est un Silène laid encore, mais d’une » laideur expressive, finement sensuelle, au front large, aux petits » yeux clignotants, à la lèvre voluptueuse et friande, pas laid au » point de blesser le regard, assez laid pour divertir l’esprit par le » contraste piquant qu’on aperçoit entre cette physionomie disgra- » cieuse et l’intelligence qu’elle laisse percer, entre ce qu’on voit et » ce qu’on devine. C’est d’un contraste pareil que s’amusait déjà » l’esprit d’Alcibiade dans le banquet de Platon, à propos de Socrate. » Figure socratique est précisément un terme usuel et très précis » employé par les archéologues pour désigner la physionomie par- » ticulière d’une foule de Silènes ; qui sait s’il n’y a là qu’une
1. Le plus ancien spécimen de ce genre est sans doute le Silène représenté sur un fragment de sarcophage en terre cuite, trouvé à Clazomène ; Dennis, Journal of hell. studies , iv, p. 21, fig. 1 5; vov. aussi les Silènes du vase François, Monumentl dell’ Inst., iv, pl. 56-57. M. Ileuzey a montré <pie les Grecs ont emprunté ce type aux représentations égypto-phéniciennes du dieu Dès ; Bull. de Corr. hellèn., 1884, p. ICI et suiv.
2. Sur co sujet cf. Wiese, Annali dell’ Inst., 1843, p. 270; Furtwàngler, ibid., 1877, p. 184- 245 et 447-450; Satyr aus Pergamon, p. 22 et suiv.; Rossbach, Bull, dell’ Inst., 1885, p. 44-48; l’errot et Chipiez, Histoire de l’art, ni, p. 509; Ileuzey, Bull, de Corr. hellén., 1884, p. 162.
» coïncidence? Qui sait si les artistes, aux époques de raffinement » littéraire et artistique qui vivent d’allusions et de réminiscen- » ces, ne se sont pas complu à accentuer cette ressemblance pour » donner à leurs figurines un attrait de plus »
Quand l’auteur rédigeait ces lignes, il ne se doutait pas que quelques mois plus tard il trouverait lui-même à Myrina une figurine en parfaite harmonie avec cette fine description. Pour compléter cette étude sur le type de Silène, nous reproduisons une petite statuette (fig. 54) qui est -restée dans la part réservée au gouvernement ottoman , mais que M. Reinach a dessinée au moment où elle a été découverte. Cette charmante figurine, comparable aux petits bronzes d’Herculanum et de Pompéi, montre Silène avec la même physionomie embellie et pensive 1 2.
2. Femme assise de style archaïque. — Voy. Catalogue, n° 194. Elle représente un type très connu de déesse assise qu’on peut assimiler à Déméter ou mieux encore à l’antique Aphrodite-Astarté 3, la grande déessemère de l’Orient dont les Grecs et les Romains ont fait plus tard la déesse de la beauté, mais qui primitivement est une divinité courotrophe. Toutes les nécropoles grecques en ont fourni des exemples et la nécropole de Myrina ne fait pas exception à cette règle. Notre collection en possède des types très divers, tantôt nue avec la main au sein, surchargée de bijoux de toutes sortes, tantôt drapée et couronnée 4, ou bien tenant sur ses genoux un enfant, ailleurs une colombe, etc. 5 En général, dans ces figurines, l’exécution est peu soignée. L’attitude trahit seule l’ancienneté du type; le visage a au contraire le type plus récent des autres statuettes.
1. A. Veyries, Figures Criophores, p. 43. Cf. Heuzey, Figurines antiques du Musée du Louvre, p. 30, pl. 56.
2. Comparez quelques autres figurines de terre cuite; Frœhner, Collection Gréau, pl. 31; Furtwaengler, Collection Sabouroff, pl. 129.
3. Cf. Heuzey, Catalogue des figurines antiques du Musée du Louvre, i, p. 36-38, 170-171, 226-234; Perrot et Chipiez, IJist. de l’art, m, fig. 20, 299, 322, 349.