XIII. Mois de septembre
Craignant de n’être pas du bon côté de la construction que nous découvrons pierre par pierre, nous décidons de faire une seconde fouille au revers des dalies ; mais pour cela il faut enlever une grande quantité de terre dans le flanc de la tranchée. Lorsqu’on peut enfin descendre contre la première dalle, on la trouve parfaitement dressée et on ne tarde pas à constater un orifice de forme rectangulaire, mesurant 1m98 de longueur et 1 mètre de largeur. C’est la grandeur d’une auge funéraire ordinaire. Mais la fouille précédemment pratiquée nous indique que ce ne
peut être qu’un puits. L’agencement des pierres est parfait. Chaque grande dalle est lisse et porte à sa base deux entailles qui ont dû servir à recevoir les cordes ou les chaînes sur lesquelles la pierre portait pour être descendue et mise en place. Ces entailles permettaient de retirer les chaînes ou cordes après la pose définitive. Les dalles, formant la largeur du puits, n’ont qu’une seule entaille1.
Après plusieurs semaines de travail, on trouve de l’eau à la profondeur de ^9 mètres, mais une sonde de 5 mètres s’enfonce encore sans rencontrer le sol dur. Ce magnifique puits, si bien construit en énormes et si belles dalles, ne paraît pas cependant avoir été destiné primitivement à procurer de l’eau. On ne voit sur les parois aucune trace du contact des récipients, ni même des cordes qui auraient servi à puiser. Les parois intérieures ont reçu un badigeonnage qui se reconnaît encore et ne peut s’expliquer pour un puits ordinaire. Ce doit être, comme nous l’avions pensé tout d’abord, un puits funéraire, et, en le vidant complètement, nous arriverons peut-être à une sépulture riche et importante.
Ce magnifique puits paraît avoir été comblé avant le ive siècle de notre ère, car il n’en est
1. Dans le puits carthaginois de la colline de Saint-Louis, qui est à section carrée, chaque dalle ne porte également qu’une seule entaille.
sorti, à travers les déblais, aucun fragment de lampe chrétienne, tandis qu’au contraire on y a trouvé beaucoup de lampes romaines païennes. Les moins anciennes portent les marques de potiers : AYGENDI, CAPRARI, NINI, PYLLAENI, etc... Sur l’une on voit un homme nu courant; sur une autre la déesse Junon entre deux paons.
Parmi les plus anciennes lampes romaines fournies par ce puits, je dois en signaler plusieurs. Une d’elles, de forme carrée, représente un personnage à demi couché sur un lit; six autres, quoique ne sortant pas toutes d’un même moule, portent cependant le même sujet, composé de deux masques tragiques.
Fig. 67. Disque-pendeloque en or.
Mais la lampe la plus intéressante est celle qui porte comme sujet un guerrier, coiffé du casque, armé du bouclier rond ou plutôt ovale, le manteau court agrafé sur l’épaule droite. Autour du personnage, se lit cette inscription
élogieuse, en lettres très fines moulées en relief: PLYS FECISSES SI PLVS LICERET.
Pendant que l’on travaillait à déblayer le puits, on découvrait sur d’autres points de la nécropole plusieurs tombes. Du \% au ^5 septembre, on explore seize sépultures. Deux seulement renferment un mobilier assez riche. Parmi les objets sortant de l’ordinaire, je signalerai un médaillon circulaire, en or (fig. 67), portant le
Fig. 68. Cailloux noirs polis.
globe entre deux urœus surmonté du croissant
aux cornes abaissées et du globe ailé au-dessus; une pastille en cristal de roche; des cailloux noirs polis ou galets de mer (fig. 68) et une curieuse tablette en lapis -îazuli arrondie au sommet et munie d’une bélière, portant une représentation d’Horus sous la figure d’un épervier couronné et armé du fouet.
Dans une des tombes on a trouvé une petite fiole portant quatre ou cinq lettres puniques tracées à l’encre noire. Déjà nous avons trouvé précédemment des fioles de même forme et de même dimension avec inscription.
Fig. 69. Scarabée1.
Le % et le 3 octobre on ouvrait encore deux tombeaux dans un desquels on ne trouvait de particulier qu’un fragment de masque. Les fouilles de la nécropole de Douïmès étaient ensuite suspendues jusqu’à l’année suivante.