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anéantit; mais la campagne coûta cher^ et les nègres, repoussés plus avant dans les solitudes^ en sortaient de nouveau pour reprendre leurs habitations^ dès qne les troupes s'étaient éloignées, {^'autorité se résigna donc à une transaction. Par une convention solennelle, le gouvernement néerlandais céda aux esclaves fugitifs la partie intérieure et inbabiteedelacolonie.il leur accorda la permission de venir par groupes déterminés à Paramaribo pour y faire le commerce^ et il s'engagea même à leur distribuer tous les quatre ans des cadeaux de poudre^ d'armes^ de toiles et de couteaux. Depuis la déclaration de leur indépendance>ces anciens esclaves se sont formés en trois tribus distinctes. Chacune de ces tribus obéit à un chef ou granam, qui porte un uniforme militaire ainsi qu'un bâton avec une pomme dorée. Sur tous ces insignes sont marquées les .armes des Pays-Bas. On évalue le nombre des nègres libres à huit mille. Les nègres forestiers se distinguent des nègres des plantations par une constitution physique plus robuste. Dansleursvillages, ils courent le plus souvent nus^ n'ayant qu'une sorte de ceinture nouée autour de la taille ; maislorsqu'ils descendent à Paramaribo^ ils portent des vestes courtes en indienne. La vie de ces nègres est toute primitive. Le peu de culture qu^on remarque chez eux est l'ouvrage des femmes. Les hommes sont d'ailleurs d'excellents bûcherons et de hardis chasseurs. Le gouvernement néerlandais leur donne une prime de quatre florins pour chaque peau de cougouar qu'ils apportent •à Paramaribo.
Cet argent est employé par eux à acheter des fusils^ du plomb, de la poudre, des briques, des haches, des habillements. M. van Hoevell attribue Penfance sociale des nègres aux circonstances dures et difficiles qui les entourent, à leur vie solitaire, surtout au préjugé qui ' règne dans le pays sur les travaux agricoles, considérés comme le dernier degré de Tavilissement. a LMdée du travail agricole, dit-il, entraînant une idée d'esclavage, il est naturel que le nègre Tévite comme Tombre d'un passé qu'il déteste. » Le^erme de l'amélioration et du développement social se trouve comprimé chez les nègres réduits à une condition aussi misérable ; mais l'auteur ne doute point que ce germe n'existe, et les faits confirment son opinion. En 1852, les nègres forestier^ ont descendu le cours des rivières avec des bois de construction dont le produit s'est élevé à 100,000 florins. Le goût du travail libre, élément générateur de la civilisalîon, n'est donc pas éteint chez ces anciens esclaves.
Longtemps les noirs de Surinam ont été livrés à l'arbitraire de leurs maîtres. En 1851, le gouvernement néerlandais adopta des règlements qui témoignaient d'une certaine sollicitude pour le sort de la population noire. H. van Hoevell ne nie point que des motifs louables n'aient dicté cet acte d'humanité relative ; mais il s'attache à prouver que de tels règlements sont impuissants, inefficaces, et le plus souvent éludés par les maîtres des plantations. Le législateur autorise d'ailleurs les punitions corporelles sous le contrôle de l'autorité, et à ce propos
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H. van Hoevell ouvre devant nous le registre pénal, et livre rouge de Tesclavage. La rédaction en est simple r. concise : un numéro d'ordre, le nom du propriétaire, k nom de Tesclave, son âge, le nombre de coups, la nature de la faute, voilà tout. Presque toujours le motif de k punition est indiqué d'un seul mot : négligence, bratêlité, entêtement. Le cas de vol est excessivement rare; encore les vols portent-ils sur des objets de peu de valeur, généralement sui: des fruits, des bananes. D'après ce registre, du 1^' janvier à la fin de décembre 1851, doq cents esclaves, hommes, femmes, filles, garçons^ nègres, mul&tres et métis, avaient été fouettés au piquet de justice de Paramaribo par des agents de l'autorité Déerlau- ^daise, et cela sur la demande des propriétaires. Ce piqoet de justice oii, conformément à la loi, les esclaves sont châtiés par la main de l'exécuteur, qui est lui-même on esclave, est entouré d'instruments sinistres : des ccdliefé de fer, des courroies, une hideuse table à bascule qui sert d'échafaud pour les esclaves frappés d'une condamnation capitale. Les fouets sont noirs de sang. « Ce n'est pas la couleur naturelle de cette lanière, j> fit observer le visiteur. L'exécuteur sourit. « Que diriez-vous donc, répondit-il, si vous voyiez les verges de tamarin ? Cest bien autre chose : sous ces verges, les morceaux de chair éclatent de toute part* »
Dans cet enfer de l'esclavage, dont il parcourt les cercles avec le courage du moraliste, l'auteur nons promène ainsi de supplice en supplice. Je ne le suivrai point
dans cette voie douloureuse : ce qu'on peut reprocher à son livre^ c'est la monotonie dans Thorrible et dans le révoltant. Il est vrai que ce défaut^ si défaut il y a au point de vue de Part^ peut être rejeté sur la nature même du sujet. Pour se défendre du reproche d'exagération^ M. van Hoevell engage fièrement les partisans de Tesclavage à recueillir^ dans une enquête officielle^ les témoignages des hommes qui lui ont fourni les éléments de son livre ; ce défi n'a point été relevé.
