Voy. plus haut la fig. n
Fig. 12. Cymbale de cuivre ou de bronze.
Fig. 13. Bagues sigillaires et cure-oreille en argent.
Enfin, en terminant l’inventaire de ce riche mobilier funéraire, je citerai un curieux disquependeloque. Ce médaillon est muni d’une bélière (fig. 14). Sur la face, on voit se détacher en relief
le disque entre deux urœus à la tête expressive, surmontée d’un globe formé lui-même de sept globules. Au-dessus, une grande paire d’ailes éployées. Le centre du médaillon est occupé par le croissant, les cornes en l’air, embrassant le disque. Le travail est très fin.
Le 18 mars, on ouvrait cinq tombeaux. Dans l’un d’eux, on trouvait, avec des poteries de forme ordinaire, un vase de terre rouge, de forme sphérique, à tout petit goulot et à double oreillon, orné de trois filets noirs dont un en zigzag.
On retira aussi de cette tombe un pendant en or, un anneau en argent, une anse de bronze, des amulettes, des grains de collier et cinq pièces
Fig. 14. Disque-pendeloque en or.
en os, de forme particulière, longues de six centimètres et épaisses de huit millimètres (fig. 15).
Fig. 15. Osselet, tranche d’astragale.
Ce sont des tranches d’astragales. Mais ce qui est à signaler particulièrement dans ces sépultures, ce sont les objets de fer. On en recueillit trois. L’un est une tige à peu près carrée, longue de dix centimètres, l’autre est une lame longue de huit centimètres, et enfin la troisième est une sorte de poinçon long de sept centimètres. La partie qui était enfoncée dans un manche de bois en conserve des traces.
Près de ces sépultures, à de profondeur sous le sol actuel et à 0m30 au-dessus du sol punique, on rencontra une tombe du moyen âge, peut-être d’un chevalier de la croisade de saint Louis. Le corps a été déposé dans une auge formée de grandes dalles de pierre grise (saouân) peu épaisses, jointes au mortier et intérieurement blanchies à la chaux. Cette auge, longue de 1m97, était plus large à la tête qu’aux pieds. La diffé-
rence était presque de moitié : 0m61 d’un côté et 0m36 de l’autre. La profondeur n’était que de0m50. La tombe était orientée de l’ouest à l’est. Les pieds étaient placés du côté de l’est.
On recueillit dans cette tombe, dont le plan offre la forme d’un trapèze, des morceaux de bois de cercueil conservant des traces de la toile dont il avait été recouvert, et aussi des clous mêlés aux ossements.
Le 19 mars 1895, on n’ouvre qu’un seul tombeau. G’est une simple fosse dans laquelle il n’y a ni la lampe, ni les deux urnes, ni les deux fioles.
Fig. 16. Peinture sur alabastre.
Ces poteries auront probablement été placées en dehors de la tombe après que celle-ci aura été fermée, comme nous avons eu déjà plusieurs fois l’occasion de le constater. Ici, on parvient à la
sépulture par un tunnel et nous ne pouvons explorer que Tintérieur de l’auge. Le mobilier qu’elle renfermait était cependant intéressant. On retire de cette tombe deux beaux vases de terre noire et un alabastre grec (fig. 16) sur lequel est peint un oiseau à buste humain. Les ailes de l’oiseau sont éployées et leur extrémité recourbée. Un second oiseau, n’ayant rien d’hybride, complète l’ornementation.
Fig. 17. Vase a peinture émaillée.
Un autre petit vase, en terre émaillée (fig. 17), à glaçure verte, haut de moins de cinq centi-
Fig. 18. Peinture émaillée sur vase.
mètres, a la panse ornée de deux lions mar-
chant chacun vers un objet en forme de raquette (fïg. 18). Nous n’avons trouvé dans toute la nécropole qu’un seul vase de ce genre. Mais la même matière se montre dans une série de fioles en forme d’idoles.
Ces intéressantes poteries étaient accompagnées de trois bagues d’argent, dont deux avec un scarabée pour chaton, et d’un grand cercle d’argent sur lequel avaient été enfilées des boules en pâte de verre et des amulettes. Plusieurs sont conservées. Ce devait être un collier. La pièce principale était une plaquette d’argent qui devait porter un sujet que l’oxydation a fait disparaître, mais semblable ou du moins analogue à celui des amulettes d’or déjà décrites.
Un disque de pâte verdâtre, à bord dentelé, porte sur chaque face deux paires d’yeux (fig. 1 9).
