CHAPITRE I
Formation du sol. — L'alluvion. — Conquêtes sur les eaux. — La région verte.
— Les deux provinces de Hollande. — Le Boemster. — L'élable. — Le foin.
— Le fromage. — Les tonnes d'or de [*agriculture.
Les terres d'alluvion, la seule partie naturellement fertile des Pays-Bas, s'étendent le long des côtes de la mer et au bord des grands fleuves qui arrosent la contrée. Elles sont défendues contre les eaux tantôt par des digues, tantôt par les dunes de sable ou par ces îlots qui,' au nord du Zuydçrzée, forment comme une série de forts détachés propres à rompre le choc des flots. Cette zone, qui renferme aussi une grande étendue de tourbières basses {Jage veenen), comprend à peu près la moitié du territoire néerlandais, soit environ 1,500,000 hectares. Elle embrasse complètement les pro-
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vinces de Zélande et de Hollande méridionale et septentrionale, et elle s étend encore sur une grande partie de la Frise, de la Groningue, de rOver-Yssel et de la Gueldre. Le niveau parfaitement horizontal du sol montre clairement qu'il s'est fornïé au fottâ d'une eau tranquille, et qu'il n'a encore subi aucune grande dislocation ni aucun soulèvement produits par les forces centrales du globe. Il doit son origine * aux trois fleuves qui ont ici leurs embouchures multiples et en plus d'un endroit confondues, l'Escaut, la Meuse et le Rhin. Ces fleuves ont donné naissance à un delta irrégulier, en vertu des mêmes lois qui ont fait surgir les <ieltas types du Nil, du Pô ou du Mississipi. On sait que, d'après la vitesse plus ou moins grande des eaux, celles-ci peuvent entraîner des corps plus ou moins pesants. Comme, en arrivant dans les Pays-Bas, les rivières n'ont presque plus de pente, le courant se ralentit extrêmement, et les eaux, débarrassées du gravier, ne tiennent plus en suspension que les particules les plus menues, ^ un peu de sable très fin et de l'argile délayée en molécules tout à fait microscopiques. Là où l'eau douce rencontre l'eau salée, le courant
s'arrête tout à fait, et le limon se dépose lentement en couches horizontales. C'est ainsi que se forment ces riches alluvions avec la fleur de l'argile des bassins des trois fleuves : les collines volcaniques du Rhin, les croupes schisteuses de l'Ardenne et. les montagnes mêmes de la Suisse y contribuent pour kur part. En montant au Faulhorn, dans l'Oberland bernois, un professeur d'université hollandais a reconnu dans les effritements de la poche qu'il gravis-* sait le mica dont il avait observé les paillettes dans les boues de l'Yssel.
Les dépôts limoneux s'étant opérés sous les eaux, il va de soi que la terre à laquelle ils ont donné naissance ne peut dépasser le niveau de la haute mer. Toute la zone argileuse ne s'élève pas d'un mètre au dessus du niveau moyen d'Amsterdam, de sorte qu'à marée haute, la mer du Nord la recouvrirait entièrement de ses flots. Quelques districts sont même de beaucoup au dessous du niveau A. P. (1), comme le lac
(1) Le niveau A. F. est le point de départ de toutes les mesures hydrographiques dans les Pays-Bas. On désigne celles-ci par les signes + A. P. et — A. P. Les deux lettres A. P. si-
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de Haarlem, qui lest de 4 mètres, le Vierambachts- Polder de 5 mètres, et le Zuidplas- Polder de 5.60 mètres. Une partie de ces terres basses est naturellement protégée par les dunes, une autre partie lest par des digues qu'on a commencé à construire dès les premiers temps historiques ; mais ce n'est que depuis le seizième siècle qu'on connaît exactement les travaux de ce genre qui ont été successivement exécutés. M. C. W. Staring en a fait le relevé aussi exact que possible, et il est arrivé à ce résultat, que, depuis l'an 1500 jusqu'en 1858, on a conquis sur les eaux 355,000 hectares de terre de qualité supérieure. Le tableau de ces utiles conquêtes, qui n'ont coûté de sang à personne, montre la funeste influence que la guerre exerce sur les progrés de l'agriculture, et au contraire l'élan extraordinaire que lui impriment les années de paix. Pendant la période qui s'écoule depuis la réunion de toutes les provinces des Pays-Bas sous Charles V, jusqu'au commencement du soulèvement contre l'Espagne, de 1540 à 1566, on
gnifient Jmsterdamsche peil, c'est à dire le niveau moj^en des eaux de TY à Amsterdam.
