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le baron de Spaan^ très-versé dans l'histoire du moyti tge^ publia depuis une excellente Introduction critîq à r Histoire de la Gueldre. Tout râ^mment H. le profe^ seur Yreede a mis au jour une Histoire de la Diplommnéerlandaise. L'histoire de la réformation a été sortoi Tobjet de travaux recommandables. En pouvait-il éL*autrement? Les Pays-Bas ont extrait du dogme religîeui une partie de leurs institutions politiques. La Vie r Merula, martyr* protestant^ par le professeur Holl^ e?' une esquisse émouvante qui devait attrister et flatter rj même temps les croyances nationales. MH. Dermout c Ypey ont écrit une Histoire de la Ré formation auxPay» Bas; la monographie de M. Koenen sur les réfugiés réformés français, d'autres études sur les diverses commu nautés établies l'une à côté de l'autre en Hollande uc sauraient être oubliées ici.
La Néerlande a des historiens ; mais la philosophie de l'histoire y a compté jusqu'à ce jour peu de représentants (1). Cette lacune tient probablement à la nature di génie hollandais, plus enclin à raconter les faits qu'. en rechercher les causes. Ce ne serait pourtant pas sorti: du caractère pratique que de remonter à la source de> événements qui ont successivement réduit l'importano?
(1) II y a cependant un écrivain qui a so, dans la seconde moit.<! du dix-huitième siècle, appliquer les procédés de la philosophie htr torique à un sujet important, Vorigine et la prospérité des Pay^- Bas. C'est Simon Styl. H se distingue surtout par une rare habilet<> à démêler la cause de« éTénements et à dessiner vivement les caractères des penomiagea«
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de cette nation^ autrefois prépondérante sur les mers et danslesconseilsde l'Europe. La décadence !... jene veux point donner à ce mot une signification amère : plus d'un grand État aurait à envier la tranquillité, la richesse et les libertés vraies dont jouissent les Pays-Bas à Tombre de leurs institutions tutélaires. Tous les Hollandais de bonne foi s'empressent pourtant de reconnaître que la Hollande n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était au dixseptième siècle. Les causes qui ont amené cet amoindrissement sont nombreuses : il me sufSra d'en indiquer une et je la prendrai dans l'ordre moral. La réformation calviniste avait communiqué aux Province^Unies un mouvement d'expansion immense. La Néerlande dut à cette influence religieuse, âme de l'affranchissement politique, une partie de son audace sur les mers et de sa merveilleuse force de résistance devant la coalition des armées étrangères. Depuis cetemps*là, le protestantisme a cessé d'être militant : si un long état de repos n'a point enlevé l'énergie aux croyances nationales, il en a du moins diminué la puissance d'impulsion. Au sein de cette tranquille victoire, les Pays-Bas n'ont pas su trouver dans un autre ordre d'idées une nouvelle source d'inspirations héroïques. Réduite à un rôle à peu ^rès passif au milieu des convulsions qui ébranlèrent la société vers la fin du dix-huitième siècle, et qui rajeunirent les forces de quelques États, la Néerlande dut subir une révolution qu'elle n'avait pas faite. Pour que les nations résistent à l'influence étrangère, il faut qu'elles soient heureuses
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chez elles, il faut qu'elles jouissent d'institutions libres, solides^ spontanées, dont le jeu flexible et naturel sVcorde avec leurs mœurs. La Hollande réunissait ces rare> avantages : aussi, tout en acceptant quelques conquêtes de la révolution française, défia-t-elle le système împéris! d'anéantir sa nationalité. Là se borna son action dans le grand drame historique qui ouvrit le dix-neuvième siède. Isolée du mouvement de sympathie ou de résistance qui agitait alors toute l'Europe, traversée par les armées françaises, attendant avec patience son salut des événements, elle vit tomber en silence son commerce maritime. A la suite des désastres de Moscou et de Waterloo, la paix rétablit, en même temps que la nationalité néerlandaise, les branches d'industrie et ^e travail que la guerre n^avait point mortellement frappées. Sous im constitution nouvelle, qui admettait Fintervention du pap dans les affaires de l'État, la Hollande put vivre et pn»pérer encore, mais non ressaisir son ancienne splendeur. En 1830, la défection delà Belgique lui enleva les avantages que les traités de 1815 lui avaient promis^ laissan* ainsi à laNéerlande la seule grandeur politique qui puisse encore relever Timportance des petits États^ la liberté.