C’est également une amulette, et il en est sans doute de même d’une sorte d’amande de même matière, creuse et travaillée à jour, puis fendue
d’un côté comme ces coquillages appelés cauris qui servent encore de monnaie dans l’intérieur de l’Afrique.
Les amulettes étaient d’ailleurs fort nombreuses dans cette sépulture. J’en comptai plus de soixante, presque toutes égyptiennes. Dans le nombre, il y avait plusieurs scarabées, dont un porte un cartouche royal. Tout cela provenait de colliers dont nous retrouvions en même temps plusieurs centaines de grains de toute forme et de toute couleur, boules, olives, cônes, cylindres, prismes, disques, cubes, tonnelets, les uns blancs, les autres noirs, les autres enfin bleus, verts, bariolés, etc.
Fig. 20. Visage peint sur un morceau d’oeuf d’autruche.
Gomme il arrive d’ordinaire dans ces sépul-
tures, ces parures étaient accompagnées de visages peints sur des morceaux d’œufs d’autruche taillés en forme de disque (fig. 20). On y trouva aussi un morceau de pierre ponce, du cristal de roche brut, plusieurs autres cristaux, du corail blanc et enfin de petites pierres polies rouges et blanches, affectant la forme de fèves.
Les morceaux d’œufs d’autruche, avec les traits d’un visage, peuvent être rapprochés d’un disque de granit que possède le Musée de Saint-Louis. On dirait un gros galet de mer (fig. 21) sur
Fig. 21. Bètyle.
lequel on a gravé grossièrement deux yeux, un nez et une bouche. Cette sorte de bétyle nous offre peut-être, avec les disques taillés dans la coque d’œufs d’autruche, une représentation de la déesse Tanit figurée par la pleine lune.
Le $0 mars 1895, au-dessus d’un tombeau, on trouve, couchée en travers et surmontée d’une dalle debout, une pierre taillée en forme de pyramide tronquée, à section carrée, ornée vers le sommet, qui est un peu évasé, d’une baguette qui en fait tout le tour. Ce monument de tuf coquillier est un autel ou cippe funéraire qui n’occupe assurément pas sa place primitive. 11 a été utilisé en second emploi. Le tombeau renfermait deux squelettes et un mobilier assez varié. Outre la double série des poteries ordinaires, cette tombe renfermait un gobelet, une petite tasse à anses horizontales, un vase ayant la forme d’un compotier, des morceaux d’œufs d’autruche peints, des grains de collier, du corail rouge, des objets de bronze tels que hachette, anse de coffret et sonnettes, des objets d’argent tels que anneau et bague sigillaire,
Fig. 22. Pendant en or.
et un objet en or. Ce dernier est le pendant à croix ansée, mais, dans ce bijou (fig. 22), la boucle
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de forme elliptique est plus mince et l’emblème plus largement patté que dans les autres pièces analogues trouvées précédemment.
Les pièces les plus intéressantes sorties de cette simple fosse furent trois masques de terre cuite, à peu près semblables à ceux qui sont sortis d’une tombe ouverte le 1 5 février et dont j’ai donné plus haut un spécimen. Chaque masque représente un visage de femme. L’un d’eux conserve des traces de couleur rouge vif aux lèvres, aux oreilles et dans la chevelure. Dans un autre, ces marques sont complétées par une touche rouge à la pommette des joues et un trait noir autour des yeux. La partie plate du cou était aussi mouchetée de points rouges. Ces masques ont beaucoup d’expression. Tous trois portent au sommet un trou qui permettait de les suspendre, quoiqu’ils n’aient jamais été suspendus dans la tombe où ils ont été simplement déposés près des cadavres.
Le lendemain du jour où nous avions exploré la sépulture dont je viens de décrire le mobilier, on trouvait, dans la couche remplie de décombres qui a recouvert le sol punique, une curieuse lampe, moins ancienne assurément que la nécropole. Cette lampe (fig. 23), de style grec, est ornée en son centre d’une sorte d’autel, et, près du bec où l’on mettait la mèche, on voit se détacher en relief l’emblème de la déesse Tanit, composé d’un triangle surmonté d’un disque et d’une barre horizontale dont les extrémités se relèvent en
forme de bras. C’est sous cette figure, croit-on, que les Carthaginois adoraient leur principale divinité.
Fig. 23. Lampe punique de basse époque.
