‹ La nécropole punique de Douïmès (a Carthage)Chapitre 23 sur 29 · XV. Mois de février · texte numérisé non relu

XV. Mois de février

Pendant les deux tiers du mois de janvier, nous avions trouvé vingt-sept tombeaux. Trentetrois autres sépultures allaient être découvertes pendant le mois de février.

Le 7 février, après avoir ouvert deux tombeaux, dont l’un renfermait, avec quelques grains de collier, une feuille d’argent couverte de spi-

raies qui y ont été estampées, on arrive vers le soir à une chambre à toiture formée de grosses dalles buttées l’une contre l’autre, comme dans les hypogées à faîte triangulaire de la colline de Saint-Louis.

8 février. En creusant en avant de la chambre, on découvre la grande dalle qui la ferme. Elle mesure 1m65 de hauteur et une largeur de 1m10, avec une épaisseur de 17 centimètres. A droite et à gauche, elle est engagée dans une feuillure. Une fois renversée, elle permet de voir, à travers une baie large de 0ra85, l’intérieur de la chambre. C’est une sépulture bisome. La paroi du fond et celle de droite ont chacune une niche renfermant des poteries. Les deux niches sont placées immédiatement sous le plafond.

On ne distingue rien des deux squelettes, mais on voit les vestiges des planches qui recouvraient les cadavres. Les fibres du bois s’étendent en longueur, mais, au fond du caveau, elles forment des stries transversales. Une lampe, deux plateaux ou patères, trois urnes et deux fioles sont disposées le long de la paroi à gauche. Urnes et fioles ont leur orifice tourné vers le fond de la chambre. Une des urnes est couverte de bois pourri, comme si elle avait été placée sous les planches.

Deux des urnes, ayant la forme d’obus, ont en moyenne 0m41 de hauteur. C’est sur de telles urnes que nous avons trouvé quelquefois des

inscriptions tracées à l’encre noire, mais celles-ci ne paraissent pas en avoir jamais porté.

La niche du fond renferme une seconde lampe et un petit bol à cône plein sur la panse.

Dans la seconde niche on voit, posées debout, une urne et une fiole à bec en forme de disque. Derrière ces deux poteries, on trouve couchée la fiole à bec étranglé.

Les murs droits de la chambre sont formés par trois assises de longues dalles. Le plafond compte six blocs juxtaposés, parfaitement jointoyés, et, comme toujours dans ces constructions puniques, sans l’ombre de mortier. Cependant, cet hypogée paraît avoir été revêtu intérieurement d’un enduit dont on ne retrouve de trace que dans les niches.

Le caveau est dallé, et c’est la seconde ou la troisième fois seulement que nous constatons ce fait dans les tombes construites de la nécropole de Douïmès. Ordinairement, le cadavre a été déposé sur la terre nue.

En tamisant la poussière de ce tombeau, on ne trouve qu’une lame de bronze et cinq grains de collier, dont deux en or, et un scarabée.

Un détail de construction qu’il convient de signaler dans ce tombeau, c’est que le premier bloc du plafond, au lieu d’être surmonté d’une série de dalles superposées et formant façade comme dans les tombes très anciennes de la colline de Saint-Louis, portait une muraille maçon-

née en moellons. Plusieurs grands tombeaux de la nécropole de Douïmès, en particulier celui de ïadamelek, présentent cette particularité.

Fig. 83. OEnochoé en ivoire.

A. Orifice. — B. Portion de l’anse.

14 février. Simple fosse renfermant un mobilier varié avec scarabées et vases grecs, dont un alabastre aux tons noirs et violets est orné de deux cygnes becquetant l’extrémité pointue d’une palmette phénicienne. Mais la pièce la plus intéressante de cette tombe est une œnochoé tout entière sculptée dans un morceau d’ivoire (fig. 83). Cette fiole ou burette à long col et à bec trilobé mesure 15 centimètres et demi de hauteur. La forme en était très élégante. Quoique la matière ait mal résisté à l’action du temps, nous avons là un rare spécimen de l’art de travailler l’ivoire chez les Carthaginois.

15 février. C’est l’ivoire et l’os qui dominent dans le mobilier d’une simple fosse. L’os apparaît sous forme de tranches d’astragales. Je compte cinquante-cinq de ces osselets. Quant à l’ivoire, on le trouve sous forme de manche ou de poignée pleine, sous forme de manche creux, sorte de cornet à bord percé de neuf petits trous, sous forme de grosse aiguille plate, et enfin de petite sphère, imitant la grenade et destinée à être fixée à l’extrémité d’une tige (fig. 84).

Avec ces objets d’os et d’ivoire, on recueillit un pendant en or à croix ansée, plusieurs grains de collier, deux scarabées, plusieurs lames en fer, une sorte de poids en grès et un petit vase grec.

^7 février. Dans une simple fosse sans dalles, large seulement de 0m45 et située au fond d’un

puits large de 1m40, on trouve un mobilier très varié renfermant gobelet, support de vase, pen-

Fig. 84. Objets en ivoire.

dant et cercles d’or, feuille d’argent ornée de rosaces, grains de collier et scarabée. Mais la

pièce la plus curieuse est une figurine du dieu Bès. Le personnage grotesque est accroupi et ses pieds posent sur deux crocodiles. De chaque main il tient un lion par la queue.

Le revers de cette statuette porte une inscription égyptienne disposée en quatre colonnes verticales de signes hiéroglyphiques. D’après M. Maspero, ce serait une de ces formules magiques

Fig. 85. Couvercle de vase peint.

auxquelles les anciens peuples attachaient une

influence superstitieuse pour se préserver des animaux nuisibles. C’était donc un talisman.

^9 février. Le mois se termine par l’ouverture d’une tombe renfermant, avec un mobilier varié, un seul vase de forme circulaire et à bords retroussés intérieurement et un couvercle plat (fig. 85) orné de quadrupèdes et d’oiseaux, d’un effet singulier. Dans cette sépulture, la hachette de bronze avait une forme particulière, à lame très étroite.

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