Après les annalistespolitiques, les chroniqueurs maritimes nous montrent le génie néerlandais sous un de ses
plus glorieux aspects. La Hollande a fourni une des plus belles pages à Thistoire des entreprises navales pendant le seizième et le dix-septième siècle. L'art de la navigation et la stratégie maritime ne peuvent se développer dans un pays sans un ensemble de circonstances géographiques et de dispositions morales que la force des événements révèle^ mais n'engendre pas. La constitution exceptionnelle des Pays-Bas^ les coutumes des habitants et leur manière de vivre appellent surtout ici l'attention de l'historien. '
J'ai visité dans la Nord-Hollande^ à quelque distance d'Amsterdam^ des villages sur l'eau : il me serait difficile de donner un autre nom à des groupes de quinze^ vingt ou trente barques surmontées de huttes en bois danslesquelles logent des familles de cinq ou six personnes. Ces villages changent quelquefois de place. Les habitants, qui sont des pécheurs ou des femmes de pécheurs, suivent, comme certaines tribus nomades, leur humeur vagabonde, assurés qu'ils sont de trouver toujours leur vie dans les eaux. Il est curieux de voir, dans ces maisons qui nagent, la cheminée faite d'une plaque de tôle, les petites fenêtres ornées de rideaux et les lits en forme de tiroir. Quand on se trouve las de cette existence flottante, on est toujours libre d'attirer le bateau à terre. A quinze minutes de la Haye, sur le bord d'un canal qui mène à Delft, j'ai rencontré, en me promenant, une de ces embarcations échouée et transformée en une résidence fixe. Une vieille femme demeure là dans la carcasse d'un ancien bateau
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surmontée d'une petite maison construite avec de vieilles planches : le tout est recouvert d'une toile cirée qui fait Toffice de toiture et qui défend Tintérieur de la maison contre la pluie. Il y a deux chambres^ Tune dite chambre à coucher^ avec deux lits^ et l'autre dans laquelle une vieille étagère d'un bon style supporte des verres de Bohême^ des tasses en porcelaine du Japon, et tout un luxe de chinoiseries qu'envierait plus d'un salon ou plus d'un cabinet d'antiquaire. A côté du bateau converti en cabane est la basse-cour, dans laquelle se promènent en caquetant quelques poules. Une portion de terre, cultivée en forme de jardin et entourée d'une haie vive, fournit les fruits, les légumes et les racines pour la provision d'hiver. A quelques pas de là est un autre bateau habité de même par une autre famille qui défriche aussi un coin de^ terre, mais qui, se défiant sans doute de son humeur voyageuse, n'a point voulu attirer sa demeure hors de l'eau . Ses pénates flottants sont seule ment amarrés au bord du canal par une corde. Des barques qui deviennent des maisons, des maisons qui au besoin redeviennent des barques, tout celaconstitue un ordre de faits qu'on ne rencontre guère qu'en Hollande. De telles mœurs n'ont point été sans influence sur la fortune maritime des Pays-Bas. Aussi la littérature hollandaise n'at-elle été que l'expression du sentiment populaire en célébrant les exploits des marins hollandais et leurs rapports avec les peuples les plus éloignés. Antonides van der Goes a écrit sur le golfe de l'Y un poëme où legénie
des Péruviens^ Ataliba, apparaît^ appelant les Hollandais * dans les eaux des tropiques et leur demandant de venger les indigènes écrasés par la tyrannie des Espagnols. Cet épisode rappelle^ quoique de loin^ l'Adamastor de Camoêns.
Quand on considère en combien peu de temps et dans quelles circonstances difficiles cette puissance maritime s'était élevée^ on ne sait ce qu'on doit sfdmirer le plus, ou le caractère entreprenant des Hollandais^ ou la position géographique des Pays-Bas, formés par les eaux. Vers la fin du seizième siècle^ c'est-à-dire quelques années après l'indépendance nationale^ les vaisseaux hollandais couvraient déjà toute l'étendue des mers. Grotius assure que les Pays-Bas avaient alors plus de soixante-dix mille hommes occupés aux travaux de la navigation. Le même publiciste ajoute que la marine de ce petit coin déterre ne le cédait en rien à celle d'aucune grande puissance^ et qu'on y construisait annuellement deux mille bâtiments de mer^ sans doute en comptant les barques. Les Pays-Bas avaient la même année jusqu'à quatre cents vaisseaux employés au commerce de Cadix et de Lisbonne. En 4598^ quatre-vingts navires partirent pour les Indes ou pour l'Amérique.
