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lAche de l'autorité se simplifie beaucoup. L'oi'dre natt raoins de la contrainte que de la parfaite harmonie entre les institutions et les mœurs. L'absence de toute répres- ' »on ofiîcieile est surtout remarquable dans les fêtes publiques. Nous assistions dernièrement dans la nlle de Leydeà une mascarade' historique représentant l'entrée de Charles V dans la ville de Dordrecht, et qui a lieu tous les cinq ans. Il y avait une foule immense, mais nulle police. Le cortège ouvrait lui-même sa marche à travers les flots de curieux. La. ville se gardait ce jour-là comme se garde toute l'année le Bois de la Haye, sans surveillants et sans factionnaires. Dans le voisinage de certaines grandes villes, nous craindrions fort pour ces massifs d'arbres en fleurs, pour ces nids d'oiseaux, pour ces viviers où frétille le poisson, pour c6s cygnes abandonnés à eux-n)émes: ici tout cela se défend par son innocence et sa beauté. La même liberté qui règne dans les fêtes et les promenades s'étend à presque tous tes actes de la vie. On ne sent guère' la main de l'État que dans la perception des impôts. La plupart des services de bienfaisance publique se règlent eux-mêmes; ils tiennent à honneur de ne point dépendre du gouvernement, non par opposition ou par défiance, mais pour conserver l'initiative des bonnes œuvres.
En Hollande, la civilisation et la conquête du sol ont marché de front. La victoire sur les eaux a eu pour sa- . tellite la victoire sur l'ignorance. Les ténèbres matérielles et les ténèbres morales ont été dissipées par le
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même souffle créateur. Le protestantisme est ami des lumières: il croit n'avoir rien à craindre de la discussion. C'était d'ailleurs la seule rel^on qui pût convenir à la Hollande, et cela par des raisons géographiques. Dans les pays favorisés de la nature, on a presque fait de la paresse un dogme de foi ; c'est comme une impiété de redresser le cours des fleuves, d'arracher le mystère aux forêts, de disputer avec les eaux. De que) droit l'homme tiendrait-il conseil contre l'ordre de la création et se permettrait-il d'en changer les lots? Âurait-il par hasard l'audace d'en remontrer a Dieu? Dans les religions absolues, ce n'est pas seulement la raison humaine qui se trouve liée parle dogme, c'est aussi l'action. Le dernier mot des doctrines romaines, quoique désavoué par Rome, a été dit par Fénelon : c'est le quiétisme. L'im- . mobilité de l'homme en Dieu, le respect pour l'ordre, quel qu'il soit, deè choses créées, la doctrine du laisser faire appliquée à la nature, tout cela pouvait encore se soutenir dans des pays où la terre travaille pour l'homme qui se repose; mais en Hollande ce système n'était nullement admissible. Si l'homme eût laissé faire, les eaux auraient chassé la civilisation. La Hollande ne fut jamais catholique, à ce point de vue du moins; elle a toujours protesté contre certaines lois de l'univers qui mettaient en question son existence. La race néerlandaise, quoique sincèrement et profondément religieuse, met sa foi dans le travail et dans la lutte contre la matière. Elle a pris au sérieux ces mots de la Bible : a Tu domineras
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la terre! » Dieu, dit-elle, s'étant reposé sur l'homme
■ du soin d'achever et de perfectionner l'œuvre des six jours, la création humaine est un reflet de la création divine qu'elle continue. Cette réaction du moi, celte protestation de la volonté humaine contre la force sacrée des éléments, tout cela mettait la Hollande sur la voie d'une révolution religieuse. Lorsque la réformalion parut, le protestantisme -se greffa sur les instincts actifs de la race batave comme sur les forces économiques des autres nations saxonnes. Les races latines ou catholiques sont artistes; les races protestantes sont industrielles, agricole et commerçantes.
La Hollande, presque entièrement environnée d'eau, solée de l'Europe par sa langue, assise et comme oubliée
■ à l'une des extrémités du continent, était en quelque sorte prédestinée par la nature à ê:tre un lieu d'asile pour toutes les «climes des persécutions religieuses et politiques. Dans ce pays dont l'existence était sans cesse menacée, la tolérance se développa, entée sur la douceur des mœurs, sur le besoin de s'entr'aider, sur la crainte des dangers communs. La Hollande, au milieu du déluge de sang qui couvrit le monde vers la fin du seizième siècle, fut l'arche de salut. Là, tous ceux ' que la mère patrie avMt rejetés retrouvaient des temples, un foyer et certains droits civils. Le philosophe doit vé* nérer cetle terre, qui a reçu les pas de tous les libres penseurs, oti le sceptique Bayle a pu vivre en paix, oii Spinoïa lui-même n'a point été brûlé. Le respect da
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toutes les convictions fortes et honorables, de toutes les infortunes imméritées, s'âlJiait dans les Pays-Bas à un fonds naturel de bienveillance. Des protestants de la Belgique et de la France , chassés par les bourreaux de Philippe n, par les massacres de la Saint-Barthélémy ou par la révocation de l'édit de Nantes, formèrent en Hollande une église dont lalangue, l'organisation et les 'édifices religieux subsistent encore, l'église wallonne. La plupart de ces étrangers attendaient que la rigueur des persécutions se détendit: ils avaient touché la Hollande comme un port : ils y restèrent (I). A leur suite vinrent les Juifs. j
Il y a une justice inhérente aux choses et aux actions humaines: celui qui, selon le langage de l'Évangile, ades récompenses poi|r tout acte de charité, même pomr le verre d'eau donné à un pauvre, n'a pas voulu que cette tolérance religieuse Ittt sans résultat pour la Hollande. L'Angleten'e doit la prospéritéde son-industrie aux étrangers qui s'y jetèrent à la suite des guerres de la Réforme ; la Néerlande doit, en partie du moins, la splendeur de son commerce aux Juifs portugais. Le drapeau de la li> berté religieuse y attirait tous ceux dont le vieux monde catholique ne voulait plus. 11 en est résulté pour la Hollande unesourcede développement intellectuel et moral. Dans l'échelle de la vie physique, les animaux s'élèvent
{I] Ilexiste â la bibliothèque royale de la Haye un volume In-iï Intitulé : Conseilt dux réfugiit sur ce qu'Ut devront faire à leur proe/uiine rentrée «n France.