Cette lampe punico- grecque doit appartenir comme date à la fin de la première Carthage. Nous en avons trouvé plus tard plusieurs autres exemplaires à côté des tombes les plus anciennes et les plus profondes d’un cimetière romain, qui
semble avoir commencé à être utilisé dès l’occupation romaine, après la destruction de la ville par Scipion. L’autel et les emblèmes figurés sur ces lampes semblent avoir été chers aux Carthaginois, car elles ne sont pas toutes sorties d’un même moule. Les dernières que nous avons trouvées permettent de reconnaître que les deux objets figurés à côté de l’autel sont, à droite, la pomme de pin et, à gauche, la grenade, malum punicum 1. Ces fruits semblent avoir occupé une place importante dans la religion des Carthaginois. Nous les avons trouvés sur d’autres monuments puniques.
Le 2® mars 1895, MM. Cros et Schuhler, officiers au 4e zouaves, assistent à l’ouverture d’un tombeau dont l’auge est formée de grandes dalles. Ils voient successivement sortir de cette sépulture une urne, les deux petites fioles, la lampe et sa patère, une seconde patère, un vase à parfum en albâtre, deux coupes très élégantes à pied et à double anse (canthares) en belle terre noire, du cinabre ou vermillon, une bague sigillaire en argent, un miroir de bronze, un pendant d’oreille en or et tous les éléments d’un collier formé de seize grains de cornaline et de trente-six breloques en or, disques, croissants, disques combinés avec
1. Ces représentations sont à rapprocher des symboles figurés sur les stèles néopuniques (cf. Recherches des antiquités dans le nord de V Afrique, p. 75).
LA NECROPOLE PONDUE DE DOUÏMES
le croissant, etc. Cette tombe renfermait même un peigne en ivoire (fig. 24). La matière de cet
Fig. 24. Peigne en ivoire.
objet de toilette s’est détériorée. Mais il est facile de reconnaître qu’il était orné, sur chaque face, de gravures représentant des animaux. La partie la mieux conservée montre l’avant-corps d’un cheval dans l’attitude de la marche, dont le travail révèle une main sûre et ne manquant pas de talent.
C’est l’unique peigne qui, jusqu’à ce jour, ait été trouvé dans une des tombes puniques de Carthage.
Le 23 mars 1895, on ouvrait deux tombeaux. Dans le premier, avec des poteries qui n’ont rien de remarquable, on trouve quatre petits flacons à parfum, dont l’un, orné de bandes horizontales (fig. 25), me paraît être de fabrication
locale. Les trois autres sont de fabrication hellé-
Fig. 25. Aryballe orné de BANDES HORIZONTALES.
nique, et proviennent peut-être de Corinthe. Sur le premier, on voit deux lions affrontés qui semblent se disputer la vie d’un lièvre (fîg. 26). Sur la partie opposée du vase, les deux lions enlacent
symétriquement leur queue. Les deux autres vases
Fig. 26. Alabastre orné de peintures.
grecs sont décorés d’oiseaux, dont l’un est surmonté d’une tête humaine (fig. 27).
Cette tombe renfermait aussi un pendant d’oreille en or, quelques amulettes et plus de 5,000 petites perles qui, enfilées ensemble, donnent une longueur de près de dix mètres. Toutes ces pièces doivent provenir de colliers ou d’un pectoral en broderie.
Le second tombeau était formé de dalles. Le
squelette y était recouvert des restes de bois révélant un cercueil ou du moins une sorte de couvercle. On put même en recueillir des morceaux.
Fig. 27. Peinture sur un alabastre.
Mais ils tombaient en poussière entre les doigts. Cette sépulture renfermait des poteries carthaginoises et des vases grecs (canthare et aryballes), de l’or (pendant et globule), de l’argent (anneau et croissant), du bronze (hachette et bague sigillaire), des scarabées et autres amulettes, des grains de cornaline et enfin un objet en cristal de roche de la forme et de la grosseur d’un œuf d’oiseau dans lequel avait été enchâssé un tube cylindrique en or (fig. 28).
A l’angle extérieur de ce tombeau, du côté de la tête du mort, on avait placé une grande urne remplie de cendres et renfermant au fond quelques amulettes.
LA NÉCROPOLE PUNIQUE DE DOü'ÏMES
Le ^5 mars nous réservait une autre découverte intéressante. Dans une auge formée de
dalles, longue de ^m05, large de 0m68 et profonde d’un mètre, un riche mobilier funéraire accompagnait le squelette. Il se composait de poteries fines de belle terre noire, de vases grecs ornés de peintures, de scarabées, de grains de collier, de morceaux d’œufs d’autruche, d’objets en or (pendant, bague, disque-pendeloque et quinze petits cylindres, hauts de moins de trois millimètres, composés chacun de trente-deux globules laissant passer la lumière entre eux, travail tout à fait remarquable de finesse), d’objets d’argent (cercle pour collier, bracelets, bague, croissant) et de cymbales de bronze.