L'histoire de la marine hollandaise a été écrite par M. de Jonge (1). Les traces de cette histoire maritime ne
( I ) A <:6té de cette histoire générale, il faut citer quelques monographies. Ainsi Brandt, pasteur des Remontrants à Amsterdam, biographe de Hooft, dont il avait été le contemporain et l'ami, célèbre
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doivent cependant pas être cherchés uniquement dai^ les livres; on en trouve à chaque pas des monuments visibles sur le sol de la Néerlande. En me promenant sas les quais d'Amsterdam^ j'ai rencontré la petite maisoc du grand de Ruyler. Né de parents pauvres et obscun. , Tamiral ne rougissait point de son origine ; il en pariai! au contraire devant les personnages les plus considérables de l'époque^ et proposait son exemple aux simple» marins comme un motif d'émulation. Tout enfant, il avait été envoyé à la mer en qualité de mousse. Ruyt» conserva toute sa vie les mœurs et le train d'un modesle bourgeois. On cite de cette simplicité qui lui était naturelle quelques traits amusants. Le comte de Guiche raconte qu'uu matin, se rendant au navire de Tamiral bollandais après la bataille des Quatre jours en 1666^ il le trouva qui balayait lui-même sa cabine et qui donnait .1 manger à ses poules; un tel caractère était aiséoient ncorruptible. Il refusa plusieurs fois l'invitation qui loi était faite de se rendre près des cours étrangères. Cette grandeur personnelle, ses victoires, les immenses services qu'il avait rendus à son pays, tout cela ne put le protéger contre la violence des mouvements politiques soulevés dans les Pays-Bas par le grand duel du pouvoir
par une Histoire de la Reformations a raconté la vie de Ruyler. M. van Kampen a consacré une étude à TrompI et les EveitscD ont trouvé un biographe dans rhUtorien même de la marine hollandaise. Od ne saurait non plus passer sous silence les Hollandais au Brésil, notice historique sur les Pays-Bas et le Brésil, par Netacher Pieier Marinus, la Haye, 1853.
exécutif et des états généraux. Après le massacre des frères de Witt^ cette maison qui logeait à Amsterdam le marin le plus habile de son siècle^rhommequi en quatre jours^ comme on disait alors^ avait sauvé quatre fois son pays^ cette m^ison^ dis-je^ fut assaillie par une multitude furieuse. La seule accusation qu'on eût à produire contre lui était son attachement aux de Witt. Sans le courage et la fermeté du capitaine de la garde bourgeoise, la maison de Tamiral eût été pillée. A quelque distance de cette humble habitation^ où de Ruyter a passée est dans rÉglise-Neuve (Nieuwe Kerk) la tombe où il demeure maintenant. Les circonstances de sa mort doivent ôtrQ rappelées. De Ruyter avait été envoyé dans la Méditerranée avec une flotte de dix-huit vaisseaux : il était attendu.parun ennemi dont les forces consistaient en trente voiles. Vainement Tamiral hollandais représenta-t-U luimême qu'il y avait ()e la témérité à exposer ainsi le drapeau des États^ par un esprit de bravade; aux insultes de rétranger. La seule réponse qu'il reçut à ses remontrances fut une imputation étrange : on osait insinuer que l'amiral devenait timide en vieillissant. Vainement aussi ses amis cherchèrent-ils à lui persuader que l'intérêt de sa gloire et de sa patrie voulait qu'il refusât d'aborder la mer avec des forces si inégales, a Mon devoir, répondit-il, est d'obéir aux ordres des états, d Puis, après avoir dit un dernier adieu à sa famille et à ses amis, après avoir exprimé lui-même l'opinion qu'il ne reviendrait pas, il partit. L'amiral s'embarqua à Helvoetsluys; un bon vent
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le conduisit^ et il rencontra entre les lies de Strombolie! de Salino la flotte française^ qui était sous les ordres de Duquesne. Les deux flottes se joignirent dans une première bataille qui fut sans résultat. Ayant opéré sa jonction avec dix vaisseaux espagnols misérablement équipés, de Ruyter chercha un second engagement sur les eôtes de la Sicile. Duquesne avait^ de son côté^ reçu un renfort de quatre frégates. Presque dès le commencement de la bataille^ de Ruyter reçut un boulet decaooo quihù enleva une partie du pied gauche et qui lui brisa deux os de la jambe droite. Il continua de donner ses ordres av^ une activité que rien neputralentir^etildissimulasîbîen la gravité de sa blessure que nul^ ami ou ennemi, ne conçut le moindre soupçon du désastre qui venaitde frapper la flottenéerlandaise. Les relationsque les témoînseï les acteurs de cette bataille navale nous ont laissées diffèrent grandement entre elles : les deux partis s'y adjugent Tun etTautrela victoire. Dans tous les cas, la plus terrible et la mieux constatée des défaites n'aurait point été pour les Hollandais une calamité égale à la perte de leur amiral. Là était tout l'événement de la bataille. De Ru3^r succomba en peu de jours aux suites de ^s blessures. Il mourut à soixante-neuf ans. Un monument lui fut érigé, aux frais de la nation, dans le chœur de l'Église-Neuve à Amsterdam. Une inscription latine rappelle ses titres à l'étemelle reconnaissance des HoUaqdais, ses combats dans l'Océan et dans la Méditerranée, ses entreprises le long des côtes de l'Atlantique^ où il réprima l'insolence