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gagne annuellement 621 hectÉires. Durant les guerres de religion et la lutte contre Louis XIV, la moyenne annuelle tombe à 17 et à 84 hectares, tandis que depuis 1815 jusqu'en 1858 elle monte à 1,066. Si aucun affaissement ne se produit, — et, malgré quelques faits mal interprétés, rien n'indique qu'un pareil danger soit à craindre, — le lent et éternel travail de la nature, aidé par la main de l'homme, continuera, en comblant peu à peu les eaux peu profondes de la mer, à ajouter des terres nouvelles et également fertiles au territoire toujours croissant des Pays-Bas. Tandis qu'en Suisse, à la source des fleuves, nous avons vu les anciens terrains redressés en forme de montagnes se détruire et s'en aller en poussière (1), à l'embouchure des rivières, nous pouvons étudier la formation de terrains récents qui constitueront peut-être un jour les schistes argileux d'un nouveau système de soulèvements. Chaque année, les pâturages des Alpes diminuent, et ceux de la Hollande s'agrandissent.
La zone argileuse est la plus connue à l'étran-
(1) Voyez la Mevue des Deux Mandes, du 15 avril 1863.
ÉCONOMIE RDRALI. 2
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i8 LA ZONE ARGILEUSE.
ger, parce que c est celle où se sont élevées les villes principales : Flessingue , Middelbourg , Rotterdam, Delft, La Haye, Haarlem, Leyde, Amsterdam, Leeuwarden, Groningue, et les populations se sont agglomérées dans cette région, parce qu'elle était la plus productive et la plus favorable au développement du commerce à cause de la proximité de la mer et de la multiplicité des cours d'eau qui la découpaient en tout sens. C'est d'elle que vient le nom de la partie la plus importante du pays, la Hollande, ce nom, Hol- Land, signifiant terre creuse, et creuse elle est en effet, car lorsqu'on parcourt la contrée, on voit de toutes parts les canaux et les rivières dominer le niveau des campagnes, et les bateaux naviguer au dessus de la tête des vaches qui paissent dans les pâturages. C'est aussi en jugeant d'après l'aspect de cette région, qu'on s'est figuré toute la Néerlande comme une vaste prairie, ce qui est très loin de la vérité. Ménie dans la zone d'alluvion, une grande partie, et précisément la plus fertile, est dévolue à la charrue. Celle qui est constamment en herbages est au contraire la plus légère, la plus tourbeuse, ou tout au moins
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la plus humide : c'est celle-là que nous visiterons d'abord.
Le voyageur^qui, entré dans les Pays-Bas par Rotterdam, s'avance vers le nord jusqu'à la pointe extrême du Helder, ne traverse qu'une succession ininterrompue de prairies basses toutes remplies d'un magnifique bétail, chevaux, moutons, bœufs et porcs confondus. On connaît ce paysage : les tableaux des maîtres hollandais l'ont assez souvent reproduit, et tous les écrivains qui ont voulu faire connaître la Néerlande ont commencé par le décrire. Le but de notre voyage agricole nous oblige à considérer les choses de plus près. A cet effet, noiA prierons le lecteur de vouloir bien traverser l'Y en face d'Amsterdam et de nous suivre dans la Nord- Hollande, cette presqu'île basse et presque noyée qui s'avance entre la mer du Nord à l'ouest et le Zuyderzée à l'est, et que les vagues auraient déjà divisée en plusieurs îlots sans les ouvrages de défense qu'on leur oppose. Passons sans nous y arrêter à côté de Zaandam, le séjour de Pierre le Grand et de Broek, qu'on cite comme le modèle de la propreté hollandaise , et descendons dans le Beemster, où nous pourrons voir com-
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ment se pratique l'économie pastorale dans toute cette partie de la contrée. Le Beemster est un ancien lac desséché entre 1608 et 1612, et dont le fond est à trois mètres et demi au dessous du niveau d'Amsterdam. Il résulte de cette situation que l'écoulement naturel des eaux de pluie est impossible, et que pour s'en débarrasser il faut avoir recours à des moulins à vent qui les soulèvent soit par une vis d'Archimède, soit par une pompe, pour les déverser ensuite dans des canaux extérieurs en communication avec la mer. Le Beemster mesure 7,000 hectares ; il forme ce que l'on appelle un droogmakery (terrain artificiellement desséché) , et il est administré , comme tous les polders, par un comité que les propriétaires nomment, et qui fait face aux dépenses au moyen de taxes réparties par hectare. La superficie est divisée en carrés à peu près d'égale grandeur par de larges fossés qui se coupent à angle droit, et le long desquels courent les routes empierrées et les chemins de terre également bien entretenus. Tous les transports des fermes se font en bateau. C'est en bateau qu'on emporte le fumier, qu'on rentre le foin, et. que soir et matin on ramène le lait qu'on trait
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LA RÉGION VERTE DE U HOLLANDE. 2t
dans les prairies. On ne se sert des chemins que pour conduire à la ville prochaine les produits du bétail, le beurre et le fromage.
