‹ La NéerlandeChapitre 16 sur 47 · L. DE Laverqne · texte numérisé non relu

L. DE Laverqne

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L économiste qui met le pied sur le sol de la Néerlande ne peut se défendre, pas plus que rhistorien, d'un sentiment d'admiration et de respect quand il songe à la manière dont ce sol a été d'abord conquis sur la mer et sur les sables, puis défendu contre l'étranger. Dans la plupart des contrées où l'homme s'est fixé, il n'a eu, 'pour assurer sa subsistance, qu'à profiter des ressources que lui ofi*rait la nature. On sait que dans les Pays-Bas au contraire tout faisait défaut à la fois, jusqu'à la terre, qu'il fallait créer, faire surgir des eaux et protéger contre le retour

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de terribles désastres par de prodigeux travaux (1). La Zélande a mis dans son écusson un lion héraldique qui d'un fier mouvement surmonte les vagues prêtes à l'engloutir, et elle y a inscrit cette héroïque devise : Luctor et emergo, — je lutte et je surnage. Ce mot résume admirablement toute l'histoire de la Néerlande et surtout celle de son agriculture : lutter, lutter sans cesse et ne durer qu'au prix de cette lutte toujours victorieuse.

Un grand banc de sable çà et là entrecoupé de tourbières dans ses dépressions, et à moitié recouvert de relais vaseux que les flots de la mer envahissent à marée haute et que les eaux puissantes de trois grandes rivières inondent, déforment, remuent et découpent dans tous les sens; ici des dunes mouvantes que le vent déplace et roule sur la surface de la contrée, là une boue à peine figée que les vagues déposent et emportent tour à tour; tantôt des plaines

(1) Sur la formation du sol, le dessèchement du lac de Haarlem et l'extraction de la tourbe, on trouvera d'intéressants détails dan$ les travaux à la fois si poétiques et si exacts qu'a publiés M. Alphonse Esquiros dans la Revtie des Deux Mondes; voyez surtout les livraisons du 1«' juillet et du 15 décembre 1855.

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INTRODOCTfON.

spongieuses qui supportent à peine le poids de rhomme et qui semblent condamnées à une stérilité étemelle, tantôt un sol équivoque, liquéfié, des plages amphibies où Ton ne peut ni naviguer comme sur la mer, ni marcher comme sur la terre; point de matériaux pour se construire des demeures, ni fer, ni métaux, ni pierres d'aucune sorte : voilà tout ce que le territoire de la Néerlande présentait à ses premiers habitants. Aussi, les anciens voyageurs du midi qui visitèrent ces contrées, Thraséas de Marseille d*abord, Pline ensuite, semblent-ils sous l'impression d'une mystérieuse terreur quand ils décrivent la condition des hommes forcés de vivre sur les bords de cette mer du Nord dont les lourdes vagues terreuses et le sombre ciel annonçaient, croyaient-ils, le terme du monde habitable. Ils ne trouvèrent dans cette étrange région que quelques familles de pêcheurs se réfugiant à marée haute sur des tertres de gazon ou dans des cabanes supportées par des pieux, vivant du poisson qu'ils prenaient dans leurs filets ou des œufs que les oiseaux marins déposaient dans les sables en quantités innombrables. Et pourtant ce sont les descendants de ces

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pauvres familles qui ont formé les fières tribus des Bataves et des Cauques, et qui plus tard, après avoir conquis pas à pas le sol qu'ils fertilisaient, ont su trouver assez de ressources et d'énergie pour arrêter deux fois le despotisme menaçant leurs foyers, et pour donner le signal de l'émancipation des peuples modernes en fondant leur propre liberté. Sans doute le commerce a été la cause principale de la grandeur et de la richesse de la Néerlande; mais pour asseoir et ifaire vivre les villes où se développait le commerce, il fallait créer la terre et lui arracher d'abondants produits. C'a été là le résultat d'un eflTort incessant et séculaire, d'un art inépuisable en expédients et d'une persévérance sans pareille à dompter les éléments. Tout lemonde connaît l'immense travail des digues qui préserve de l'inondation une grande partie du pays ; la conquête du sol sur l'Océan est ce qui a frappé l'imagination, mais la fertilisation des srfbles et des tourbières a exigé encore un plus grand labeur. En beaucoup d'endroits, la couche productive a été formée comme dans un jardin par un mélange de terres diverses souvent amenées de très loin. Ici c'est le sable qu'on a emprunté

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au sous-sol pour le combiner avec le terrain tourbeux ; là ce sont des dunes entières qu'on a transportées pour en répandre la maigre silice sur des prairies trop humides; ailleurs au contraire on a tiré du fond de leau les détritus tourbeux pour les mêler à des terres trop sablonneuses, ou bien on a extrait de largile pour communiquer à la superficie du sol une fertilité nouvelle. Et que de travaux pour défendre cette terre préparée au prix de tant d'efforts industrieux et soutenus! Comme elle se délaie et s'éboule facilement partout où des eaux courantes la touchent; il a fallu la préserver par des pilotis et des planches, par des clayonnages et des fascines, par des briques et des appareils de tout genre. Aussi, tandis qu'ailleurs, pour faire connaître l'économie rurale, il suffit de dire comment on exploite la terre, ici il faut encore indiquer comment on l'a formée.

L'ordre que nous suivrons pour étudier l'agriculture néerlandaise (1) nous est tracé d'une

(1) Pour contrôler les résultats de mes observations personnelles, j'ai consulté un très grand nombre de publications dont je ne puis donner ici Ténumération. Je crois cependant devoir citer les beaux travaux de M. G. W. Staring, inspecteur général de

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manière très nette par la nature géologique des terrains. Nous visiterons d'abord les terres dalluvion qui bordent les côtes, puis les terres plus élevées qui appartiennent au diluvium, enfin la région plus ancienne du Limbourg, qui se rattache à la Belgique.

renseignement agricole -De Bodemvan Nederland, Haarlem 1855; — Foormaalë en tham, Haarlem 1858;— Z)tf Aardkunde en. de Landbouw in Nederlandy etc. M. Staring a publié également une magnifique carte en quinze feuilles, d'une conception toute nouvelle, où il indique à la fois la nature des terrains et le genre des cultures qui les mettent en valeur. Je ne puis oublier non plus les excellents articles de M. le baron L. A. J. W. Sloet tôt Oldhuis, actuellement gouverneur général des Indes, et de son frère, M. le baron B. W. A. Sloet tôt Oldhuis, publiés par ce dernier, à la fois poète distingué et économiste éminent, dans le recueil périodique qu'il dirige : lydschrift voor siaatshuishoudkunde en siatisiiek. Les publications officielles concernant Tagriculture se bornent jusqu'à présent à un rapport annuel sur la situation des récoltes et du bétail, intitulé Verslag van den landbouw in Nederland, Les Pays-Bas ne possèdent pas encore de statistique agricole dans le genre de celle qu'ont publiée la France et la Belgique. On le regrette d'autant plus quand on voit avec quel soin est fait Y Annuaire (Staiistiek Jaarboek voor kei Koningryk der Nederlanden) rédigé par M. von Baumhauer et publié par le département de l'intérieur.

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