des pirates^ ses victoires que n^obscurcit pas un seul revers^ sa mort grande comme sa vie. Je ne citerai de cette inscription^ trop longue et trop pompeuse pour un grand homme, que les derniers mots : Immensi tremor Oceani,
Lavie et les actions glorieuses des marins hollandais occupent une place considérable dans Thistoire de la Néerlande; mais il faut surtout que lliistorien recherche Torigine des institutions qui élevèrent la fortune maritime des Pays-Bas à un tel degré de splendeur. Au premier rang de ces institutions figure la compagnie des Indes orientales. Cette société n^existait pas encore^ que déjà des vaisseaux marchands de la Hollande se livraient à d'assez longs voyages. Une disette ayant éclaté en Italie, ils portèrent sur les côtes de cette péninsule des grains achetés sur les bords de la Baltique. La fertilité naturelle du sol italien s'étant rétablie après quelques années^ cette branche de commerce tomba. Les marins delà Hollande etdelaZélande cherchèrent alors un autre marché sur lequel pût s'exercer leur industrie. Un navigateur, Cornélius Houtman, de Gouda, qui avait séjourné plusieurs années à Lisbonne et y avait eu des démêlés avec l'inquisition, retourna sur ces entrefaites à Amsterdam. Là il vanta avec enthousiasme les profits que le commerce néerlandais pourrait retirer, lui aussi, des nouvelles relations ouvertes par les Anglais et les Portugais avec les lies de rinde. Ses observations engagèrent neuf marchands d'Amsterdam à se former en une société pour
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rétablissement du commerce avec les peuples de TOrient. Ils équipèrent à leurs frais quatre vaisseaux également propres à la guerre et au transport des marchandises. Le 2 avril 4595^ ces quatre bâtiments partirent du Texel et arrivèrent le 2 août au cap de Bonne-Espérance ; mais^ retenus par des vents contraires^ retardés dans leur course par des disputes qui s'élevèrent entre les équipages^ ils n'atteignirent qu^au mois de juin de Tannée suivante Tlle de Java. Là Us eurent à essuyer Topposition d'une compagnie de marchands portugais établis' à Bantam^ la capitale de 111e. Ces derniers firent de grands présents au chef indien pour obtenir de lui qu'il empêchât le trafic des nouveaux venus avec les habitants de Java. Us excitèrent même à un tel degré de violence les soupçons des indigènes^ que les vaisseaux hollandais se virent attaqués et perdirent quelques hommes dans cet engagement. Quittant alors Java, ces vaisseaux se dirigèrent sur Bali, où ils reçurent un meilleur accueil et purent se procurer à bas prix une abondante cargaison d'épices. Cependant Tun des navires, l'Amsterdam, avait tellement souffert, qu'on jugea à propos de le briser. Les trois autres bâtiments, après un voyage de plus de deux ans, rentrèrent en 1597 dans la ville d'Amsterdam, chargés de poivre, de muscade, de girofle, de cannelle et de gingembre. Leur arrivée fut saluée par une fête populaire. Hélas ! plus d'un marin manquait à cette fête. De deux cent cinquante hommes partis pour l^expédition des 'Indes, quatre-vingt*dix seulement retournèrent dans leur pa-
trie ; le reste était mort en chemia de maladies^ de privations et de tortures morales.
Depuis Texpédition de 1595^ le commerce entre les Provinces-Unies et les Indes orientales alla toujours se développant^ malgré les pertes et les désastres qu'occasionnaient de temps en temps les hostilités combinées des indigènes et des Portugais. Bientôt même les commandants des navires hollandais commencèrent à combattre efficacement dans l'esprit du peuple indien l'effet des faux rappoiis que les Espagnols et les Portugais avaient répandus contre eux. Ils firent des alliances avec les habitants de Ttie de Banda, avec le roi de Ternate et celui de Candy dans l'île de Ceylan. Le roi d'Âchem s'était montré jusque-là l'ennemi le plus intraitable des Hollandais. Un capitaine de vaisseau zélandais lui donna le conseil d'envoyer deux ambassadeurs aux Provinces- Unies, afin de s'assurer lui-même que les Hollandais n'étaient point tels que les Espagnols et les Portugais les avaient représentés. Le roi se laissa persuader. Un de ses .ambassadeurs mourut à son arrivée dans les Pays-Bas et fut enterré avec pompe à Middelbourg. L'autre visita le prince Maurice dans son camp, où il fut reçu avec une extrême magnificence. Un traité d'alliance et de commerce fut conclu entre le roi d'Âchem et le prince au nom des états. Â sonretourdans les Indes, l'ambassadeur remplit tout le pays du récit de ses impressions de voyage. Il ne laissa échapper aucune occasion de combattre les fables absurdes que l'intérêt égoïste des marchands es-