On compte dans le Beemster 240 fermes qui ont de 20 à 35 hectares chacune; une ferme de 30 hectares entretient 20 vaches à lait, 12 à 14 élèves, 30 à 40 moutons, 8 à 9 porcs et 1 cheval; dans les meilleures parties, on ajoute encore un certain nombre de bêtes à lengrais. On tient peu de volaille, sauf des canards , des oies et des cygnes. Il y a quelques années, l'ancien lac nourrissait 6,000 bêtes à cornes et 400 chevaux, ce qui fait à peu prés une tête de gros bétail par hectare de terrain productif. On ne voit point d'arbres, si ce n'est autour des fermes, qu'un bouquet d'ormes, de peupliers et de saules protège contre la violence du vent. Dans les pâturages, deux objets singuliers attirent aussitôt l'attention : d'abord un grand mât au haut duquel l'oiseau de bon augure, la cigogne, est venu faire son nid sur une roue placée là par le fermier, afin d'attirer prés de sa demeure le voyageur allé au retour de ses migrations vers les pays du soleil; ensuite une sorte de pieu allongé et recourbé qu'on a enfoncé en terre pour
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que les vaches, à défaut d'arbres, puissent venir s'y frotter l'échiné : ce pieu, d'une forme bizarre, ressemble à quelque os gigantesque d'un monstre antédiluvien, et en effet c'est une côte de baleine, ancien trophée des victoires remportées par les pécheurs hollandais dans leurs expéditions aux mers polaires. Ces côtes de baleine sont devenues un objet de luxe, car elles sont rares maintenant et coûtent cher. L'attention mise à étudier l'instinct des animaux , la prévenance à satisfaire leurs besoins est un trait de mœurs saisi dans un détail, mais qui a de grandes conséquences, car c'est en étudiant les lois de la nature afin d'en tirer parti, qu'un peuple industrieux a su créer la richesse là où tout semblait devoir lui manquer à la fois.
L'été, les troupeaux restent nuit et jour à la prairie. On a seulement soin d'attacher sur le dos des vaches pleines une sorte de couverture pour les préserver du froid, ce qui fait dire aux plaisants qu'on rencontre en Hollande des vaches en paletot. Quand on visite les habitations rurales en cette saison, la pièce que la fermière vous montre avec le plus d'orgueil, c'est l'étable. La paroi extérieure , construite en brique, est
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percée d une série de petites fenêtres toutes garnies d'un rideau de mousseline ; le plafond et la cloison du côté du fenil sont en sapin du Nord reluisant de propreté. Une couche de sable fin et blanc recouvre le pavement de briquettes sur champ, et le balai de la ménagère y trace des dessins variés. Sur des tables et des dressoirs rangés dans les stalles des vaches, on voit souvent étalées les pièces d'argenterie et les vieilles porcelaines de la Chine et du Japon soigneusement transmises de père en fils, depuis le dix-septième et le dix-huitième siècle. Les objets rares ne manquent pas, et l'on peut en admirer plus d'un qui feraitla joie d'un amateur. Des pots de fleurs aux vives couleurs et des instruments .aratoires bien polis complètent la décoration. Dans l'intérieur de la maison se dressent d'énormes armoires aux formes antiques, toutes pleines de linge, de bijoux et de robes de soie, richesses héréditaires dont s'enorgueillissent les femmes . Les anciennes légendes du Nord et l'histoire des rois germaniques parlent souvent de trésors et les principales cours d'Allemagne ont même encore leur Schatzkammer, leur chambre du trésor; les fermiers hollandais sont restés fidèles à ces traditions du
