‹ La nécropole punique de Douïmès (a Carthage)Chapitre 25 sur 29 · XVII. Mois d’avril · texte numérisé non relu

XVII. Mois d’avril

Après avoir interrompu les fouilles durant plusieurs semaines, on les reprend le 17 avril, et, jusqu’à la fin du mois, on découvre encore quinze tombeaux.

Dès le premier jour de la reprise des recherches, dans l’endroit qui avait fourni les marques céramiques grecques reproduites ci-dessus, on trouve une tombe d’un nouveau genre. Un cube de pierre, en tuf coquillier, haut d’une soixantaine de

1. Ces noms et les suivants se retrouvent pour la plupart dans la liste des marques d’amphores rhodiennes, donnée récemment par M. Hiller von Gaertringen dans le premier fascicule des Inscriptiones graecae insularum maris Aegaei.

centimètres, a été évidé de façon à offrir un récipient d’une trentaine de centimètres de côté et de profondeur. Il contenait, avec un scarabée, les ossements calcinés d’un Carthaginois.

Cet ossuaire, renfermant les restes d’un cadavre ayant subi la crémation, est le seul que nous ayons rencontré dans la nécropole de Douïmès. Déjà, cependant, le hasard en avait fait découvrir deux de ce genre dans la nécropole encore inexplorée de la colline dite de Junon, où s’élève aujourd’hui le Petit-Séminaire (Institution Lavigerie). Ces ossuaires puniques sont relativement d’assez basse époque. Celui de Douïmès était recouvert d’une épaisse couche de tessons, parmi lesquels se trouvait encore une anse d’amphore rhodienne avec cette inscription :

EniAPXI

AAIAA

TIANAMOT

AEYTEPOY

Le 2î! avril, ouverture de deux tombeaux en présence de M. l’abbé Lacroix, aumônier de marine, et de M. Jacques Chardon, lieutenant de vaisseau, l’un et l’autre à bord de 1’ « Iphigénie », qui mouillait dans la rade.

Dans le premier tombeau on trouve une élégante fiole, petite œnochoé de bronze (fig. 88), une aiguille et plusieurs autres morceaux de bronze

travaillé en lamelle, en tige, sous forme d’anses; puis on voit sortir de cette sépulture une coquille,

simple moule ( mytilus edulis ), un pecten renfermant une pâte durcie de couleur grise à surface verdâtre et enfin un morceau de poix ou de bitume, une petite pierre verdâtre taillée à angles droits et non percée pour être enfilée, divers élé-

ments de collier, scarabée, globule à rosace, cylindre, cube, fleurs de lotus, etc....

En complétant l’examen de cette tombe, on retire un miroir de bronze à poignée d’ivoire et un dernier grain de collier, amulette à double face, offrant d’un côté l’œil d’Osiris et de l’autre la vache Isis ou le bœuf Apis.

Dans le second tombeau, M. l’aumônier et son compagnon retirent de leurs propres mains la lampe funéraire. Celle-ci est de terre rouge mal cuite et s’effrite entre leurs doigts. On trouve ensuite dans cette tombe une urne à double oreillon et les deux fioles.

Le 23 avril, deux autres tombeaux sont ouverts devant témoins. J’ai le plaisir et la bonne fortune d’ouvrir le premier en présence de M. Héron de Yillefosse, membre de l’Institut. On y trouve les deux urnes à panse ornée d’une zone rouge. Des deux fioles, l’une est de terre rouge et a la forme d’œnochoé à bec étranglé, l’autre de terre grise est à large orifice circulaire. On trouve aussi la lampe et un scarabée. Mais la patère fait défaut.

Outre M. Héron de Yillefosse, deux autres témoins, MM. 0. Montelius et Picard, assistent dans l’après-midi du même jour à l’ouverture et à l’examen du second tombeau. Ils voient successivement sortir de terre le pendant d’or à croix ansée, un poids de bronze pesant 2 gr. 1 , la hachette et les cymbales de même métal, une hachette de

fer, cinq morceaux d’œufs d’autruche et 245 éléments de collier, parmi lesquels je dois signaler deux disques en argent. La première de ces pendeloques est à ombilic central comme le talisman de Iadamelek1. Mais les motifs qui y figuraient en relief sont absolument méconnaissables. Dans le second on distingue un motif assez vague placé, semble-t-il, entre deux caducées.

Cette tombe renfermait aussi plusieurs scarabées.

Le même jour on rencontre un double tombeau qui a été rempli intérieurement de briques cuites au soleil. Au-dessous de ces assises de briques on trouve des squelettes.

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