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pagaols et portugais avait répandues sur le compte des Hollandais (1 ) . Quant à lui^ il parlait avec une estime profonde de l'excellence de la nation qu'il avait vue, de la richesse et de Tintégrité des commerçants néerlandais^ de la puissance de la marine naissante. Sous l'influence de ces conjonctures favorables^ des compagnies s'établirent dans plusieurs villes de la Hollandeetde la Zélande; mais elles ne tardèrent point à reconnattre qu'elles se portaient innocemment préjudice les unes aux autres. Plusieurs vaisseaux^ à leur arrivéedans les tles des Indes orientales^ trouvèrent le marché déjà occupé. La concurrence des acheteurs engageait les marchands indiens à élever le prix des épices. D'un autre côté^ la grande quantité de marchandises que les navires hollandais rapportaient en même temps dans les villes des Pays-Bas^ n'étant ni dirigée par une pensée unique^ ni distribuée par une main suprême^ amenait sur certains points des engorgements. Ces considérations déterminèrent les états à réunir toutes ces compagnies isolées, éparses^ incohérentes^ dans une seule compagnie des Indes orientales. Cette fameuse institution naquit en 1602 : elle fut pour la Néerlande la source d'une immense richesse et aussi de jalousies incessantes entre les autres nations et les Pays-Bas. La compagnie des Indes orientales, formée à l'origine pour vingt et un ans, obtint le privilège exclusif
(!) Les Portugais ayaient imaginé de dire que les Espagnols et les Portugais étaient les seuls peuples blancs de l'Europe, et que les Hollandais vivaient à l'état de corsaires sur les uns et sur les autres.
de la navigation à Test du cap de Bonne-Espérance et à Touest du détroit de Magellan. Le capital de la société s'élevait à 6^600^000 florins. La moitié de cette somme avait été fournie par Amsterdam, un quart parla Zélande^ et le reste par les villes de Delfl^ de Rotterdam, de Hoorn et d^nkhuysen.
A peine installée^ cette compagnie forma des alliances avec les souverains de Tlnde pour bâtir des forts et placer des gouverneurs néerlandais dans Tintérieur des lies. Comme les naturels de Tlnde n'auraient rien compris*à la souveraineté des états, les alliances furent généralement conclues au nom du stathouder. Un des avantages immédiats qu'apporta l'établissement de la compagnie des Indes fut de concentrer les forces navales des Pays- Bas. La nation hollandaise fut ainsi à môme de repousser les attaques du roi d'Espagne, qui, depuis quelque temps, réunissait tous ses efforts pour arrêter les progrès du commerce néerlandais dans les-Indes. Il ne se passait presque pas d'année sans que les' vaisseaux marchands de la Hollande se rencontrassent avec les navires de l'Espagne dans les mers orientales. Il s'ensuivait des engagements sérieux et opiniâtres, dans lesquels l'avantage demeurait le plus souvent aux marins hollandais.
La compagnie, pour mettre un terme à ces violences, équipa une flotte de quatorze vaisseaux bien armés, dont Wybrand van Warwyk fut nommé amiral. Wybrand^ demeura près de cinq ^nnéesdans ces mers, où il rétablit
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la sécurité. En 1606, ildéteuvrit Ttle à laquelle il donna le nom de Maurice. /
Cependant la compagnie des Indes s'était élevée en quelques années à un état florissant. Elle jouissait aux Indes d'une autorité absolue. Elle nommait elle-même son gouverneur général, ses magistrats, ses amiraux et tous ses officiers de mer et de terre, lesquels prêtaient d'ailleurs serment d'obéissance aux états. Elle faisait la guerre et la paix. Elle recevait les ambassadeurs des rois qui voulaient traiter avec elle et leur envoyait ses représentants. Elle avait obligé plusieurs petits princes à lui céder leurs possessions ou à devenir ses tributaires. Elle avait fondé des colonies, bAti des forts et des villes partout où elle le ju^it utile à ses intérêts. Elle entretenait un bon nombre de troupes réglées et une quantité innombrable de vaisseaux qui couvraient les mers des Indes, ou qui revenaient en Hollande chargés des richesses de tout rOrient. Cette prospérité souveraine éveilla la jalousie de* la compagnie anglaise des Indes (i). La compagnie hollandaise accusait de son côté la Grande-Bretagne d'exciter parmi les 'naturels des sentiments d'hostilité et de leur fournir des armes, des munitions contre les marins des Pays-Bas. En 1615, Grotius essaya d'accommoder quelques différends qui avaient
(1) Quiconque Youdra écrire avec impartialité l'histoire maritime de la Hollande devra consultera Londres les archives de TAngleterre. Dans ce riche et immense dépôt, nous avons trouvé une foule 4e i)ièces relaUves aux différends survenus entre les deux peuples qui se sont si longtemps rencontrés dans la paix et dans ia guerre.