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temps passé, et ils attachent une grande importance à posséder une riche argenterie. Comme la culture pastorale n'admettait pas d'améliorations dispendieuses et que ious leurs besoins étaient largement satisfaits, les cultivateurs propriétaires ne trouvaient point pour leurs économies de meilleur placement que celui qui flattait le plus leur vanité. Depuis que le beurre et le fromage ont presque doublé de prix, leurs bénéfices ont considérablement augmenté, et ils ont pu se livrer à leur goût plus largement encore que jadis. Ils ne se sont plus contentés d'avoir de la vaisselle, des couverts et des services à thé en argent, ils ont fait fabriquer pour eux en ce métal de grands vases et toute sorte d!ustensiles de ménage. Il y en a même qui, trouvant l'argent de trop peu de valeur, se sont fait faire des services en or. Cependant un grand nombre de paysans ont acheté en même temps des fonds publics et surtout beaucoup de métalliques autrichiens. Leur manière de vivre restant simple, ils ont fait de grandes économies, et il s'est accumulé ainsi dans les campagnes de la Hollande des capitaux considérables. Un cultivateur qui possède une tonne ^ c'est à dire
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216,000 fr., ne passe point pour riche, et il n'est pas rare d'en rencontrer qui en ont deux et trois (1). On s'étonne d'abord de rencontrer tant d'orfèvres dans les petites villes et jusque dans
(1) La tonne d'or (een ion gouds) est Tunité dont on se sert dans les Pays-Bas poar estimer les fortunes ou pour compter les grandes sommes-: elle vaut 100,000 florins. En visitant la Nord- Hollande, je vis passer un jour une noce villageoise. Une quarantaine de voitures entraînaient les invités au grand trot des chevaux sur les routes de briquettes aussi unies que le parquet d'un salon. Ces voitures sont d'une forme ancienne, mais charmante. On les appelle chaises dans le pays. Ce sont en effet des chaises du xviii< siècle, dont la caisse en forme de conque, suspendue très haut, est toute couverte de dorures et d'ornements en chicorée. Elle est si étroite que deux personnes peuvent à peine s'y tenir. Aussi les jeunes filles, dont les dentelles et les rubans éclatants volaient au vent et dont les plaques d'or attachées sur le front brillaient au soleil, s'accrochaient-elles à leur joyeux compagnon, qui conduisait, les bras tendus, un vigoureux cheval noir lancé à toute vitesse. Les couples, animés d'une gaité expansive, — le Hollandais ne s'amuse pas à demi, -^ jetaient en passant des dragées aux enfants; puis, aux acclamations des villageois, les voitures reprenaient leur course rapide, et disparaissaient comme un tourbillon. Le soir, les invités étant venus prendre des rafraîchissements à l'hôtel oti j'étais logé, je demandai à l'un des jeunes paysans si la mariée était riche. «Eh! elle a bien quelque chose, me répondit il, environ onderhalfion (une tonne et demie), je suppose; mais ajouta-il en- me présentant une belle blonde aux yeux noirs, voici ma fiancée qui sera plus à son aise : elle en aura deux. «
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les villages; on admire à leur étalage des pièces d'argenterie somptueuses et des colliers de corail de 1,500 et 2,000 fr., comme on n'en voit pas à Naples même, et l'on se demande qui peut acheter ces objets d'un luxe d'ordinaire inconnu et certainement déplacé à la campagne. Il suffit d'arriver dans ces localités un jour de marché pour que le mystère s'explique. Les places et les rues sont littéralement encombrées de petits fromages ronds empilés comme des boulets dans les arsenaux. En 1860, on a vendu à Alkmaar 4,363,885 kilos de fromage, à Horn 2,882,679, à Purmerend 1,771,387, à Medemblik 778,065, à Enkhuisen 739,788, et dans toute la Nord- Hollande, environ 12 millions de kilos, représentant une valeur d'environ 15 millions de francs. Arthur Young, visitant la Lombardie, se rendit un soir au théâtre de Pavie. A la lueur de mille bougies, il vit dans toutes les loges des dames richement vêtues et parées de diamants aux feux étincelants. Se rappelant ses courses de la matinée, des prairies, se dit-il, des vaches, du lait et du fromage , voilà ce qui. produit toute cette richesse. Le même mot peut s'appliquer à la Hollande, avec cette dififérence qu'ici une
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grande partie des profits réalisés dans les campagnes y reste et y répand le bien-être, au lieu d aller alimenter le luxe des villes.
