‹ La néerlande et la vie hollandaiseChapitre 10 sur 68 · I .i-.<i",G(Hinlc · texte numérisé non relu

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n'aurait pas mieux valu abandonner les rivières i tous leurs caprices. Ces rivières, dit-on, auraient tracé ellesmêmes leur voie à travers les terrains d'alluvion, et la Hollande se trouverait aujourd'hui moins menacée d'être emportée. Ces visions poétiques rentrent dans le système de Jean-Jacques Rousseau, — l'optimisme de l'état de nature. Sans les travaux d'endiguement, les fleuves ne se seraient point tenus dans leur lit, l'agriculture n'aurait point obtenu ie rang qu'elle a conquis en Hollande, les éléments de l'état social ne se seraient jamids dégagés de la confusion et de la barbarie. L'art doit soutenir la nature. Si, par suite de la résistance opposée aux forces aveugles et aux éléments destructeurs, la nature proteste, si même elle sa venge par des menaces de la contrainte qu'on lui impose, c'est j^ l'industrie humaine de découvrir dans ses ressources toujours croissantes de nouvelles armes pour combattre le danger. Malgré l'élévation des digues, qui montent, il est vrai, sur certains points à des hauteurs considérables, les ruptures et les inondations sont aujourd'hui moins fréquentes en Hollande que dans les derniers siècles. Ces fleuves qui coulent a u-dessusdes terres voisines se laissent mieux contenir qu'autrefois dans leurs rivages artificiels. Il est curieux, quand'on voyage en barque ou en bateauà vapeur, de jeter, duhaut des rivières, un regard sur lescampagnes, qui se trouvent comme encaissées, et de suivre, le long des bords élevés par la main de l'homme, ' le coui-s de ces eaux mécontentes, mais enchaînées. <

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L'édacation des rivières, qu'on nous permette cette image, n'aurait encore rien été, sans un système d'endiguement et de protection contre la mer. L'Océan, cette grande force de -destruclion, se limite lui-même par ses dunes; mais l'industrie bumaïne a dû soutenir et fortifier la ceinture de sables derrière laquelle s'abritent les Pays-Bas. La première fois qu'on voit moutonner de loin ce troupeau de collines nues ou recouvertes d'une sëcbe végétation, on est frappé du caractère sérieux, qu'elles douoent aux cAtea de la Hollande. Les habitants distinguent trois rangs de dunes: les dunes extérieures, c'est-à-dire celles qui touchent la mer, les duiies du milieu, qui sont les plus hautes et les plus larges, et les dunes intérieures, qu'on croit être les plus anciennes. Cette triple défense naturelle, dont les géologues attribuent Ja formation à l'action combinée des vagues et des vents, pourrait servir à déterminer la date de la naissance des cAtes, si la proporlion suivant laquelle les sables s'avancent dans l'intérieur des terres n'était variable, et ne rendut, par conséquent, ce chronomètre fort douteux.

Comme. le pays est généralement plat, ces dunes forment des chaînes de montagnes relatives. Ces ouvrages avancés,qui servent de boulevard contre les eaux et d'abri contre les tempêtes, exigent un constant entretien. Les Hollandais garnissent leurs dunes avec une espèce de jonc ou de roseau qui est connu sous le nom de arundo armoia, roseau des sables. On le plante au

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printemps ou en automne, et on l'abrite des vents dangereux avec de la paille. Quand cette herbe a pris racine, 'elle relie et consolide la masse mouvante des sables: c'est le ciment végétal des côtes de la Hollande.' Les dunes ont, outre les vents, un ennemi très-sérieux, le lapin. Cet infatigable mineur attaque sourdement le soi desséché qui s'élève comme un bourrelet entre la ' nierettlntérieurdu pays, II faut donc une continuelle surveillance pour réparer les dég&ts commis par ce faible animal. Sur tous les points du littoral où des dunes, ces digues naturelles n'existafeut pas, on les a créées: quelquefois même il a été nécessaire de soutenir par des ouvrages de bois, de pierre oQ de cailloutage les côtes ruinées. La vue de ces travaux donne une grande idée de la puissance de l'homme. Il est difficile d'imagjner ce que les Hollandais ont mis de persévérance, de courage et de sagacité dans ce système corn- biné de défense naturelle et artittcielle qui forme aujourd'hui le bouclier de la Hollande contre la mer.