surgi entre les deux compagnie. Les négociations étaient encore pendantes lorsque les Hollandais^ animés par un sentiment de défiance^ jetèrent les fondements de la ville de Batavia^ dans Ttle de Java. Cette ville devint bientôt le centre de leur commerce dans le Levant. Maîtresse des tles d'Âmboine^ de Banda^ de Ternate^ de Malaccal de Ceylan, de Macassar et du cap de Bonne^Espérance^ la compagnie hollandaise tenait d'une main^ dit un poête^ l'urne des mers^ et de Tautre une corne d'abondance d'où s'échappaient les fruits et les épices. Avant^ue l6s Hollandais n'en prissent possession^ les terres du cap de Bonne-Espérance étaient condamnées à la stérilité ; mais depuis l'établissement de ce peuple industrieux à la pointe de rAfri{[ue^ le sol produisit du froment^ une quantité de fruits excellents rassemblés des quatre parties du monde^ et des vins de différentes qualités. La mémoire de van Riebeek, fondateur de cette colonie importante^ y est toujours en grand honneur.
La compagnie des Indes orientales avait des comptoirs sur toute la côte de Coromandel : elle possédait la ville de Negapatnam et le fort de Gueldre ; sur la côte de Malabar^ elle commandait à Cochin^ à Cananor et à Coula. Elle faisait un grand commerce avec Moka^ Gameron, Surate, le Bengale, le Japon, la Chine» le Tonquin, Su* matra et Bornéo. A Moka, elle portait les épices, dont les Arabes font une grande consommation, et elle en rapportait de l'encens, de la myrrhe^ des gommes, de la casse, du baume^ de Taloès, du café et d'autres mar-
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cbandises. Ses vaisseaux 'fréquentaient aussi les autres ports de l'Arabie, tels que Aden, Hascate et Bassorah. Le commerce des Hollandais s'étendait jusqu'à Ispahan. Ils ne payaient au roi de Perse aucun droit d'entrée ni de sortie ; la compagnie était seulement obligée de prendre tous les ans à Gameron, ville située sur le golfe Persique, une certaine quantité de balles de soie à un prix réglé. Elle tirait de la Perse des étoffes d'or et d'argent, des tapis d'une beauté incomparable, et aussi des laines |^e Caramanie, des perles, des turquoises. Le royaume de Pégu lui fournissait de la laque, de l'or, de l'argent, des rubis, des saphirs. Çlle avait un comptoir à Siam, où elle entretenait quelques commis. Là elle trouvait abondamment du riz, des defits d'éléphant, de l'étain, du plomb, des bois précieux, des peaux de cerf, beaucoup d'or et de très-belles porcelaines. Un traité de commerce conclu avec le Japon lui assurait le commerce exclusif avec cet empire. La compagnie faisait des échanges très-avantageux avec la Chine ; elle en rapportait de la soie, des toiles de coton, du chanvre^ de très^beau marbre, du thé, du sucre, du musc, et des ouvrages d'un art inimitable. Quand on embrasse d'un coup d'oeil ce vaste mouvement commercial, quand on se figure ces vaisseaux faisant pénétrer jusqu'à l'extrême Orient les merveilles de l'industrie européenne et en rapportant toutes les richesses de la nature, quand on se dit que cette prospérité incommensurable était sortie d'un marais, d'un pauvre village de pécheurs (tel était
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Amsterdam à l'origine)^ on aune grande idée de ce petit peuple navigateur qui^ fort de ses institutions et de ses libertés^ sut étendre sa main sur toutes les terres et toutes les mers. Un voyageur anglais qui avait visité les Pays- Bas au commencement du dix-septième siècle réâume ains^ ses observations : <x J'ai vu un peuple dont le terriroire restreint et inondé ne produit guère naturellement que de Pherbe^ mais qui^ par son industrie, a su s'approprier en abondance les fruits du monde entier, b
A côté de la compagnie des Indes orientales florissait la compagnie des Indes occidentales. L'établissement de cette institution ne remonte qu'à 1621 : elle fut dissoute en 1674 et rétablie, par octroi des. états généraux, le 30 septembre de la même année. Cette société regar^ dait du côté du Nouveau-Monde. La riche moisson que les découvertes des navigateurs faisaient éclore comme par enchantement dans les solitudes de l'Atlantique laissa tomber quelques gerbes entre les mtdns des vigoureux marins hollandais. Les principales colonies que possédait la compagnie des Indes occidentales étaient Surinam, Curaçao, Aruba et Bon-Aire. Les états de Zélande, auxquels la colonie de Surinam appartenait d'abord, en transportèrent la possession à la nouvelle société, qui, n'étant pas en état d'y envoyer elle-même tous les secours nécessaires, en céda un tiers aux magistrats d'Amsterdam et un autre tiers à H. d'Aarsen, seigneur de Sommelsdyk. Les productions de cette colonie étaient le sucre, le café, le cacao, le coton et Hndigo.
