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CHAPITRE III

LES FIGURINES DE TERRE CUITE

L’étude des figurines en terre cuite de Myrina fournit matière à des observations multiples qu’il importe de présenter avec ordre. Nous adopterons, pour plus de clarté, une division en quatre parties qui nous permettra d’examiner successivement : 1° les détails et la technique de la fabrication, 2° le choix des sujets empruntés à la mythologie ou à la vie réelle, 3° le style des figurines et l’influence exercée sur l’art des coroplastes par leurs traditions de métier ou par les grandes oeuvres de la statuaire, 4° les inscriptions et les graflîtes qui sont particuliers à cette fabrique et qui nous donnent de curieux renseignements sur le nombre des ateliers de la ville, sur les noms des fabricants, sur leurs procédés d’exécution et sur le caractère qu’ils attribuaient eux-mêmes à leurs ouvrages.

f. La FABRICATION

Pâte. — Depuis que l’étude des terres cuites est soumise à des recherches méthodiques, on a pensé que la classification par provenances devait précéder toute autre considération sur les moyens de

fabrication ou sur le style; car avant tout il importe de savoir de quelle région, de quel peuple et de quel art sont issus ces produits. On a donc cherché si l’argile même ne pourrait pas servir de critérium pour distinguer les provenances. « Les terres varient de pays » à pays et de fabrique à fabrique, dit M. J. Martha. La nature de

> l’argile n’est pas la même partout et une même pâte d’argile prend » des aspects différents selon les traitements auxquels on la soumet, » selon la durée plus ou moins longue de la cuisson, selon le degré » plus ou moins élevé de température. Il importe de constater avec » soin ces différences : ces observations faites et classées avec méthode

> fourniront à la longue les éléments d’une étude sur les principaux » centres de fabrication céramique L » Nous mettrons donc à profit les nombreux documents que nous possédons sur la fabrique de Myrina pour en déterminer les caractères. Mais l’examen des milliers de fragments que nous avons eus entre les mains nous amène à penser que le critérium de provenance fourni par la matière argileuse ne sera jamais décisif, parce qu’une seule fabrique peut posséder une variété très grande de terres. M. Martha note déjà cinq pâtes différentes pour la fabrique d’Athènes 2. A Myrina, nous n’en trouvons pas moins de neuf, qui sont les suivantes :

1° Pâte à surface rouge-clair; cassure rouge de couleur unie, à grain serré; semée de quelques paillettes de mica ; tendre au couteau et même à l’ongle; absorbant l’eau rapidement.

2° Pâte à surface bistre-clair; cassure bistre de couleur unie, à grain peu serré et feuilleté; contenant beaucoup de mica; tendre au couteau et même à l’ongle; absorbant l’eau lentement.

3° Pâte à surface bistre-clair; cassure bistre de couleur unie, à grain serré; contenant très peu de mica; dure au couteau; absorbant l’eau très rapidement.

4° Même pâte et mêmes caractères que la précédente, sauf la cassure qui offre un noyau central, régulier et noirâtre.

5° Pâte à surface rouge-clair; cassure à grain peu serré, de cou-

L .1. Mari Im, Catalogue des figurines en terre cuite du Mus. de la Soc. arch. d'Athènes, p. xm. 2. Ibid., p. xiu-xiv.

LES FIGURINES DE TERRE CUITE

leur unie; contenant très peu de mica; dure au couteau; absorbant l’eau assez rapidement.

6° Pâte à surface bistre rougeâtre ; cassure bistre avec noyau central, irrégulier, noirâtre, à grain peu serré et feuilleté; contenant beaucoup de mica; dure au couteau; absorbant l’eau lentement.

7°- Pâte à surface bistre-clair; cassure bistre avec noyau central, régulier, noir, à grain peu serré et feuilleté; contenant du mica assez abondant; dure au couteau; absorbant l’eau lentement.

8° Pâte à surface bistre-clair; cassure entièrement noire, à grain peu serré et feuilleté; contenant très peu de mica; dure au couteau; absorbant l’eau lentement.

9° Pâte à surface jaunâtre; cassure de couleur unie, à grain très serré; ne contenant pas de mica; très dure au couteau; absorbant l’eau rapidement.

On voit que la diversité des argiles est grande, soit que la matière première provienne de gisements différents, soit plutôt qu’elle change d’aspect et de porosité sous l’influence d’une cuisson plus ou moins forte. Nous nous sommes d’ailleurs bornés aux caractères généraux, sans détailler toutes les nuances qui sont multiples. Cependant il est possible d’indiquer un caractère général qui permet de reconnaître une terre cuite de Mvrina d’après l’aspect extérieur de la pâte; c’est principalement la teinte bistre, plus claire que celle de Smyrne, moins grise que celle de Pergame, beaucoup moins rouge que celle d'Aegae. Ajoutons que la pratique seule et l’examen d’un grand nombre de fragments peuvent donner la perception nette de ces nuances h En somme, nous ne croyons pas qu’on trouve là une marque indiscutable d’origine ou du moins un critérium qui suffise à lui seul. A notre avis, c’est l’ensemble des différents caractères d’une statuette qui permet de l’attribuer à telle ou telle fabrique et, à vrai dire, aussi bien le style de la figurine et la composition du sujet que la couleur même de la terre.

Façonnage. — Nous empruntons encore à M. Martba les renseignements suivants sur la fabrication : « Les figurines se faisaient de

I. Sur les caractères d’ensemble des fabriques les plus importantes d’Asie, v. plus haut,

> deux manières : à la main et au moule. Les ouvrages à la main » étaient en général les objets les plus communs de l’industrie cé- » ramique, les petites idoles à bon marché, les poupées pour les

> enfants, les jouets de toute espèce, les hochets, en un mot, la

> pacotille. La fabrication en était simple. L’ouvrier prenait un » morceau de pâte et modelait grossièrement, selon sa fantaisie, » un chien, un ours, un singe, un oiseau, un cheval et son cava- » lier... Pour certaines figurines, celles qui sont désignées sous » le nom de figurines en galette, l’ouvrier aplatissait un morceau » d’argile et le réduisait en une sorte de galette d’un centimètre » tout au plus d’épaisseur. Il la découpait de manière à faire la » silhouette de l’objet qu’il voulait représenter. Une croix grecque » devenait une colombe planant; l’argile était aplatie aux ailes, » arrondie et façonnée à la tête et à la queue : un trou laissait » passer le fil destiné à suspendre l’oiseau » h

Cette catégorie comprend, à Myrina, le plus petit nombre de figurines, en général des animaux et des oiseaux 2, quelques personnages de petite dimension et de style grossier 3. Il faut pourtant signaler une série de maquettes faites à la main, qui, dans des proportions très exiguës, gardent une grande finesse d’expression : ce sont de petits Eros, faits de morceaux de pâte étirés jusqu’à une extrême ténuité, qui, munis de grandes ailes, s’envolent avec des mouvements pleins de pétulance et de gaieté, emportant dans leurs bras des accessoires de tout genre 4.

La fabrication au moule est de beaucoup la plus usitée; quand la pièce n’est pas de dimensions très petites, c’est le procédé le plus sûr et le plus rapide. Il a en outre l’avantage de donner aux figurines une grande légèreté en laissant en creux la partie intérieure. Le moule était lui-même en terre cuite. « Le moulage, dit M. Martha, » se faisait par couches successives. L’ouvrier commençait par » prendre l’empreinte du moule en y repoussant une première » couche d’argile, fine et bien pétrie. Cette couche, qui était d’une

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