Pour comprendre l'étendue et la nature des dan^^ers auxquels écfaappenttous les jours les Pays-Bas, il faut se représenter ce que les ingénieurs hollandais appellent l'échelle des eaux. On sait déjà qu'une grande partie de la Néerlande est ^tuée fort au-dessous du niveau de la mer et des rivières. Pour évaluer ces différences de position, l'art a tracé une Ugne imaginaire qu'on a nommée le niveau d'Amsterdam. Ce plan est aux autres degrés de l'échelle hydraiilique ce que le zéro du thermomètre

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est aux différents degrés de la température. En paitantde cette base, on a pu ee former une idée de la situation relative de la terre et des eaux dans le royaume des Pays-Bas. Les résuhats de ces calculs, il faut bien le dire, n'ont rien de rassurant. Durant les mauvais temps ou, pour parler la langue locale, durant la tempête du nord-ouest, la marée monte, près de Katvijk, à 3"° 40; laraaréede laMeuse, près de Rotterdam, s'élève à 3" 20, et celle de la Leck, près de Vianen, s'élance à S" 80 audessu% du niveau d'Amsterdam. On voit d'ici ce que deviendrait un pays placé dans de telles conditions, si la main de' l'homme venait ji se retirer.

L'industrie a tiré la Hollande du néant ; c'est l'industrie qui la conserve. Au système des ligues se lie, comme moyen de défense contre les eaux, le système des écluses. On a dit que les Hollandais n'avaient pas d'arthitecture : quelques monuments civils ou religieux protestent contre cette opinion beaucoup trop exclusive ; mais il faut se souvenir que toujours l'art de bAtir se moule sur la nature et surles nécessités d'un pays. Or, en Hollande, l'architecture vraiment nationale est l'architecture hydraulique. Celle-ci a jeté des constructions immenses, colossales. Les premières écluses étaient de bois : aujourd'hui ce sont des monuments de pierre, et les plus magnifiques ouvrages qu'on puisse voir. Le propre de cet art n'est pas l'élégance, c'est la force. Pour se faire une idée du style de pareils travaux, il faut visiter les grandes écluses d'Amsterdam, et surtout les construc-

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[ions de Katvijk. Cette forteresse, élevée contre la mer, a vraiment un caractère sévère et imposant. Trois écluses se succèdent à l'embouchure du Rhin, dans le canal destiné è soutenir le cours défaillant des eaux, et protègent de ce côté la Hollande. Les jours de grande tempête, on juge prudent de faire des concessions à la mer : les portes de l'écluse la plus avancée vers l'embouchure du fleuve livrent passage aux vagues, qui courent furieuses jusqu'à la seconde écluse et s'y brisent. Ces masses de pierre qui tiennent tête à l'Océan, ces puissantes machines que dirige un art fondé sur l'expérience, ces portes qui s'ouvrent et se ferment selon le courant et le lùveau des eaux, selon la direction des vents, tout cela révèle l'existence d'un système admirable et compliqué > tout ceU annonce une sorte de providence administrative qui veille sur la Hollande. Dans les autres pays de la terre, Celui gui met un frein à ta fureur des flots, c'est Dieu ; ici, on dirait volontiers que c'est l'homme.

Les digues, les écluses, tous ces grands ouvrages de défense élevés contre les eaux extérieures, coaime on appelle ici les fleuves et la mer, n'auraient poinl suffi k rendre la Hollande habitable, si le -pays n'eùl trouvé encore l'art de se débarrasser des eaux intérieures. Par suite des pluies, des crues et des débordements de rivières, il s'était, de date immémoriale, formé des flaques, des lagunes, de perpétuels marais, qui s'élendaient très^vant dans les terres, et qui dé-

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