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Outre ses établissements en Amérique; la compagnie des Indes occidentales en possédait quelques autres en Afrique. Près du cap Vert^ dans la petite tle de Gorée^ les forts de Goor et de Nassau lui étaient d'une grande importance pour protéger le commerce du Cap. Sur la côte d'Or^ elle tenait Saint-Georges-de-las-Minas et Nassau^ elle commandait les forts d'Achem^ de Darmbo, d'Acaro^ de Sanca et de Benden. Cette compagnie traitait avec les indigènes depuis la côte d'Or jusqu'à la région des Cafres^ dans les royaumes d'Aden, de Bénin, de Congo et d'Angola (1). Elle ne permettait à personne de trafiquer sur les côtes de l'Afrique. En Amérique, au contraire, la compagnie ne Cuisait presque point d'expéditions pour son compte; elle autorisait tout le monde à pratiquer le commerce des Indes occidentales, pourvu qu'on lui payât certains droits ; mais tous les navires, sans exception, étaient obligés de revenir en Hollande avec leur cargaison de retour. La direction était partagée entre cinq chambres, dont l'administration était confiée à cinquante-sept directeurs. Les Espagnols appelaient la Hollande l'araignée des mers. La métaphore est juste, si l'on veut dire qu'avec un très-petit corps de nation elle atteignait par ses extrémités à tous les points du globe. Ce vaste réseau de relations maritimes ne profitait pas seulement d'ailleurs au commerce. Depuis l'année
(1) Les principales marchandises qu'elle tirait de ces régions étaient de Tor, de Tivoire, des cuirs, des gommes, du rii, et. Il faut bien le dire, des esclaves.
1616 jusqu^en 1626^ les HoUandaîs découvrirent tout le pays c(M)nu sous le nom de la Nouvelle-Hollande. Le Carpenter-Xand^ au sud de la Nouvelle-Guinée, la terre de Yan-Diémen et la Nouvelle-Zélande furent également tirés de robscurité des mers parla main de ces infatigables navigateurs. Les noms des gouverneurs généraux Koen, Maetsuycker^ vanDiemen et Imhoff se lient surtout à cette grande histoire de conquêtes et de découvertes.
La plupart des colonies et des établissements de la Néerlande lui ont été arrachés par les Anglais durant les guerres de Tempire. La puissante compagnie des Indes orientales avait d'ailleurs sombré avant la chute de la république des Provinces-Unies. Après avoir réalisé des bénéfices immenses^ après avoir fourni vers 1660 des dividendes annuels qui montaient jusqu'à 40 et 60 pour 100, cette colossale institution avait fini en laissant des affaires fort embrouillées^ que les états généraux furent appelés à liquider. Une partie des possessions coloniales qui avaient été ravies à la Néerlande pendant la guerre lui furent restituées après les traités de 1815. Ce qui lui reste^ quoique peu considérable^ si on le compare à ses anciennes conquêtes^ est encore important^ et peut être la source d'une grande prospérité commerciale et financière. Vers 1824, la Société du commerce néerlandais tai établie pour Texploitation des Indes orientales. La direction générale de la société, d'abord résidante la Haye^ se trouva par la suite transportée à Amsterdam : le capital fut fixé à ^ millions de florins. Des agents de la so-
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ciété se répandirent dans les différentes villes commerçantes du royaume. Oh institua une intendance principale à Batavia et des sous-intendances de la société dans les autres possessions d'outre*mer. Le commerce du thé fut en outre -organisé à Amsterdam et à Rotterdam par des associations de négociants connus sous le nom de directeurs des magasins {pakhuis meesteren). Les directeurs des magasins remplacèrent^ pour cet article de commerce, la ci-devant compagnie des Indes. La direction des colonies hollandaises, et en particulier de Java, constitue aujourd'hui une des branches les plus importantes et les plus délicates de l'administration publique. On calcule que les ressources fournies annuellement par les Indes néerlandaises suffisent à payer les intérêts de la dette nationale. Je ne doute point que ces ressources ne puissent encore s'accroître avec les progrès de la culture et sous un meilleur régime colonisateur. La presse a vivement attaqué dans ces dernières années tout le système du gouvernement hollandais à l'extérieur, et en particulier les lois d'exception qui régissent les habitants de Java. Je n'entrerai point dans cette discussion : il faudrait avoir été sur les lieux ppur indiquer avec connaissance de cause les réformes qu'il convient d'introduire; mais le témoignage de Hollandais qui ont vécu aux Indes me fiBÛt croire que l'état de la colonie laisse beaucoup à désirer sous plusieurs points de vue (1).
(1) Voyez les livraisons du 1*' noyembre^ i*'* décembre 1848 et !•' février 1849.
