‹ La nécropole punique de Douïmès (a Carthage)Chapitre 10 sur 29 · VIII. Mois d’avril · texte numérisé non relu

VIII. Mois d’avril

Pendant le mois de mars nous avions visité une quarantaine de tombes. Nous n’en devions trouver que dix-neuf pendant le mois d’avril. Mais ces sépultures nous réservaient encore de nouvelles surprises.

Le 9 avril, on ouvrait un tombeau dans lequel, avec le mobilier réglementaire, on trouvait un pendant d’or (fig. 30), un scarabée, une figurine du dieu Bès en pâte blanche, une autre figurine de terre cuite représentant cette même divinité ou mieux cette caricature égyptienne, un godet hémisphérique en pierre blanche et tendre, aux anses brisées, un petit autel ou brûle-parfum taillé dans la même espèce de pierre, haut de quinze centimètres, aux quatre faces décorées d’ornements rouges cernés de noir, une sorte d’écuelle à une seule anse et à bord rabattu vers l’intérieur, enfin

deux terres cuites qui méritent une description spéciale.

Fig. 30. Pendant d’oretlle en or.

La première est une figurine haute de seize centimètres. Elle représente une déesse assise sur un trône à dossier carré et à base cubique, les mains posées sur les genoux (fig. 31) ; la tête est coiffée d’une haute tiare cylindrique que recouvre un voile tombant sur les épaules. La tunique, à manches courtes, descend jusque sur les pieds. Elle est rouge et mouchetée de points noirs. Audessous, la base, qui est pleine, est percée d’un trou pratiqué par le modeleur pour empêcher l’argile de se fendiller à la cuisson. On sait que les artistes qui fabriquaient ces terres cuites les retouchaient à l’aide d’un ébauchoir, instrument de bois, dont un bout était en forme de lame et

■A NECROPOLE PUNIQUE DE DOUÏMES

Fig. 31. Déesse assise.

l’autre ressemblait à un manche de porte-plume. C’est ordinairement avec la partie cylindrique que l’artisan faisait un ou plusieurs trous dans la base ou au revers de la statuette, dès qu’elle était moulée. Dans la figurine que nous étudions en ce moment, c’est avec la lame de l’ébauchoir que le trou d’évent a été pratiqué.

On a trouvé de ces statuettes à pose hiératique dans les tombes d’Amrit, en Phénicie, et dans celles de Camiros, ancienne ville de î’île de Rhodes. Le Musée du Louvre et le British Muséum en possèdent plusieurs exemplaires.

La seconde terre cuite, digne d’être signalée d’une façon spéciale, est une des plus intéressantes que nous ayons découvertes dans le sol de Carthage. Elle représente un sphinx ailé. Cette curieuse pièce, dans P état actuel, mesure 0m30 de longueur et 0m32 de hauteur. L’animal repose sur une base rectangulaire longue de 0m22, large de 0m1 0 et épaisse de 0m015. Le corps aux membres courts et fortement musclés est celui d’un lion. Il est couvert d’écailles et muni d’une paire d’ailes. La tête est à face humaine. Le visage est peint en rouge; la prunelle des yeux et les sourcils sont noirs (fig. 32). La coiffure, également rouge, se rapproche, pour la forme, du pchent égyptien, se développant en deux masses symétriques qui encadrent le visage, le cou et la poitrine, masses qui sont peintes en noir ainsi que la base de la coiffure, sorte de tiare. Cette

tiare est percée au sommet d’un petit trou et de deux autres à droite et à gauche, ayant sans doute servi à fixer des ornements.

Le cou et la poitrine sont d’ailleurs ornés d’un triple collier tracé à la pointe sèche avant la cuisson. Au collier supérieur est suspendu le groupe du croissant et du disque, objet symbolique de parure que nous avons déjà si souvent trouvé

dans les tombeaux puniques et qui paraît avoir été un des emblèmes de Carthage. Le second collier porte le croissant isolé et le troisième est une sorte de pectoral figuré par une série de traits pratiqués dans divers sens.

Cet animal fantastique porte sur le dos un goulot cylindrique et en avant de la poitrine un bec horizontal, à surface polygonale, avec orifice circulaire ; ce qui fait de cet étrange objet une sorte de tonnelet.

Le ton général de cette intéressante pièce est le rouge. Le noir intervient pour accentuer les ailes, les griffes, les écailles, les croissants et les arêtes du bec horizontal.

Ce sphinx ailé, tenant de l’homme par le buste, du lion par le corps et les membres inférieurs, de l’aigle par les ailes, peut-être aussi du poisson par les écailles, offre beaucoup d’analogie avec les nirgalli assyriens4.

On a déjà trouvé en Phénicie de ces sphinx dont la forme particulière rappelle les chérubins de la Bible. L’un d’eux porte aussi sur la poitrine un collier de forme tout à fait originale2.

N’y aurait-il pas lieu de rapprocher aussi notre terre cuite des représentations de la déesse Tianat des Chaldéens qui avait la forme d’un dragon monstrueux à jambes de quadrupède, au corps couvert d’écailles et ailé? ( Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines de Saglio, art. Draco). D’ailleurs Tianat ne fait-elle pas penser à Tanit ?

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