Mais l’objet le plus curieux retiré de cette tombe est une sorte de vase, de forme compliquée. Il est en terre grise, commune et mal cuite. Qu’on se figure sept godets ayant la forme de gobelets hauts de 0m08 soudés sur un cylindre creux avec lequel ils communiquent. Le cylindre mesure 0m30 de longueur et repose sur un pied
Fig. 28. Objet en cristal de roche.
légèrement conique, haut de 0m10. Au milieu du cylindre se détache, en avant, la tête d’une vache à longues et belles cornes (fig. 29). Cette tête est
Fig. 29. Vase en terre cuite.
percée également d’un trou communiquant avec le cylindre. Elle est elle-même surmontée d’un masque de la déesse égyptienne Isis-Hathor. Cette tête orne la face du gobelet central. La première impression que l’on a, en voyant cette étrange poterie, est celle d’un chandelier à sept branches et l’on a émis l’idée que les godets servaient à recevoir des mèches en moelle de sureau, lesquelles étaient alimentées par l’huile contenue dans le cylindre et qu’un bouchon quelconque
empêchait de se répandre par l’orifice de la tête de vache.
Lorsque fut communiqué à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, par M. Héron de Villefosse, un dessin de cet étrange récipient, M. Maspéro donna une autre attribution et fît les observations suivantes :
« L’objet, dit-il, me rappelle immédiatement les plaques chargées de godets que l’on rencontre assez souvent au voisinage des tombes égyptiennes. On les trouve par six ou huit sur deux lignes, par neuf sur trois lignes, par sept sur une ligne. Ils sont posés sur un support commun plat, rectangulaire, et ne communiquant pas entre eux. Ils affectent des formes différentes suivant les époques; ce sont de petits gobelets ouverts, de petits vases à ventre rond, à une seule tubulure, ou des fioles analogues à celles de notre monument. Ils servaient de gobelets d’offrandes pour recevoir les liquides et les pâtes présentés aux morts et aux dieux, surtout les huiles canoniques, au nombre de sept ou de neuf en général, mais qui peuvent se réduire par omission facultative à huit, six, même à quatre et à deux. Il me semble que l’objet de Carthage est la copie assez fidèle d’une batterie de godets de ce genre. » ( Comptesrendus des séances , \% juillet 1895.)
Tel est l’avis de M. Maspéro.
Je ferai ici un autre rapprochement. Une pièce analogue a été trouvée en Sardaigne. Je la ren-
contre dans le catalogue illustré de la collection d’antiquités sardes de Raimond Chessa, imprimé à Gagliari en 1868. Le dessin qui en est donné à la planche E de cet ouvrage, qui, d’ailleurs, renferme nombre de pièces semblables à celles que nous avons déjà décrites ici, semble indiquer sur le support un disque plat et creux communiquant avec sept becs et avec une tête de bélier percée sans doute comme la tête de vache de notre vase.
Voici d’ailleurs la description qu’en a faite Vincent Grespi, l’auteur du catalogue :
« Le vase que je vais décrire, dit-il, est un de ces objets que la singularité de sa forme rend difficile à définir à première vue. En effet, il représente une sorte de lampe à sept becs perpendiculaires semblables à l’orifice ou à la partie supérieure d’un vase quelconque en forme de bouteille, disposés en un cercle que commence et termine une tête de bélier et soutenus par un pied haut de 0m10 environ.
« Je ne puis affirmer que cet objet soit réellement une lampe, mais dans le cas où c’en serait une, ce serait une pièce symbolique, ou peut-être encore une pièce magique, non pas seulement parce que c’est une lampe à plusieurs becs comme on en a découvert beaucoup, mais à cause du nombre des becs qui se retrouve souvent dans les monuments égyptiens pour indiquer les sept planètes.
« En admettant cette conjecture, la tête de
bélier placée entre les becs représenterait Jupiter Ammon, divinité suprême, et les sept becs représenteraient les sept planètes auxquelles était dédiée la lampe, peut-être, selon les croyances des anciens, pour attirer la pluie sur leurs champs et procurer à la terre une heureuse fécondité. »
Sans entrer dans autant de détails d’interprétation, je me contente de signaler l’analogie de la terre cuite sarde avec le vase carthaginois de forme si originale.