Aristote, Poétique, 2' Overbeck, Schriftq n
philosophe considérait comme la seule vérité artistique? C’est, il me semble, forcer les termes que de voir dans Pauson un caricaturiste , c’est-à-dire un esprit qui vise au comique dans le laid 1 ; n’est-il pas plus probable qu’il rendait les traits de ses modèles sous une forme triviale et vulgaire, sans intention plaisante, et que les amateurs du siècle de Périelès, habitués à des formes plus nobles, exprimaient sur lui un jugement analogue à celui de Louis XIY sur les magots de Téniers et de Van Ostade? Il semble qu’on ait plus de raisons de considérer comme comique le tableau d’un disciple d’Apelles, Ctésiloque, qui avait représenté Jupiter accouchant de Bacchus, la tête ceinte de la mitre, gémissant comme une femme et entouré de déesses qui faisaient office d’accoucheuses 2. Mais il faut se rappeler que la peinture de vases à figures noires du ve siècle a souvent reproduit, avec des détails empreints du même naturalisme, la naissance de Minerve sortant tout armée du cerveau de son père 3 4; Eileithyia et d’autres divinités président à oe miracle et prodiguent leurs soins empressés au maître de l’Olympe en mal d’énfant. Nous savons d’ailleurs que ce sujet avait été traité plusieurs fois par la grande peinture religieuse et l’on pourrait voir dans l’oeuvre de Ctésiloque un dérivé des modèles anciens h L’épithète dont Pline accompagne sa description, petulanti pictura , me paraît avoir été mal comprise 5 : en traduisant tableau burlesque ne connnet-on pas une véritable faute de sens ? Les mots petulans , petulantia , petulanter , impliquent toujours une idée d’audace, d’impiété, d’inconvenance 6, mais je ne vois aucun exemple qui justifie le sens de ridicule ou de grotesque. Le polygraphe romain semble indiquer que de son temps un pareil sujet scandalisait les spectateurs; ils n’avaient
1. Aristophane n’aurait sans doute pas eu pour ce peintre un si grand mépris, s’il avait cherché à traduire en silhouettes spirituelles et mordantes les effets comiques que lui-mème mettait sur le théâtre; cf. Overbeck, op. L, n0' 1110-1112.