Les règlements de la colonie ont établi que les enfants esclaves ne pourraient pas être séparés de leur mère. C'est un progrès sur le système des États-Unis. M. van Hoevell signale néanmoins les moyens dont on se sert à Surinam pour éluder le texte de la loi. Et puis, si Tei^fant noir a une mère, il est censé ne point avoir de père : la nature proteste contre cette demi-négation de la famille. On a vu dans les plantations des nègres réduits à la terrible nécessité de flageller leur propre fils par les ordres du maître. D'autres fois cette paternité anonyme, sans droits, sans devoirs, se révolte à ses risques et périls, mais au nom de la voix du sang, contre certaines transactions que réprouve la morale* Un vieux nègre avait été enfermé dans un grenier; là exposé aux flèches de plomb d'un soleil tropical, livré à toutes les tortures de la faim et de la soif, fou de douleur et de désespoir, il se brisa le crâne. Ce vieillard était père et n'avait pas voulu consentir au déshonneur de sa fille.
M. van Hoevell a extrait des sombres annales de l'Inde,
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occidentale (I) néerlandaise beaucoup d'autres pages touchantes et dramatiques. Son livre a fait plus pour la cause de l'abolition que tous les raisonnements philosophiques: il a ému. C'est au cœur et à la conscience qu'il s'adresse. Quoique M. van Iloevell démontre que l'esclavage est une mauvaise institution^ même au point de vue économique^ le fait de l'affranchissement des esclaves dans les colonies néerlandaises peut encore être retardé de quelques années par des considérations d'intérêt matériel; mais dès aujourd'hui l'opinion publique réclame en Hollande un ordre de choses plus conforme à la morale et à l'humanité.
L'histoire de l'esclavage dans les colonies néerlandailes se rattache à l'histoire de la métropole : on ne pouvait la passer sous silence; mais quelques taches que le temps fera certainement disparaître ne sauraient effacer un ensemble d'efforts imposants. Dans leurs rapports extérieurs aussi bien que dans leur vie politique, les Pays-Bas nous présentent un assez grand théâtre d'idées, de faits, d'enseignements et d'exemples qui méritent d'être recueillis. Une petite nation, fille de ses œuvres, qui devance presque tous les grands États de l'Europe et du Nouveau-Monde dans la pratique des libertés, qui s'empare des mers avec une poignée d'hommes et de vaisseaux, qui ouvre à travers les tempêtes la voie du eommerce, et trace chez elle, au milieu des agitations
(i) Dans les colonies de l'Inde orientale, Tesclavage proprement dit n'existe pas.
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politiques, les limites du droit constitutionnel^ n'est point une nation que Thistorien doive dédaigner. Ce qui la distingue surtout^ c'est un esprit de calcul intrépide. Une nation douée d'un sens si pratique devait inaugurer de bonne heure le gouvernement de la classe moyenne. Ici pas plus qu'ailleurs le régime représentatif ne s'est improvisé : il a exigé de longues études^ des sacrifices et des luttes ; le bon sens obstiné de la race a triomphé de ces obstacles. Les événements extérieurs et intérieurs ont depuis un siècle amoindri le rôle politique de la Hollande et réduit sa prospérité commerciale ; mais elle garde dans sa constitution et^ ce qui vaut encore mieux^ dans ses mœurs le germe impérissable d'une liberté qui sait se maintenir,
La Hollande a perdu dans les hasards de la guerre ce qui fait les peuples grands; elle conserve ce qui fait les peuples heureux. Il est à désirer que la Néerlande persévère dans sa voie : tout en agrandissant le cercle de ses rapports avec les autres États de l'Europe, tout en s'assimilant les progrès des nations étrangères, elle ne doit point abjurer ses traditions historiques, son individualité naïve et forte, son esprit religieux greffé sur l'amour du sol et sur le respect des ancêtres. D'autres sociétés modernes peuvent éblouir par une action plus grande exercée sur les destinées du monde; mais il n'en est guère où se révèle plus clairement l'influence de sages institutions sur l'accroissement de la fortune publique. Après avoir laissé dans le passé un long sillon de lumière, les
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Pays-Bas jouissent encore dans le présent d'une valeur morale qui^ durant les quinze premières années de ce siècle^ a su résister aux entraînements de la force matérielle et aux séductions de la gloire. Enclavés au milieQ des grandes puissances rivales^ les États de second ordre comme la Hollande n'eu sont pas moins nécessaires à h paix et à la tranquillité de TEurope dont ils maintienneat l'équilibre.