Dans cette région fertile, où le sol, souvent arrosé par suite de l'humidité du climat, produit spontanément une herbe abondante, les travaux du cultivateur ne sont pas très compliqués. Un peu plus de la moitié des prairies est consacrée au pâturage ; le reste est réservé pour faire du foin. Sur les 141,270 hectares de prés que possédait la Nord-Hollande en 1855, 73,734 étaient pâturés et 67,536 fauchés. En général, le même pré est alternativement fauché et pâturé ; mais il est certaines parties de terre que Ton doit cultiver pendant quelques années pour extirper une plante qu'on dit très nuisible au bétail. Cette plante est une espèce de prêle, Yequisetum palustre, et on appelle les terres qui en sont infestées unjerland; elles ont beaucoup moins de valeur que les autres. La culture éloigne pour quelque temps la plante maudite ; mais on parvient rarement à l'extirper complètement ; elle reparaît quand le champ est remis en herbage ; peut-être en viendrait-on*i bout au moyen d'une large application de chaux.
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Conserver de bon foin est ici la question capitale, puisque l'entretien du bétail en dépend durant les six mois d'hiver, où Ion ne peut leur procurer d'autre nourriture. Sur cet important objet, les opinions diflGèrent; les uns prétendent qu'il vaut mieux mettre le foin en meule comme en Angleterre et en Belgique ; d'autres soutiennent qu'il faut le rentrer dans un fenil bien clos : c'est ce que Ton fait dans la Nord-Hollande.
Dans la Hollande méridionale, on a adopté un système mixte qui mérite d'être signalé. Un toit mobile est supporté par quatre grands montants fichas en terre et percés de distance en distance de trous horizontaux. On soulève et on abaisse à volonté le toit retenu autour des montants au moyen de grands anneaux de fer, et on le fixe à la hauteur voulue en passant des barres de fer à travers les trous des montants. Les meules abritées sous ce toit sont garanties des pluies et ne sont pas exposées à s'échauffer et à moisir. Une moitié des provinces a adopté les hm-bergm (c'est ainsi qu'on appelle les fenils volants); l'autre moitié préfère les fenils complètement fermél comme des granges. Récemment, au congrès agricole de Leeuwarden, on
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a repris la question sans réussir à décider quel était le meilleur système. Il en est de cette question comme de bien d'autres : adhuc sub judice lis est.
Les deux produits dont le cultivateur fait de l'argent sont le bétail et le fromage. On engraisse des bœufs pour le marché d'Amsterdam, et l'on vend beaucoup de vaches à lait pour la Belgique et la France, car c'es.t ici que se rencontre dans toute sa beauté cette fameuse race hollandaise si renommée pour ses qualités lactifères. Ce sont des animaux énormes et paisibles, à la tête petite, aux cornes fines et effilées, aux pis démesurés, qui donnent jusqu'à trente litres de lait par jour. 250 florins est un prix ordinaire; mais quand on veut avoir une bête de choix, il faut payer 7 ou 800 fr. A diverses époques, la race hollandaise a été employée à anoblir les races de choix. C'est môme d'elle, assure-t-on, que provient le fameux sang durham, si recherché maintenant par toute l'Europe. Dans le moyen âge, la France, la Belgique , l'Allemagne , la Suéde , la Russie ont demandé à la Hollande des animaux reproducteurs, et l'on cite même un troupeau que l'on a
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mené à travers tout le continent jusqu'à Odessa, en suivant, inais en sens inverse, les routes parcourues jadis par les grandes invasions germaniques.
Le fromage qu'on fait dans la Nord-Hollande est le meilleur du pays ; on l'appelle Edamsche kaas, fromage d'Édam, parce qu'il s'en tient un. marché important dans cette petite ville ; il est dur, sec et tout à fait rond de forme, et il se conserve parfaitement pendant un an et même dix-huit mois dans les climats les plus chauds, ce qui fait que l'Angleterre en importe des quantités considérables. Avec le petit lait, on fait encore du beurre ; mais il est de seconde qualité et se vend bon marché.
Le Beemster, que nous venons de décrire, peut donner une idée exacte des autres polders et droogmakeryen qui s'étendent le long de la mer du Nord. Le Wormer, le Purmer, l'Amstelland dans la Hollande septentrionale, dans la Hollande méridionale le Rynland, le pays de Gouda, le Krempenerwaard et l'Ablasserwaard forment autant de grands lacs desséchés par des moulins, qui en enlèvent incessamment les eaux.
Le mode d'exploitation est toujours le même.
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Des vaches transformant Therbe des prairies en lait, et le lait transformé en beurre et en fromage, tel est surtout ici Je cercle très simple de la production rurale, ayec cette diJQférence que les pâturages sont de moins bonne qualité au sud qu'au nord de TY.
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