XVIII. Mois de mai
Le dernier mois consacré aux fouilles de la nécropole de Douïmès fut le mois de mai, pendant lequel les recherches firent découvrir encore vingtsept tombeaux. Le 7 mai, dans une tombe à mobilier varié, on trouve, entre autres objets, un brûleparfum en terre cuite rouge, un canthare de belle terre noire, une fiole en albâtre et un petit vase grec (aryballe) ayant la forme d’un anneau creux, orné extérieurement de trois animaux à face
1. Voy. Comptes-rendus de l’Académie des inscriptions, séance du 7 décembre 1894. Rapport de M. Héron de Villefosse et note de M. Philippe Berger. Cf. Cosmos, 29 mai et 5 juin 1897.
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Fig. 89. Objets en ivoire.
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humaine marchant en file. Près de la tête du squelette, on constate la présence d’une mince feuille d’argent.
8 mai. C’est encore un mobilier très varié que l’on trouve aujourd’hui. Il convient de signaler un petit vase en albâtre très bien conservé, à bord percé de deux trous minuscules destinés à recevoir un cordon ou à fixer un couvercle, un poids de bronze pesant 18 gr. 8, et surtout plusieurs objets en ivoire (fig. 89). C’est d’abord un ornement imitant le long cou et la tête d’un cygne, puis un anneau épais, un cylindre et une torsade habilement travaillée à jour (fig. 90).
Fig. 90. Torsade en ivoire.
9 mai. M. de la Pérouse et plusieurs officiers du « Magenta » sont heureux, dans leur visite aux ruines de Carthage, d’assister à la découverte d’une tombe punique. Malheureusement c’est une simple fosse, et, sauf la lampe qui est bien conservée, on trouve tous les autres vases brisés. Le même jour, MM. d’Adhémar de Cransac, de la Droitière et de Muller, tous trois officiers de
marine à bord du « Redoutable », ont aussi la satisfaction de voir découvrir une tombe. Elle est perpendiculaire à la mer, et le cadavre avait été inhumé la tête placée du côté de la plage. Le crâne est parfaitement conservé. Ces officiers voient avec émotion sortir de terre l’une après l’autre les six poteries réglementaires. On n’y trouve pas autre chose.
Le \2 mai, encore deux tombeaux. Dans le premier on ne trouve que les deux urnes et la lampe. Mais cette lampe, de terre brune luisante, offre une particularité qui lui donne une grande valeur. Elle porte au revers, près du bord de la partie non repliée, une inscription punique composée de sept caractères tracés à la pointe sèche après la cuisson. Malheureusement, malgré sa netteté, aucun savant n’a pu jusqu’à présent trouver le sens de cette petite inscription.
Le second tombeau renfermait un riche mobilier dans lequel il convient de signaler plusieurs pièces. Un grand vase, plat et circulaire, à bord recourbé à l’intérieur, large de 22 centimètres et muni de trois fausses anses, dont une cependant est percée d’un trou étroit comme pour passer un lien, offre non seulement extérieurement, mais même intérieurement, des figures d’animaux chimériques. Deux autres vases, ornés également d’animaux, ont la forme de toupies. Une fiole en albâtre a été taillée en forme de femme ou de déesse, la main droite posée sur
le sein. L’orifice de la fiole servait de coiffure ou de stephané à la figurine. Malheureusement la matière de l’objet s’est détériorée. Parmi les grains de collier que renfermait cette tombe, je dois noter une racine d’émeraude sous forme de tonnelet aplati, longue de 5 centimètres.
Nous sommes ici dans le voisinage de la route qui monte au village de Sidi-Bou-Saïd et on rencontre de nouveau l’épaisse couche de tessons déjà signalée.
Le 15 mai, à côté d’un tombeau dans lequel il n’y avait que le squelette du mort sans accompagnement de vases, on trouve une lampe grecque de terre noire et trois anses d’amphores rhodiennes portant l’estampille du potier. Deux seulement de ces marques sont lisibles. Dans la première, l’inscription est précédée d’une rosace et se lit :
EMKAAAI
RPAT1AA
Dans la seconde, deux ou trois lettres sont douteuses. Voici ce que je crois pouvoir en tirer :