Une plaie ancienne afflige malheureusement les possessions de la Hollande connues sous le nom d'Indes occidentales^ et cette plaie^ c'est Tesclavage. Bien peu dliommes d'État hollandais soutiennent en principe une institution contraire à l'esprit du christianisme^ mais quelques-uns d^entre eux se fondent sur des considérations économiques pour apporter quelques délais à l'abolition de l'esclavage des noirs. Cette question a été plusieurs fois, au sein des états généraux, le terrain de discussions orageuses qui se sont prolongées dans la presse quotidienne. Les choses en étaient là lorsque parut, il y a trois ans, dans les Pays-Bas, un livre (i)qui, pour l'effet et le retentissement, sinon pour la forme, ne peut guère être comparé qu'à la Casede l'oncle de Tom. L'auteur est un ancien ministre protestant, aujourd'hui membre des ^tats généraux,H. van Hoevell. Son caractère honorable, son nom déjà connu dans la littérature néerlandaise, ses longs rapports avec des populations exotiques, tout donnait à cette publication un cachet d'autorité. Les gravures jointes au texte étaient de nature à provoquer l'horreur, la pitié, l'indignation, tous les sentiments énergiques du cœur humain. Aussil'émotionfut-elie profonde et étendue. Ce livre obtint dans l'espace d'une année les honneurs de trois éditions réelles, succès rare en Hollande.
Le docteur van Hoevell choisit pour théâtre de ses
(1) Slêiven en Vrifen onder de Nederlandsche Wet. Une bonne élude inViiulée Liberté et Esclavage, par M. Hubert van Soesl, a été 4)ubliée sur ce livre de M. van Hoevell, en 1866, à la Haye.
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obserT&tions une des possessicma hollandaises, Ttle de Surinam. Son ouvrage n'est ni un roman, ni une histoire, ni un voyage : c'est une enquôte. Une suite de témoigna- , ges, de récits et d'épisodes, dont il écarte, dit-il, avec soin toute fiction littéraire, telles sont les pièces à l'aide desquelles Fauteur instruit avec une résignation triste le procès de Tesclavage.
La possession de Surinam ou la Guyane néerlandaise est un des plus beaux pajfs du monde. M. van Hoevell décrit avec enthousiasme, avec amour, cette opulente et heureuse nature, ces savanes embaumées, ces bois de palmiers-pina, de tamarins, d'orangers, de cactus, de bananiers, ces lacs ombragés par les lianes aux fleurs grimpantes. Dans certains districts, le génie hollandais a transporté ses préoccupations et ses habitudes favorites. Plusieurs colons se sont établis dé préférence dans des zones marécageuses, où ils ont continué les traditions de la patrie absente' en suspendant les rivières entre de gigantesques digues, en creusant des canaux, en assujettissant les fleuves à leurs moyens de locomotion, en rectifiant le cours des eaux, en forçant cet élément de désordre ou de destruction à devenir sous leur main une source d'abondance, de mouvement et de fertilitéUgricole. Au milieu de ce luxuriant paysage, où tout crotf, prospère, chante, vit, rayonne, un être souffre : l'homme. Oh s'aperçoit bientôt que le narrateur a voulu faire ressortir le contraste amer qui existe entre les bontés de la nature et les maux qu'engendre l'esclavage. La po-
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pulatîon esclave ou métisse est environ de quarante mille ftmes. La race éthiopienne oppose aux lois meurtrières deTasservissement sa fécondité^ sa douceur^ son caractère insouciant et enjoué ; cependant elle décroît à Surinam depuis Tabolition de la traite. M. van Hoevell réfute Topinion soutenue par quelques voyageurs que fe nègre accepte Tesclavage, qu'il ne conçoit rien au delà^ que la liberté même lui fait peur^et cette opinion^ il la réfute par des faits.
Une foule de noirs transplantés des cAtes de TAfrique dans les établissements de Surinam eurent le courage de se soustraire à la domination de leurs maîtres. Ils pénétrèrent successivement dans les forêts^ y formèrent peu à peu des villages^ et cultivèrent le sol. Les fruits de cette culture^ joints aux produits de la chasse et de la pèche, leur assurèrent une existence chétive^ mais indépendante. L'exemple fat contagieux Ja désertion s'accrut. Les nègres affranchis par la fuite, se sentant à leur tour les plus forts, ne se contentèrent bientôt plus du repos égoïste que leur offraient les solitudes du Nouveau- Monde. Ils nouèrent des relations avec leurs frères soumis encore à l'esclavage, et, après avoir fait de vigoureuses incursions sur les domaines qu'ils avaient quittés^ emmenèrent avec eux les esclaves dans leurs retraites impénétrables. Le gouvernement néerlandais jugea à propos d'intervenir. Ce fut une guerre longue, ruineuse, à peu près inutile. Ayant découvert quelques-uns de leurs villages entre la Saramacca et la Surinam, on les